‹ Lectures et exercices cours élémentaireChapitre 36 sur 89 · FIG. 24. LE CARDINAL RICHELIEU · texte numérisé non relu

FIG. 24. LE CARDINAL RICHELIEU

30 * Pourvu qu'il en reste un pour fermer les portes, c'est assez.'

Le conseil de ville applaudit à ces terribles paroles. Guiton ajouta qu'il était prêt, si cela devenait nécessaire, à tirer au sort avec qui l'on

35 voudrait pour savoir lequel mangerait l'autre.

Lorsqu'ils n'eurent plus que 136 hommes en état de tenir leurs armes, les Rochelois se rendirent.

La ville fut occupée, le 30 octobre, par les gardes françaises et suisses ; les soldats furent saisis d'horreur et de pitié en se voyant assaillis par une multitude de spectres décharnés, qui leur arrachaient les pains de munition suspendus à leurs bandoulières. 40 Les maisons, les rues, les places étaient encombrées de cadavres desséchés que personne n'avait le courage d'ensevelir. La moitié de la population était morte de faim ; une mère avait mangé sa fille ; un père avait nourri son fils de son sang ! 45

Le cardinal entra ce même jour, 30 octobre, dans la cité conquise, précédé d'un grand convoi de vivres. Quoique souffrant et affaibli par la fièvre, il avait voulu faire son entrée à cheval, en général victorieux. Lorsque l'homme qui avait tenu pendant 5° huit mois sa fortune en échec, lorsque Guiton, toujours fier, se présenta devant lui, Richelieu demanda, dit-on, au maire de la Rochelle, ce qu'il pensait des rois de France et d'x\ngleterre : ' Je pense,' répondit le vieux huguenot, ' que mieux vaut 55 avoir pour maître le roi qui a pris La Rochelle, que le roi qui n'a pas su la défendre.'

La prise de la Rochelle marqua non seulement la fin des guerres de religion, mais aussi celle de la résistance des grandes villes au pouvoir croissant de la royauté.

La Rochelle était la dernière et l'une des plus glorieuses de ces républiques bourgeoises, qui avaient souvent rappelé, au moyen âge, les vertus des cités 60 antiques, mais dont l'indépendance était devenue incompatible, non pas seulement avec la monarchie, mais avec l'unité nationale.

Page 1