‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 51 sur 94 · LE CHAT · texte numérisé non relu

LE CHAT

(Il gatto.)

Mathilde. Maman, maman, minet (micino) s'est caché (nascosto) sous l'armoire.

Aurélie. Eh bien, qu'y a-t-il là d'extraordinaire? et pourquoi me dire cela d'un ton pleureur (voce piagnolosa) c ! Il ne faut (bisogna) pas, ma chère Mathilde, se mettre tout en émoi (pigliarsi pena) pour si peu de (poca) chose.

Mathilde. Mais je voudrais le faire sortir de sa cachette (nascondiglio).

' Aurélie. Attends.... Quoi! tu le prends par la queue?

Mathilde. Et comment faut-il donc faire?

Aurélie. Tiens, voici un morceau (jpezzo) de papier (di carta); fais-en une petite boule (pallina), et jette-la devant l'armoire. Un chat aime toujours à jouer (fare il chiasso). Minet verra rouler la boule, l'entendra frôler (strisciare) à terre, et pour l'attraper (acchiapparla) il sortira de sa cachette' (nascondiglio).

Mathilde. Oh ! oui , oui , faisons cela de suite.

Aurélie. Tiens (guarda), voici minet; n'avais-je pas

raison? Va (fat) doucement (adagino) au moins, et ne lui fais point de mal. Caresse-le, si tu veux, mais non pas (già) à contre-poil. Ne vois 7 tu pas qu'en faisant ainsi tu lui mettrais le poil en désordre (arrufferesti il pelo)l D'ailleurs cela ne lui fait aucun plaisir. Ne te rappelles-tu (rammenti) pas qu'Emilie a eu la joue égratignce, et qu'elle en a conservé la marque (il segno) pendant plusieurs jours?

Le chat est un animal auquel (di cui) il ne faut point se fier: il n'est pas, comme le chien, reconnaissant des caresses qu'on lui fait. Il montre les griffes au moment que l'on y pense le moins. Du reste, c'est un animal fort utile : il a l'oreille si fine , qu'il entend les plus petits sons que notre oreille ne saurait percevoir. Aussi la sienne lui indique-t-elle à merveille le lieu où il y a des souris [sorti). Le dessous de sés pattes est muni (provvisto) d'une membrane si délicate , qu'il ne fait aucun bruit (rumore) en marchant. Il s'approche en rampant de l'endroit où il entend la souris ronger. La souris apercevant le chat cherche à fuir. Peine inutile (lutta indarno) : le chat a (gli è) déjà sauté dessus, et de (con) ses petites pattes (zampine) l'a saisie (pigliato, glurmito) avec une merveilleuse dextérité; puis, tout en grommelant (brontolando) , il l'emporte dans sa (in) gueule pour la dévorer.

C'est ainsi que le chat purge de souris le grenier, la garde-robe, l'office (la dispensa), le bureau (uffizio), et les autres parties de la maison. Sans le chat, les souris, surtout à la (in) campagne, rongeraient (rosicherebbero), détruiraient les provisions de bouche, le linge (bianchcrie) , les vêtemens, les meubles eux-mêmes.

Mathilde. Mais comment se fait-il que les chats y voient pendant la nuit la plus noire (buia) ?

Aurélie. Apporte-moi ici ton minet. Tourne-lui (volta) la tête du côté (dalla parte) de la fenêtre. Vois-tu cette ouverture (foro) oblongue qu'il a au milieu de l'œil? C'est par là qu'entre la lumière , et ce trou (foro) s'appelle pupille. Eloignons (allonlaniamo) maintenant le chat de la fenêtre, et portons-le dans un endroit (portiamolo in parle) moins éclairé. Fais attention: la pupille s'est dilatée. C'est que, pendant l'obscurité, le chat la dilate autant qu'il (pcr quanto lo) peut, et alors elle est beaucoup (assai) plus grande que la (délia) nôtre.

Cette pupille ainsi dilatée est susceptible de recueillir la lumière la plus faible.

Il n'y a jamais nuit si obscure qui n'ait quelque peu de lumière (luce).

Eh bien, cette lumière si faible (debole) y insensible à nos yeux, est toutefois suffisante (bastante) pour le chat, et lui permet de distinguer parfaitement les objets.

LE FAUX DHITRI.

(Il falso Dm i tri, o Demetrio.)

