LE SOMNAMBULISME
justice, qui fit arrêter sur-le-champ (sul momento) le voleur. Conduit devant le tribunal, il fut interrogé, et ses réponses firent découvrir son complice. Les deux coupables (rei) expièrent leur crime par (con) dix ans de fers (galera).
(Il tessitore di Milano.)
Il y avait autrefois (nei tempi addietro) à Milan un tisserand (tessitore) nommé François, qui n'ayant pas su (sapiito) profiter des leçons élémentaires de l'école, était resté profondément ignorant, et était devenu mauvais (cattivo) sujet: il ne trouvait de plaisir (diletto) que (se non che) dans la société des jeunes gens éhontés (svergognati) qui passaient leur dimanche et leur lundi à fréquenter les cabarets (bettole) de la ville.
Quand il arriva (giunse) à l'âge de vingt ans, le hasard (caso) voulut qu'il perdît un parent très riche , lequel lui laissa en héritage une fort belle maison avec une terre (podere, tenuta). Voici le tisserand gonflé d'orgueil, voyageant en voiture (carrozza) dans ses terres, faisant le (dd) grand seigneur, parlant à tort et à travers (a dritto e rovescio) de moisson, de vendanges et de semailles. L'imbécille croyait par là (cosi di) mériter l'estime de tout le monde (tutti). Mais ce monde (ht gente), n'ignorant pas qu'il n'avait étudié que dans les cabarets, se moquait (canzonava) de toutes les balourdises (sciocchezzé) qu'il commettait à chaque mot.
Quand le tisserand se trouva riche, il brûla son métier (telaio) afin de ne plus travailler. Il était encore moins capable de tromper (ingannaré) le temps avec des livres amusans (divertevoli) , parce qu'il ne savait pas lire; en conséquence, il restait toute la journée oisif (ozioso) à l'auberge , où il trouvait bien vite des buveurs (bevitori) intrépides avec lesquels il pariait [scommettevà] tantôt (ora) un verre d'eau-de-vie, tantôt (or a) une bouteille du meilleur vin. Ces faux amis l'excitaient à la débauche (disordine, stravizio), parce qu'alors toutes ses idées se brouillaient [si confondevano) , et ceux-ci lui gagnaient plus facilement son argent au jeu.
En peu de temps [in brève) François s'adonna (si diede) tellement à Fivrognerie (al vizio del- vino, al- V Hbbriachezza) , qu'il ne revenait jamais avant minuit, mais non pas (già) avec toute sa raison. Une fois chez lui (a casa sua), il jurait (bestemmiava) , tempêtait (schiamazzava), battait (picchiava) sa femme et ses gens. Ceux-ci avaient recours à la justice: François était alors appelé chez le juge, et recevait de belles semonces (ammonizioni). Quand il se trouvait à jeûn (digiuno) ou devant le magistrat, François reconnaissait tous ses torts et promettait de se corriger; le jour après (dopo), notre homme s'enivrait (s'ubbriacava) de rechef (di nuovo).
Le jeu et le vin eurent bientôt dévoré toute sa fortune. Petit-à-petit (a poco per volta) il vendit toutes ses propriétés, et en fut bientôt réduit à vendre son linge (biancheria) , ses denrées, et jusqu'aux effets (panni) de sa femme. Le sot (sciocco) cédait tout cela pour la moitié de leur valeur à des coquins (furfanti) qui, bien loin de le corriger, l'encourageaient à mener joyeuse vie (a vivere allegramente) , et, comme ils le disaient, à vivre sans souois (pensieri).
Les affaires de François allèrent de mal en pis, jusqu'à- ce qu'il fut réduit à la dernière misère.
Il sortit (uscï) une nuit de l'auberge plus tard qu'à l'ordinaire (del solito) , et prit le chemin de (si avvio a) sa maison, tout (mentre) en faisant des zig-zags (serpeggiava) dans la rue, tant le vin lui portait [gli era andato) à la tête.
En passant devant le meunier (mugnajo) , il se mit à frapper (picchiare) à la porte. Le meunier, qui dormait de bien bon cœur (saporitammte) , se leva en sursaut (in soprassalto), et s'imaginant que c'étaient (fossero) des voleurs, descendit armé d'un gourdin (randello) pour défendre son habitation. Pendant ce temps l'ivrogne continuait à frapper et blasphémer (bestemmiare) parce que la porte ne s'ouvrait pa?. Alors le meunier ouvrit, et s'apercevant que c'était un insolent perturbateur, il le chassa à coups de bâton [bastonate).
