SÉGUR MARBOT MACDONALD
Le marquis Aimé de Clermont-Tonnerre, qui a été ministre de la marine et ministre de la guerre de 1822 à 1827, est peu connu de nos contemporains (1). Il s'était volontairement retiré de la vie publique après 1830, et il apparaissait à ceux qui s'occupaient de l'histoire de son temps comme une figure digne, effacée, un peu indécise. Son profil raide et austère se détachait à peine dans la pénombre; les traits de la physionomie échappaient. Cette physionomie était cependant très accusée et très personnelle. M. Camille Rousset a rencontré le marquis de Clermont-Tonnerre au cours des magistrales études
(I) Le marquis de Clermont-Tonnerre, par M. Camille Rousset, de l'Académie française. 1 vol. Paris, Plou. — Mémoires du général baron de Marbot, 3 vol. Ploa. — Souvenirs du maréchal Mactonald. 1 vol., id. — Histoire et mémoire, par le général comte de Skcur. 7 vol. Paris, Didot, 1873.
3ï LECTURES HISTORIQUES.
qu'il a consacrées à la conquête de l'Algérie. C'est, en effet, à ce ministre que revient le mérite de la première conception de l'entreprise et des préparatifs essentiels. Glermont-Tonnerre avait laissé des mémoires et des notes; M. Camille Rousset en a eu communication. « J'ai été frappé, dit-il, de leur intérêt et de leur importance : c'était la déposition d'un témoin considérable devant l'histoire. Il m'a paru que je ne devais pas la garder pour moi seul; j'ai obtenu l'autorisation de la faire connaître au public » . Ce témoignage, M. Rousset n'a voulu que le résumer. Malgré le constant souci qu'il a eu de s'effacer dans cet ouvrage, on y retrouve, à la fermeté de la composition et à la précision saillante de l'exposition, les rares qualités de l'historien de Louvois. Il juge en quelques mots le personnage qu'il présente au public : « Depuis l'ancien régime jusqu'au second empire, à travers toutes les formes de gouvernement qu'il a vues se succéder et tomber tour à tour, Germon t-Tonn erre est demeuré constamment fidèle à l'idée monarchique. Ses opinions sont nettes, ses doctrines arrêtées; soit qu'on y acquiesce, soit qu'on y résiste, on ne peut contester qu'elles soient loyales et sincères... C'est un caractère. » Ce caractère, — je ne parle ici, bien entendu, que de l'homme public, — ce caractère est net, ferme et arrêté, mais il a les inconvénients de ce qui est ferme, net et arrêté, des angles aigus et des côtés tranchants. Par ses origines, Cïermont-Tonnerre est un homme d'ancien régime, et, par ses convictions, un catholique convaincu : il n'est relié à la France nouvelle que par l'École polytechnique. Ce militaire que Monge jugeait, dans sa jeunesse, fait pour enseigner les mathématiques, a occupé les loisirs de sa vieillesse par une traduction d'Isocrate. Il y avait