LES TROIS AVEUGLES DE COMPIÈGNE
Un jour trois aveugles marchaient le long du chemin qui va de Compiègne à Senlis. Ils entendent quelqu'un venir à cheval ; c'est un jeune homme monté sur un beau palefroi. Ils lui demandent l'aumône. 5
Le jeune homme s'arrête, et remarquant que les
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trois mendiants sont aveugles ; il a l'idée de leur jouer un tour.
'Voici,' dit-il, 'une pièce d'or que je vous donne lo pour vous trois.'
' Dieu vous le rende, mon bon monsieur!* s'écrientils ; 'cela vous portera bonheur.'
Chacun d'eux se figure que l'un de ses compagnons a reçu l'argent. Tout joyeux, ils décident de re- 15 tourner à Compiègne pour y faire un bon repas. Le jeune homme les suit, curieux de connaître, la fin de l'aventure. Arrivés dans la ville, les aveugles s'empressent de trouver une bonne auberge. Ils 3' entrent, et expliquent à l'hôtelier que, quoiquem al 20 vêtus, ils ont de quoi se payer un beau festin.
L'hôte les croit, car ces gens-là ont souvent la bourse bien garnie. Il les mène dans une belle salle, leur sert ce qu'il a de meilleur, y compris le vin. Les aveugles mangent et boivent comme des affamés, 25 ils se donnent du bon temps, se versent grand nombre de rasades, et, bien contents de leur journée, vont enfin se coucher dans des lits somptueux. Le lendemain l'hôte présente la note. ' Combien est-ce ?' demandent les aveugles. 30 ' Dix sous.'^
' Ce n'est pas trop.'
Le jeune homme, qui a couché au même hôtel, s'approche pour mieux entendre.
L'un des aveugles dit aux autres :
35 ' Lequel de vous a la pièce d'or ?'
* Ce n'est pas moi.'
' C'est donc Robert.'
* Non, c'est toi-même.'
' Pas du tout.'
' Qui l'a donc ?' 40
'Toi.'
' Toi.'
' Dépêchez, vagabonds !' s'écrie l'hôte, se croyant trompé.
' Mais non ! Doucement ! Nous allons vous payer.' 45
Et leur dispute recommence. Enfin Thôte, à bout de patience, s'empare d'un bâton.
Le jeune homme, qui se tordait de rire, explique enfin le mystère, et règle la note. Les aveugles s'en vont contents d'échapper ainsi aux coups de bâton 5° qui allaient pleuvoir sur leurs épaules.
1 Par Courtebarbe, poète du xiii° siècle.
- Le sou valait beaucoup plus alors que de nos jours.
l'égoïste
Un ver logé dans un fruit Qui, sans fin, sans bruit, Tout seul dans sa nuit,
Ronge, ronge, Et jamais ne songe
Qu'à lui ; Qui tout seul demeure Jusqu'à ce qu'il meure D'excès ou d'ennui :
Voilà l'égoïste.^
^ Par Vessiot.
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