François arriva (giunse) chez lui {a casa) au point du jour tout meurtri [pesto) des chûtes (cadutë) qu'il avait faites et des coups qu'il avait reçus: il faisait pitié à voir. Il se mit au lit, et comme il n'avait plus d'argent pour payer les médecins et les médicamens, parce qu'il avait tout dissipé à l'auberge, il fut obligé (costretto) d'entrer à l'hôpital, où il mourut misérablement.
(La cieca di Torino.)
Il y avait (vi era) à Turin un chevalier qui avait un fils nommé Jacques et une fille qui s'appelait Marie. Ils étaient doués (dotati) d'un si excellent cœur que le père les chérissait (amava) tous deux tendrement (svisceratamente). Un dimanche, le chevalier conduisit ses deux enfans à une des belles promenades (passeggiale) qui sont situées aux portes de la ville.
Jacques et Marie sautaient (saltavano), bondissaient (balzellavano) de joie, couraient çà et là (di qua di là): au milieu de leurs ébats (solazzi) , ils voient (vedono) de loin une vieille (vecchia) assise au pied d'un arbre. Ils s'avancent tout doucement [pian piano) vers elle, et s'aperçoivent (s'accorgono) qu'elle était aveugle (cieca), et qu'elle tenait dans ses bras une petite fille (bambina) à laquelle elle apprenait (insegnava) quelque chose par cœur [a mente, a memoria). Le chevalier fit remarquer à ses enfans combien la petite fille se montrait attentive et paraissait curieuse de s'instruire: tous trois s'intéressaient donc déjà au sort de la vieille et de l'enfant, quand ils virent (videro) que la bonne femme donnait de temps en temps un baiser (bacio) à sa petite écolière, et que celle-ci répondait à ses caresses avec la plus tendre affection.
Alors le bon père , Jacques et Marie les abordèrent (accostarôno) , et la petite fille de l'aveugle , comme si
elle eût su (saputo) lire sur le visage du chevalier tous ses bons sentimens, le regarda d'un air triste, et, sans proférer un seul mot [parola], elle tendit la main comme » pour dire: faites l'aumône (l'elemosina) à la pauvre aveugle. Le chevalier tira aussitôt de sa bourse quelques pièces de monnaie qu'il présenta à la vieille, en lui demandant avec affabilité si cette enfant était [fossé] sa fille. "Cette chère petite est ma nièce, mon bon monsieur, répondit l'aveugle: son père était mon fils; il est mort il y a un mois (un mese fa). Le malheureux (disgraziato) est mort à la peine [dalla fatica) en voulant soutenir [manteneré) du fruit de son travail sa mère aveugle et iniirme, ainsi que (corne pure) trois petits enfans que le ciel lui avait donnés et qu'il aimait plus que [délia) sa vie. — Certainement le bon Dieu le récompensera dans le paradis , ajouta l'aveugle. Pour moi je suis réduite à mendier, mais j'espère entrer bientôt à l'hôpital. En attendant tyntanto) je serais morte de faim si cette chère enfant ne me guidait dans [per) les rues, et si elle ne recueillait les dons des personnes pieuses qui connaissent tous mes malheurs (sciagure). Grâce (mercè) à ses soins, jamais il ne m'est arrivé [accaduto) quoi que ce soit de fâcheux [sinistro); jamais je n'ai eu de reproches [rimprovert] à lui adresser. Pour reconnaître son bon cœur je lui apprends ses prières et l'arithmétique (l'abbaco), ce qui paraît lui faire grand plaisir. Je regrette [mi rincresce) beaucoup de ne pas être en état de lui apprendre (d'inscgnarle) à coudre [a cucire), à lire [a leggere) et à écrire; mais aussitôt que j'aurai trouvé un asile, l'un des saints du paradis ne manquera pas d'y pourvoir! *
Pendant ce récit de l'aveugle (mentre la cicca narrava) , Marie et Jacques fixaient la vieille femme [donna]
et l'enfant avec un incroyable intérêt. Quand l'aveugle cessa de parler, Marie, qui se sentait toute émue (cornmossa) , s'approcha de (a) son père , lui passa (gli pose) les bras autour du cou , et lui dit à voix basse [sotto voce): "Regarde un peu, cher papa, comme celte pauvre petite fille a les habits déchirés (stracciati): tiens (vedi), elle n'a pas même de [nemmeno) souliers (scarpe). Quel plaisir j'aurais à lui donner une de mes vieilles robes (vestitï), et une mauvaise (cattivo) paire de bottines {stivaletti) ! n Le père embrassa sa fille et consentit à sa demande, en lui promettant qu'ils reviendraient le lendemain munis (provvisti) de ces objets.
