‹ Lectures de mécanique: La mécanique enseignée par les auteurs originauxChapitre 33 sur 71 · CHAPITRE I. — LES PREHIËHEB RECHERCHBS SDR LE HOVVBIIENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — LES PREHIËHEB RECHERCHBS SDR LE HOVVBIIENT

[Comme application de cetie loi, Descartes indique le fait que le mouvement d'un corps est recliligne uniforme s'il n'est troublé par aucune cause étrangère et les règles qui président, selon lui, au choc des corps (*'')].

De cela aussi que Dieu n'est point sujet à changer et qu'il agit toujours de même sorte, nous pouvons parvenir à la connaissance de certaines règles que je nomme les lois de la nature- . . ■ La première est que chaque chose en particulier continue d'être en même état autant qu'il se peut et que jamais elle ne le change que par ta rencontre des autres. Ainsi nous voyons tous les jours que lorsque quelque partie de cette matière est carrée, elle demeure toujours carrée s'il n'arrive rien d'ailleurs qui change sa figure, et que, si elle est en repos, elle ne commence point à se mouvoir de soimême : mais lorsqu'elle a commencé une fois de se mouvoir, nous n'avons aussi aucune raison de penser qu'elle doive jamais cesser

éfKique où la notion de masse n'était pas 1res précise, avec ce que nous appelons la quantité de mouvement.

Quant i la manière dont Uescartes pose a priori la conserralion de la quantité de mouvement, elle est sans doute fort peu scientiQque, mais elle est pourtant iotéreisante. Au fond, il faut y voir l'afririnatioD qu'il existe dea lois. S'il existe seulement une loi s'eiprimaot par une équation mathématique, il y a quelque chose qui demeure constant dans le mouvement, car cette équation peut toujours l'écrire en mettant une constante dans le second membre. L'affirmation de Descartes nous parait donc devoir être rapprochée, si différente qu'elle en soit dans la forme, d'un passage célèbre de M. Poiocaré, relatif au principe de la coQserratioo de l'énergie. Pour ce savant, le seul énoncé général du principe de la conservation de l'énergie est celui-ci : i II j a quelque chose qui demeure constant. » Mais, dans l'hypothèse déterministe, le cours de l'univers est défini par des équations différentielles; toute intégrale de ces équations donne une expression qui reste constante ; ■ si nous disons alors qu'il y a quelque chose qui demeure constant, nous ne taisons qu'énoncer une tautologie u ( Thermodynamique, Préface).

Maintenant il est certain que c'est tout il fait arbitrairement, et inexactement, que Descaries prend pour ce quelque cho!e la quantité de mouvement.

("} Descartes » trè) bien mis en lumière, dans le passage cité, la relativité de la notion de mouvement. Mais alors comment faut-il entendre sa loi de l'indestructibilité du mouvement? Pour être logique, il faudrait, semble-t-il, l'appliquer à ce qu'il a appelé plus haut le mouvement propre des corps. Or, non seulement cela parait difficile, mais encore ce n'est pas ce qu'il fait lui-ménie ■. l'usage qu'il ea fait pour affirmer que le mouvement d'un corps est rectiligne et uniforme en l'absence de tonte perturbation étrangère suppose, en effet, la notion de mouvement absolu.

Les Idées de Descartes manquaient donc ici de précision. On remarquera aussi que ses règles sur le choc, qu'il prétend tirer rigoureusement de ses principes, non seulement sont en général fausses, mais encore ne sont nullement une conséquence obligée desdils principes.

S8 UVBB II. — BTUDK8 DK DrMÂHIQtJB.

de se mouvoir de même force pendant qu'elle ne rencontre rien qui retarde ou qui arréle son mouvement; de façon que si uo corps a commencé une fois de se mouvoir, nous devons conclure qu'il continue peu après de se mouvoir et que jamais il ne s'arrête de soi-même....

La seconde loi que je remarque en la nature eU que chaque partie de la matière en son particulier ne tend jamais à se mouvoir suivant des lignes courbes, mais suivant des lignes droites.... Cette règle, comme la précédente, dépend de ce que Dieu est immuable et qu'il conserve le mouvement en la matière pour une opération très simple; car il ne le conserve pas comme il a pu être quelque temps auparavant, mais comme il est précisément au même instant qu'il le conserve C^). Et, bien qu'il soit vrai que le mouvement ne se fait pas en un insiant, néanmoins il est évident que tout corps qui se meut est déterminé à se mouvoir suivant une ligne droite, et non pas suivant une circulaire; car lorsque la pierre A tourne dans la fronde ElA suivant le cercle ABF, dans

l'instant même qu'elle est au point A, elle est déterminée à se mouvoir vers quelque côté, à savoir vers C, suivant la ligne droite AC, si l'on suppose que c'est celle-là qui touche le cercle; mais on ne saurait feindre qu'elle soit déterminée à se mouvoir circulairement, parce que, encore qu'elle soit venue de L vers A suivant une ligne courbe, nous ne concevons point qu'il y ait aucune partie de cette courbure en cette pierre lorsqu'elle est au point A; et nous en sommes assurés par l'expérience, parce que celte pierre avance tout droit vers C lorsqu'elle sort de la fronde et ne tend, en aucune façon, à se mouvoir vers B: ce qui nous fait voir manifestement que tout corps qui est mû en rond tend sans cesse à s'éloigner du centre du cercle qu'il décrit; et nous le pouvons

(") A rapprocher du passage de Galilée, signalé par la note 106.

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