LE ,PONT DE VÉRONE
geois, je la donne; mon travail me suffit pour me nourrir > je n'ai pas besoin de cet or: donnez-le plutôt à ces malheureux, il leur est plus nécessaire qu'à moi." Là-dessus il disparaît dans la foule, afin de se soustraire même à la reconnaissance de la malheureuse famille qu'il vient [orà] de (ha) sauver.
LE JOUR DE COMPOSITION
(Il giorno di componimento.)
Un jeune collégien nommé Théophile se distinguait par une conduite exemplaire et une grande ardeur à l'étude. Mais chacun de ses professeurs et de ses camarades (compagni) était étonné (maravigliato) qu'à certains jours presque périodiques, ses devoirs, ordinairement médiocres , étaient de beaucoup (gran lunga) supérieurs à ceux des écoliers de sa classe: c'étaient précisément les jours de composition.
Pendant quelque temps, plusieurs d'entre eux, jaloux de ses succès qu'ils attribuaient à quelque fourberie de collégien , épièrent tous ses mouvemens afin de s'assurer qu'il ne recevait ce jour-là aide de qui que ce fût. Toute peine fut inutile [indarno). L'enfant reconnu de tous ses professeurs comme un élève laborieux et soumis (docile) , continuait à travailler avec une inégalité d'intelligence tout-à-fait inexplicable.
Arlhur, l'un des plus forts (bravi) de la classe,
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auquel cette singularité portait (recava) grand préjudice (danno) , jura qu'il découvrirait le moyen employé par Théophile pour obtenir les premières places (posti) les jours de composition. Il gagna (si procuré) plusieurs amis à l'aide desquels il établit un système de surveillance. A cet effet (uopo), chacun d'eux, à tour de rôle (a turno), faisait le guet (spiava, osservava) pendant le jour, et la nuit feignait de dormir, ne quittant (staccando) pas des yeux le (dal) lit de Théophile. Le jour de garde d'Arthur arriva. 11 est inutile de dire qu'il remplit (fecé) toute la journée son rôle {parte) avec la conscience d'un homme fort intéressé au succès de ses démarches (passi). Le soir vint; il n'avait encore rien découvert. Tous les élèves de sa division , parmi lesquels était Théophile , passèrent au dortoir (dormitorio) après la prière. Arthur le suivait des yeux, et ne remarquait autre chose sinon que le pauvre enfant était triste (malinœnicd) et rêveur (astraito, pensoso). Quelques minutes après, le plus profond silence régnait dans le dortoir; il était à peine interrompu par le léger bruit qu'occasionne, chez (presso a) certains enfans, la force du premier sommeil. Arthur lui aussi mourait d'envie de dormir (moriva dal sonno) , mais l'espoir de découvrir la nuit ce qu'il n'avait pas pu découvrir le jour, lui faisait combattre et vaincre le sommeil.
Tandis qu'il était plongé (immerso) dans de graves réflexions sur les difficultés de la composition donnée le soir même , il voit le drap (lenzuolo) de Théophile se soulever, puis l'enfant se lever doucement [alzarsi pian piano), s'habiller, prendre ses cahiers (quademi) et ses livres , et sortir du dortoir. A ce moment minuit sonnait.
Arthur presque tremblant se lève à son tour [anche lui) y et le suit. Théophile monte [salé] l'escalier, arrive
LE JOUR DE COMPOSITION
jusqu'aux combles (soffitta) , et passant par une lucarne (abbaino) -se trouve sur le toit assez escarpé [erto) du collège. Le courage d'Arthur l'abandonne en ce moment; il n'ose s'aventurer (arrùchiarsi) sur les traces de son camarade, il se contente de le suivre des (con gli) yeux, et voit le malheureux marcher (camminare) hardiment sur le toit jusqu'à la gouttière (doccia), où il s'assied tranquillement. Là Théophile ouvre (apre) ses livres , se met à écrire pendant quelques instans, puis rentre au dortoir et se recouche avec le plus grand calme. Le lendemain il était le premier.
Arthur ne manqua pas, à son lever (alzarsi), de faire son rapport à ses amis et à son professeur. Celui-ci avertit le proviseur (soprintendcntë) , qui fit examiner l'enfant par le médecin du collège ; enfin l'on découvrit qu'il était somnambule. Ainsi furent expliqués les succès de Théophile, à certains jours de la semaine. Car l'on sait que ceux qui sont attaqués (affelti) de cette maladie, jouissent, pendant l'accès de somnambulisme, d'une puissance (potenza) d'intelligence de beaucoup supérieure à celle qu'ils ont dans leur état normal.