A ces mots Marie bondit (saltello) de joie, et s'empressa (s'affreUô) d'annoncer cette bonne nouvelle (notizia) à la petite fille.
Jacques avait pendant ce* temps (in questo frattempo) mis la main à sa bourse. Elle ne renfermait (rinchiudeva) que quelques sous , qu'il destinait à l'achat (acquisto) d'un joujou [balocco, gingillo) et de quelques bonbons (dolci, zuccherini) ; toutefois il sut (seppe) triompher de sa gourmandise (gola, ghiottoneria) , et donna à la pauvre vieille femme tout l'argent qu'il possédait.
Jacques se rappela souvent cette aumône (elemosina) qu'il avait faite, et chaque fois (ogni volta) il éprouvait au fond du cœur une jouissance (godimento) plus réelle et plus vive que le plaisir grossier cl passager [fuggitivo) qu'il aurait eu à savourer (assaporare) quelques sucreries (zuccherini).
(Il morso délia vipera.)
Dans une chaumière (capanna) isolée, située aux environs (contorni) de Rome, vivait autrefois un vigneron, sa femme et trois jolis (cari) enfans. La mère s'appelait Thérèse. C'était une belle et jeune femme, pleine de tendresse pour ses enfans, et qui faisait le bonheur (félicita) de son mari.
Un jour Thérèse s'était occupée depuis le lever du soleil jusqu'à midi à nettoyer (ripulire) toute sa maison: le vigneron de son côté (dalla sua parte) était allé travailler aux champs. Quand Thérèse eut achevé (finito, terminato) de faire son ménage (fare le faccende di casa) elle s'avança, comme une (da) bonne mère, sur le seuil (la soglia) de la porte pour voir ce que faisaient ses deux aînés (figliuoli maggiori) , Tonietto et Checchina. Les deux enfans jouaient autour d'un rosier; ils ne couraient (correvano) par conséquent aucun danger (pericolo).
Thérèse rentra, le cœur (col cuore) tout joyeux, dans son habitation modeste, il est vrai, mais si aérée et si propre (jpulita) , qu'elle faisait plaisir à voir. La ménagère (donna da casa) se mit à préparer le goûter (merenda) de son mari ; puis elle se pencha (si chiné) sur le berceau (cuna) de son jeune nourrisson (che allaitava) qui dormait profondément (saporitamente) . La tendre mère retenait son haleine (fiato) de crainte (per paura) d'éveiller l'enfant, et regardait (rimirava) com-
plaisamment ses joues (guance, gote) vermeilles, ses lèvres roses , ses cheveux bouclés (inanellati) , ses formes arrondies (ritondelte) ; et elle croyait voir en son fils un ange du paradis. Ne pouvant détacher ses yeux de son cher enfant, elle s'assit tout doucement auprès de son berceau , et se mit à filer.
L'absence de tout souci (pensiero) , le léger souffle (alito) de l'enfant endormi, le doux zéphir qui murmurait dans le feuillage d'une treille (pergolato) suspendue sur la porte de la chaumière , et , enfin , la fatigue et la chaleur du jour invitèrent peu-à-peu Thérèse au sommeil. Mais à peine eut-elle fermé (chiusi) les yeux, qu'elle tressaillit (si. riscosse) et se dit à elle-même (fra sè) : Non, je ne dois point dormir, ma Checchina a besoin d'un jupon (gonnella). Et à cette pensée elle passa la main sur ses paupières (palpebre) , et les frotta (stropiccio) pour en chasser le sommeil.
Tandis (mentre) qu'elle travaillait avec ardeur à préparer la petite jupe (gonmllina) de Checchina, la bonne mère dévidait (sgomitolava) , dévidait toujours, calculant par la (col) pensée qu'il lui fallait (doveva) apprêter avant [prima) la nuit la quantité de fil nécessaire pour ce travail.