Le fils d'un pauvre gentilhomme russe, nommé (per nome) Otrépieff, ayant perdu son père dès sa jeunesse, avait embrassé la vie religieuse [si era dedicato allo stato ecclesiastico). Un des moines (frati) du couvent où il se trouvait, lui dit un jour en plaisantant (scherzando) que les Russes étaient tout (intieramente) disposés à croire que le jeune Dmitri n'était (non fosse) pas

mort, et qu'un homme qui serait hardi et courageux pourrait facilement se faire passer (farcredere di essere) pour ce prince, seul héritier de la couronne, et qui avait été assassiné. Olrépieff , qui avait précisément quelques traits de ressemblance (qualcke rassomiglianza net lineameiitî) avec Dmitri, prit la chose au (sul) sérieux, (serio), et songea {pensô) à profiter de ce singulier conseil ; mais Boris l'usurpateur qui régnait alors , en ayant (essendone) été averti, Otrépieff fut obligé de se sauver [fuggire, scapparé) du couvent pour éviter le supplice que lui préparait le czar.

Arrivé (giunto) en Pologne, Otrépieff se mit au service d'un riche seigneur de ce pays. Quand il se fut assuré les bonnes grâces [délia benevolenza) de son maître, cet homme rusé (furbo) , feignant d'être malade et près de (vicino a) mourir, fit appeler (chiamare) un confesseur et lui dit: "Je possède un secret que je ne puis découvrir à personne; mais quand je serai mort, vous trouverez sous mon oreiller (guanciak) un rouleau (rotolo) qui vous apprendra (far.à sapere) tout. 9

Le confesseur crut que ce secret était (fosse) d'une grande importance pour le seigneur polonais, et ne craignit (terne) pas de le lui révéler (palesarglielo). Le Polonais, poussé (vinto) par sa curiosité, se hâta (s'affretlo) défaire fouiller (frugare) le lit de son serviteur, qui faisait semblant de dormir, et y trouva un papier (carta) dans lequel Olrépieff déclarait qu'il était le prince Dmitri , et expliquait comment il avait échappé aux (era fuggito dai) poignards des assassins d'Ouglitche. Son maître hésitait encore à le croire, lorsqu'Otrépieff, se découvrant la poitrine, lui montra une croix d'or enrichie de diamants, qui, disait-il, lui avait été donnée par son parrain (padrino, compare), qu'il prétendait être un prince polo-

nais. A cette vue, son maître n'eut plus de doute, et charmé de {incantato da) cette découverte, fit publier cette nouvelle dans toute la Pologne. Otrépieff y fut reconnu pour le véritable héritier du trône de Russie; et le polonais lui promit même [di più) en mariage sa fille, la belle Marina, s'il parvenait à [gli riuscisse di) monter sur le trône.

Otrépieff rassembla (riunï) aussitôt une troupe de Polonais déterminés et entra sur le territoire russe. Il y était [vi giunse) à peine, que plusieurs» milliers {più migliaia) de Cosaques vinrent grossir son armée et l'aider dans son entreprise ; quelques villes s'empressèrent [si affrettarono) aussi de lui ouvrir leurs portes, et cet heureux imposteur commença à devenir si redoutable (formidabile) , que Boris envoya contre lui J une armée nombreuse et son plus habile général pour essayer (tmtare) de le repousser (respingerlo) .

Mais le czar ne vit pas la fin de cette guerre, qui se fit avec acharnement (accanimento) ; car un jour, en se levant de table , Boris fut frappé (colpito) d'apoplexie , et mourut en quelques heures, à l'âge de cinquante trois ans.

Otrépieff, pour parvenir au trône, avait encore un obstacle à vaincre: c'était le fils de Boris-Godounof : mais les crimes (delitlï) lui coûtaient peu ; et dans son impatience de régner, on va voir (vedremo ora) à quoi il se détermina.

Ce fils de Boris se nommait Fédor : c'était un beau jeune homme, âgé (deW età) de seize ans, plein de ver- * tus, d'esprit, de science, et qui annonçait toutes les qualités nécessaires pour bien gouverner un peuple.

Quoiqu'il fût fils d'un homme qui avait usurpé le trône, les Russes, reconnaissant ses grandes qualités, et désirant avant tout la tranquillité de l'État (ce qui ne

peut exister dans un pays où il n'y a pas de (non v' è un) chef) , le nommèrent czar. On lui (gli si) donna trois ministres qui l'aidèrent de leurs conseils, et sa mère fut nommée régente.

