‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 57 sur 94 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LISA portant une botte (fascio) d'herbe sur ses épaules, et NINA avec un panier au bras.

Nina. Ah! nous voici à la maison. (Lisa jette à terre la botte d'herbe.) A présent, chère maman, je vais allumer (voglio accendere) le feu, et me mettre à faire la soupe.

Lisa. Ma petite Nina, tu as donc bien faim?

Nina. Comment! depuis ce matin je n'ai mangé que des fruits!

Lisa. Mais le paysan chez lequel nous travaillons à la journée t'a donné du pain , il me semble?

Nina. Oui, le voici dans mon panier; je l'ai apporté à la maison pour le partager (dividerlo) avec toi , chère maman.

Lisa. Eh bien, mangeons-le, et contentons-nous de cela pour ce soir.

Nina. Oh mon Dieu! nous sommes véritablement bien pauvres ! mais puisque nous n'avons pas autre chose à manger , patience , mangeons notre pain sec. Tiens , maman , prends ce morceau-là (pezzo), il est plus gros. [Elle donne à sa mère une miche (tozzo) de pain, et toutes deux s'asseyent sur une pierre, et se mettent à causer (discorrere).

Lisa. Que veux-tu , mon enfant ! voilà ce que c'est que la condition des journaliers. Du vivant de mon mari nous avions une ferme (fattoria) , et les choses n'allaient point ainsi. Nous n'avions pas besoin d'acheter le pain, le vin, l'huile, le bois (le legna) ; et puis durant toute Tannée nous ne manquions ni de légumes, ni de fruits. Ah quel bon temps alors!

Nina. Pour moi je ne me le rappelle (rammento) pas.

Lisa. Tu ne peux pas t'en souvenir. Tu venais d'être sevrée (divezzata) quand ton père mourut; mes beaux-frères (cognati) , les misérables , me chassèrent de , la ferme avec quelques pauvres hardes (cenci) que je possédais; car lorsque j'étais fille (ragazza) , je n'étais pas plus riche qu'aujourd'hui , et n'avais pas apporté de dot à mon mari.

Nina. Au moins du vivant de grand-papa (nonno) ,

nous étions plus heureuses qu'à présent; nous avions de la soupe à manger.

Lisa Certainement. Un homme , ça travaille , et ça gagne plus qu'une femme; et tout vieux qu'il était (benchè fosse vecchio) , mon pèreUe cessait jamais de travailler. Mais hélas j'ai perdu tous ceux qui pouvaient m'aider. (Elle pleure.)

Nina. Oh, je t'en prie, ne pleure pas, maman; je t'aiderai moi [elle se lève et court à sa mère) , et quand je serai grande j'apprendrai à tisser et à gagner de l'argent.

Lisa (embrasse sa fille et la couvre de baisers). Oh ma petite Nina, d'ici à ce que tu sois grande, j'ai encore bien des larmes à verser! En résumé, le maître (padrone) de la maison va venir dans (fra) trois jours chercher son loyer (pigione) , et il faut qu'à force de travail et de sueurs j'amasse (metla insieme)\3i somme de six écus.

Nina. Pauvre chère maman, tu me fais pleurer aussi moi! Mais, à propos, pour payer le loyer nous pourrons aller vendre les poulets et les pêches. (Ella lève les yeux vers le pêcher.) Ah mon Dieu ! que vois-je ! les plus belles pêches n'y sont plus....

Lisa. Que dis-tu ! Malheureuse (disgraziala) que je suis! (Elle se lève précipitamment, et regarde le pêche) ) Eh mon Dieu ! oui, on me les a volées (rubate) ! Il ne me manquait plus que ce malheur (disgrazia) ! Les brigands ! les assassins! Oter (levare) à une pauvre femme, qui n'a que cela (altro) au monde, son unique espérance ! Et moi qui voulais les porter à la villa de cette dame russe ! Qui sait combien elle m'aurait payé ces primeurs. Adieu toute espérance ! Hélas que je suis à plaindre (da compiangere) !

Nina tourne (gira) autour du pêcher , et trouve des noyaux (noccioli). Regarde, maman, regarde, ils les ont mangées, les gloutons (ghiottoni) ! tiens, voilà les noyaux.

Lisa. Je voudrais que ces pêches fussent du poison (veleno) pour eux.

Nina. Et moi qui tous les matins venais les voir, qui ne les quittais (perdeva) pas des yeux ! Et dire que je ne les ai pas même goûtées (assaggiate) l

Lisa. Il y en avait au moins une vingtaine de toutes mûres: maintenant quelle espérance me reste-t-il? A qui recourir?

si III.

Les précédents, et ARRIGHETTO pleurant.

Arrighetto (sortant deux pêches de sa poche (tasca). Tenez, prenez ces deux pêches; dans (frà) quelques instants je vous en rapporterai d'autres.

Lisa. Gomment, c'est (siete) vous,. mon petit monsieur (signorino) !..

Nina. Maman, est-ce que c'est lui qui est le voleur?

Arrighetto. Oui, c'est moi (son io), ce n'est que(è pur) trop vrai (il se met à genoux en sanglottant) ; mais pardonnez-moi, je vous en supplie; soyez-en bien sûre , j'avouerai (confessero) ma faute à papa; il est riche lui, et il vous donnera tout ce que vous aurait donné la dame russe.

Lisa. Oh! que dites-vous donc? relevez-vous (elle le relève) ; au contraire (ami), c'est (tocca) à nous à nous excuser si nous.... Mais comment! vous êtes monté seul sur le pêcher?....

Arrighetto. Oh non, j'étais avec un camarade. Ah ! si lui aussi savait combien vous êtes pauvre, il se repentirait mille fois d'avoir cédé à sa gourmandise (gola) . Tiens , Nina , goûte (assaggia) ces deux pêches ; elles sont si bonnes I

Nina. Est-ce qu'il faut les manger, maman, ou voulez-vous les garder ?

Arrighetto. Mange-les mange-les toujours {pure). On les payera à ta maman; car moi je rendrai à papa la monlre [orologio) dont il m'a fait cadeau (regalato) pour mes étrennes (ceppo), afin qu'il la vende; de [in) cette manière, vous ne perdrez rien, pauvre femme.

Lisa. Oh ! que le Ciel vous bénisse, mon petit monsieur, et vous rende aussi sage que (quanto) charitable !

Nina. Eh bien alors, prends une pêche, maman, moi je mangerai l'autre.

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