Tout-à-coup la petite fille jette (manda) un cri perçant (acuto) : Thérèse l'entend , se lève effarée (spaventala) , court à la porte et voit Tonietto tenant par la main sa petite sœur. Le pauvre garçon tremblait, criait, sanglottait. " Maman, maman, une vipère a mordu le doigt de ma sœur!! " Et à ces mots il montrait sa petite main toute ensanglantée. * Ah ! ma pauvre fille, que je suis malheureuse!" s'écriait Thérèse; et ne sachant quel remède appliquer au mal , elle jetait (yolgeva) les yeux de tous côtés comme pour chercher du secours. A
ce moment elle aperçoit [scorgé) de loin un petit paysan: elle court à lui (incontro) et le supplie au nom du ciel de secourir sa pauvre Checchina. L'enfant lui répond : w Je suis bien fâché (son molto dispiacenté) de ce qui tous arrive , mais je ne puis vous aider ; mon père se meurt (è moribondo) , et il veut me parler encore une fois. Toutefois je vous conseille de chercher un chien pour lui faire lécher la plaie (ferita) ; c'est le moyen d'en faire sortir le poison (veleno): mais faites vite [lesta), autrement la petite fille est perdue/
Cela dit, le petit paysan hâta (affrettô) le pas et disparut. La pauvre mère ne trouvant pas de chien, avait la mort dans le cœur, et se serait évanouie si sa douleur ne se fût pas changée pour ainsi dire en désespoir. Tout-à-coup ses traits se raniment, et elle se dit à elle-même: ce qu'une bête privée de raison peut faire pour ma Checchina, ne vaut-il pas mieux (non è egli mcglio) que je le fasse, moi î Elle saisit (afferra) alors l'enfant, et l'attirant (traendolo) sur son sein aussi violemment que s'il eût été sur le bord (orlo) d'un précipice, elle se mit aussitôt à sucer (succRiaré) la plaie de (con) ses propres lèvres, préférant ainsi mourir empoisonnée , plutôt que de laisser périr sa pauvre Checchina.
Sur ces entrefaites Tonietlo aperçut de loin son père qui revenait au logis (a casa) : il alla à sa rencontre (andà ad incontrarlo) , et tandis qu'il lui racontait qu'une vipère avait mordu sa sœur et que sa mère suçait la plaie: "Tiens, tiens, papa, ajouta l'enfant, c'est un petit serpent précisément aussi long et aussi gros que celui-ci, qui a mordu Checchina." En entendant ces paroles, le vigneron s'écria: "Dieu soit loué! ee n'est certainement pas une vipère ; c'est une couleu-
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vre, et les couleuvres ne sont point venimeuses (vêlenose)."
Quoi qu'il en soit [comtmque fosse) le vigneron entra tout tremblant dans sa chaumière ; mais en voyant sa petite fille pleine de vie, ses alarmes [angoscé) cessèrent: il fit toutes sortes de caresses à sa Checchina pour lui rendre (ridestarle) le courage; puis plein d'admiration pour cette preuve d'amour maternel que sa chère femme venait de (aveva ora) donner à son enfant, il embrassa tendrement Thérèse, et lui dit: "Tranquillise-toi , une blessure (ferita) aussi large ne peut provenir d'une vipère; si cela était [fosse), Checchina serait déjà toute engourdie [intorpidito) . Cependant je vais par prudence employer [adoprare) un remède dont je me suis souvent servi en pareil (tal) cas et avec grand succès. Mais à l'avenir ne croie pas si facilement ceux qui te conseillent d'employer la langue d'un chien ou tout autre remède dont se servent les ignorants.*
A ces mots la peur de Thérèse s'était dissipée, et son visage riant montrait toute la confiance que lui inspirait son mari. Celui-ci fit verser sur la plaie quelques gouttes d'ammoniaque, remède des plus efficaces contre le poison de la vipère.
Ces bons parens ainsi tranquillisés prirent leurs enfans par la main, et passèrent dans la cuisine où le goûter (merenda) était servi. Les derniers [ultimi) rayons d'un soleil couchant [cadente) éclairaient (illuminavano) alors cette scène. Le petit enfant qui sommeillait [dormiva) s'éveilla en entendant le bruit confus de la conversation , et avançant sa petite tête [facendo capolino) hors du berceau, salua d'un charmant sourire son père et sa mère, qui lui répondirent par un baiser.