Fédor n'était que depuis (da) peu de jours sur le trône, lorsque des gens envoyés par le faux Dmilri arrivèrent à Moscou, pour soulever (fare insorgere) le peuple en sa faveur. Ces députés se rendirent sur la place de la ville, et là ils firent aux habitants de si beaux discours et de si belles promesses, que tout le monde (la gente) se mit à crier: Vive le czar Dmitri! Vive le czar Dmilri ! Aussitôt ces envoyés profitent des bonnes dispositions du peuple, l'entraînent (trascinano) au palais, se saisissent (s'impadroniscono) du jeune Fédor, et l'enferment (rinchiudono) avec sa mère et sa sœur dans une maison où ils mettent des gardes; puis ils courent avertir Otrépieff de tout ce qui venait de se passer (jpoco prima era accaduto).

Celui-ci ne balança (esito) pas sur le parti qu'il avait à prendre . [da prendersi). Persuadé qu'il ne serait pas tranquille sur le trône tant que (fintanto che) vivrait le jeune czar, il ordonna qu'on le mit (fosse messo) à mort ; et il chargea de ce crime (delilto) d'infâmes scélérats, qui étranglèrent (strozzarono) ce malheureux dans son palais.

Aussitôt qu'Otrépieff fut certain qu'il avait cessé de vivre, il partit pour Moscou avec ses deux armées russe et polonaise, et entra dans la ville au milieu des cris de joie du peuple, qui était bien convaincu qu'il (dî) revoyait le véritable Dmitri échappé (fuggito) au fer des assassins.

Cç qui contribuait à tromper (ingannarc) ainsi les Russes, c'est qu'en effet Otrépieff avait quelques traits

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de ressemblance avec le jeune Dmitri, quoiqu'il fût beaucoup plus laid (bruito) : il avait comme (al par di) lui la taille (statura) pelile, les épaules (spalle) larges, les yeux bleus (occhi turchini), le nez gros, une verrue (porro) sous l'œil droit, une autre sur le front, et un bras plus court que l'autre ; du reste il était hardi, éloquent, plein d'esprit, et ne manquait pas de noblesse dans les manières.

Le faux Dmitri était bien (bensï) parvenu à se faire nommer czar de Russie, mais une chose l'inquiétait beaucoup (gli davaun gran pensiero): c'est que la mère du véritable Dmitri vivait encore enfermée (rinchiusa) dans un monastère, où elle pleurait (piangeva) le meurtre (assassinio) de son pauvre enfant ; et Otrépieff tremblait qu'elle ne déclarât un jour qu'il n'était pas son fils. Dans cette incertitude il lui envoya des députés avec des présents (regali) magnifiques et un des plus beaux carrosses de la cour pour l'engager (indurla) à venir partager son trône.

Celte pauvre femme, qui avait joui de tous les honneurs et de tous les plaisirs d'une reine, se trouvait si malheureuse dans ce couvent, où elle était privée de tout cela, qu'elle ne put résister au désir de régner de nouveau, et consentit à tromper (ingannare) tous les Russes en feignant (fingendo) de reconnaître Otrépieff pour son véritable fils.

Elle partit donc dans le carrosse qu'il lui avait envoyé, et elle rencontra en chemin le faux Dmitri qui était venu au-devant d'elle (ad incontraria) avec toute sa cour: ils se précipitèrent dans les bras l'un de l'autre, en apparence avec une si grande tendresse , que tous ceux qui les virent restèrent persuadés que c'était bien une mère qui retrouvait son fils.

Nous avons déjà dit que lorsqu'Otrépieff était simple domestique en Pologne, son maître (padrone) avait promis de lui donner en mariage la belle Marina, sa fille, s'il parvenait à (gli riuscisse di) devenir czar de Russie. Ce seigneur polonais imaginait sûrement (certamente) que le czar ne pensait plus à sa fille , lorsque tout-à-coup , et à son grand étonnement (con sua gran maraviglia) , il vit arriver des ambassadeurs qui venaient de la part d'Olrépieff chercher la jeune Marina, et qui lui offrirent une quantité prodigieuse d'or et de pierreries [gioie).

