‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 53 sur 94 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ARRIGHETTO s'approche d' (ad) une table en arrangeant (accomodando) une petite voilure; ensuite il s'avance vers ER- NESTO.

Arrighetto. Mon beau petit landau s'est brisé (rotlo) dans le dernier voyage que nous venons de faire: les

roues ne tournent {girano) plus. Il va falloir le (lo dovremo) faire raccommoder.... Si papa sortait de son cabinet je lui demanderais la permission d'aller voir Ernesto. Il me semble qu'il tarde beaucoup à venir me voir, mon cousin. Mais chut [zitto) ! je crois que je l'entends rire.... Oui, c'est bien sa voix; c'est lui, c'est lui.... Oh quel bonheur! Mon cousin!... (Il va à sa rencontre et l'embrasse).

Ernesto. Bonjour, Arrighetto. Ah! ah! ah!... laissemoi finir de rire, car je n'en puis plus.

Arrighetto. Qu'as-tu donc à pouffer [scoppiare) ainsi de rire?

Ernesto. Je viens (ora ho) d'apprendre que tu avais bu d'excellent rosolio.... Ah!... ah!...

Arrighetto. J'en étais sûr ; Tonio n'y a pas manqué.

Ernesto. C'est la première chose qu'il m'a dite, et il m'a fait mourir de rire en me la racontant.

Arrighetto. Je le l'aurais peut-être raconté moimême: du moins tu pourrais bien ne pas le dire aux autres [S' approchant de (a) lui). Je t'en prie, Ernesto.... je suis si honteux de ma gourmandise.

Ernesto. Il n'y a (non c'è), ma foi, pas de quoi (motivo). Et moi aussi j'ai fait bien souvent rire à mes dépens (spalle) , par suite de ma gourmandise. Il y a un an , par exemple , croyant manger du café en poudre , j'ai avalé (inghiottito) du tabac. Une autre fois j'ai pris de la crème de tartre, croyant que c'était (fosse) du sucre pilé. Maintenant je suis plus fin : je ne mange rien que je ne sache parfaitement ce que c'est. A propos, j'attendais ton arrivée pour faire ensemble un coup superbe.

Arrighetto. De quoi s'agit-il donc?

Ernesto. Il s'agit de prendre des pêches, et des pêches grosses comme cela (il lui montre ses deux poings) ; ce n'est point une plaisanterie (scherzo).

Arrighettô. Des pêches ! Est-ce qu'il y en a (ve m sono) déjà? je n'en ai point encore mangé.

Emesto. En effet, l'on peut dire que ce sont des primeurs [primizie); je te certifie que tu n'as jamais vu de pêches semblables. Elles sont si vermeilles , si veloutées! ! Hier j'en ai pris une, et je l'ai trouvée succulente et d'un goût exquis. Mais il faudrait y aller de suite, car elles sont mûres, et si nous les laissons sur l'arbre, elle seront bientôt cueillies

ArrigJietto. Et à qui (di chi) sont-elles?

Eriiesto. Que veux-tu que je sache ? Elles sont dans un petit verger (orticello) à très peu de dislance de la maison de campagne. Le pêcher est tout prés de (alla) la route, et rien n'est plus facile que d'escalader la haie (saltare la siepe), et ensuite de grimper (arrampicarsi) sur l'arbre. Alors nous en prendrons autant que nous en voudrons. Viens, nous allons faire (faremo) le coup avant le dîner.

Arrighettô. Je ne puis pas sortir que papa ne me l'ait permis.

Emesto. Oh quel ennui ! Ah bien moi , je vais où bon me semble (dove mi pare), et l'on ne me dit rien. Tu vois qu'il n'y a point un moment à perdre. Et heureusement, nous dînons tous deux un peu tard ; mais si nous attendons à demain , je crains bien (temo assai) que nous ne trouvions les pêches cueillies. Allons, viens! Il suffira (basterà) de dire à un domestique que je t'ai conduit à ma maison de campagne.

Arrighettô. Attends, je vais (voglio) du moins prévenir Girolamo.

Emesto. Diantre (caspita)! tu prétends aussi lui obéir à lui? Il est déjà assez ennuyeux comme cela, le vieux radoteur (brontqlone) !

Arrighetto. Veux-tu bien te taire (stare zitio) ! oser parler ainsi ! Respect à la vieillesse, dit souvent mon père; et lui aussi a du respect pour Girolamo qui Fa vu tout petit.

Ernesio. Je suis vraiment bien aise (contento) de n'avoir pas à la maison de ces momies-là : mes domestiques à moi sont lestes, braves, vigoureux; c'est d'eux que j'ai appris à monter sur les arbres, à faire le coup de poing (far a'pugni) , à jouer.... Mais voici mon oncle ; je vais lui (gli voglio) dire qu'il te permette de^ venir avec moi.

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