Marina, transportée de [dalla) joie, partit avec son pére, et arrivée à Moscou, elle trouva tout disposé (préparai) pour célébrer son mariage. Les deux époux se rendirent de suite à la cathédrale (duomo) , qui était toute tendue (paralo) en velours cramoisi (cremisino), et quand la cérémonie fut terminée , ils revinrent au palais au bruit (col rumore) des canons et des cloches (campane).

Olrépieff était au comble du bonheur (délia félicita), et certainement il ne s'attendait (prevedcva) pas qu'un règne qui commençait d'une manière [in un modo) si heureuse pût finir tristement: mais il n'avait pas reçu l'éducation convenable à un prince qui doit un jour gouverner un grand peuple; il était brutal, ivrogne [ubriacone) , orgueilleux, et laissait entièrement aux ministres qu'il avait choisis (sceltî) le soin (le cure) du gouvernement : aussi (di modo che) les Russes commencèrent-ils bientôt à se plaindre (dolersi) tout haut de son ignorance et de son injustice.

Il y avait alors à Moscou un boyard (nobile) très ambitieux qui s'appelait Chouiski. Ce seigneur entendait tous les jours le peuple murmurer de ce que (perche) toutes les places, toutes les dignités, toutes les récompenses étaient réservées aux Polonais. En effet , Otrépieff

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les favorisait tout particulièrement [in un modo parlicolaré) , parce que c'était principalement à eux qu'il devait d'être monté sur le trône. Déjà les plus mécontents des Russes avaient formé une conjuration pour se défaire [liberarsi) de ce faux Dmitri, et il ne leur manquait qu'un chef, quand Chouiski, se présentant à eux, leur offrit de diriger le complot.

Le hasard [caso) voulut qu'Otrépieff eût connaissance de cette conspiration, et comme il vit que le nombre des conjurés (conspiratori) était trop grand pour les punir sans causer une révolte [ribellioné] , il imagina une ruse [furberia) afin de s'en défaire d'un seul coup (in una voila solo).

11 fit publier que, le quinze mai suivant, il donnerait une fete militaire, à laquelle devait assister toute la garnison russe de Moscou, et pour rendre la fête plus brillante , il voulut qu'on élevât [fosse inalzala) une forteresse en (di) bois, garnie de véritables canons, que les Russes devaient faire semblant [finta) d'attaquer; mais les Polonais avaient ordre de se défendre sérieusement [sul serio) y de tirer (sparare) le canon avec des boulets (a pallct), puis de massacrer [far una strage di) tous les Russes quand ils les verraient surpris et en désordre. Heureusement pour les Russes, Chouiski, informé de cet épouvantable [spaventevole) projet, prévient les conjurés, qui courent aux églises, sonnent le tocsin (a stormo) et mettent tout le peuple en révolution. Chouiski saisit (jprende) alors un poignard dune main, un crucifix de l'autre ; il anime tous les révoltés (insorli) , et les entraîne au palais, afin de s'emparer (impadronirsi) d'Otrépieff.

Le faux Dmitri, épouvanté en entendant (nel senliré) les cris des Russes, qui dans leur fureur massacraient

(trucidavano) les Polonais, et apprenant qu'on en veut à (vogliono attentare a) sa vie, cherche à se sauver (fuggire) du palais ; mais comme toutes les portes étaient déjà gardées (custodite), il saute par une fenêtre, tombe sur le pavé (la laslra), se casse (rompe) une jambe et se fait une grande blessure (ferita) à la tête : alors on s'empare de lui et on le porte demi-mort dans une église voisine.

Chouiski, pour détromper (disingannare) entièrement le peuple, envoya bien vite demander à la czarine mère, si Olrépiefî était (fosse) véritablement son fils. La princesse toute troublée (confusa) avoua [confessé) que c'était un imposteur. Aussitôt les envoyés revinrent en instruire (farne consapevoli) les Russes, qui, furieux d'avoir (essere) été si indignement trompés (ingannati), achevèrent (finirono) le malheureux czar, et traînèrent son cadavre par les rues de la ville.

C'est ainsi que périt le fameux Otrépieff, connu sous le nom du faux Dmitri. De simple domestique, il était devenu empereur, et avait occupé près d'un (per quasi) an le trône de Russie. Sa mort fut un châtiment bien juste de son imposture, et prouve que Dieu finit toujours par (con) abaisser [umiliarc) ceux qui ne se sont élevés que par (pel mezzo) le mensonge et la méchanceté.

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