‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 58 sur 94 · SCÈNE DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE

Les précédents, GIROLAMO, LE COMTE.

Girolamo (derrière la porte). Holà! la maison.

Lisa (va ouvrir). Qui est là?

Arrighetto. C'est la voix de Girolamo.

Girolamo. Bonsoir la compagnie. (Apwcevant Arrighetto) Ah! que le Ciel soit loué! Venez, monsieur le Comte, le voilà sain et sauf.

Le Comte. Bonjour, mère Lisa.

Lisa. Votre servante, monsieur le Comte.

Arrighetto. Oh! voici. papa! (Il court V embrasser .)

Le Comte. Ah ! mon Arrighetto , si tu savais combien tu m'a mis dans l'inquiétude (in pensiero) l

Arrighetto. Est-ce que je t'ai fait attendre longtemps?

Le Comte. Non, je suis allé chez (dalla) ma sœur pour te chercher, et je ne t'y ai point trouvé ; et tandis (mentre) que j'étais là, Ernest.... Ah, grands dieux! Ernest....

Arrighetto. Eh bien ! qu'est-ce qui est arrivé (accaduto)1 II s'est sauvé (scappato) d'ici avec les pêches.

Girolamo. Et en courant avec le paquet (fagotto) , il a voulu, sauter un fossé pour entrer par le plus court

(brève) chemin dans la. propriété de son père, et il a fait une chûte terrible.

Arrighetto. Ah , le pauvre cousin ! Est-ce qu'il s'est fait beaucoup de mal?

Girolamo. Un paysan Ta rapporté chez lui (a casa) y et l'on craint (si terne) qu'il ne se soit cassé [rotta) la jambe.

Arrighetto. Oh Dieu ! quel malheur î

Le Comte. Figure-toi, quand je l'ai vu dans cet état et que je ne t'ai pas vu toi !... Mais comment se fait-il que tu sois ici ?

Arrighetto. Ah! cher papa, c'est ma gourmandise qui m'y a amené. Ernest et moi nous avons pillé (saccheggiato) ce pêcher: lui, qui est plus leste (svelto) que moi, s'est échappé, et moi, je me suis caché derrière ce buisson (cespuglio) de roses. J'étais là blotti (rannicchiato), quand j'ai entendu cette pauvre femme parler à sa fille de son extrême misère. Tandis que nous avons tant de bonnes choses sur notre table, les pauvres gens n'ont que du pain noir à manger, et moi, en leur prenant leurs pêches, je leur ai ôté leur dernière ressource. Allons, petit père, pardonne-moi, et répare le mal que j'ai fait; reprends ma montre, et si cela ne suffit pas, vends mon habit neuf, mon petit chapeau de peluche (felpa) , tout ce que j'ai enfin ; j'aime mieux me priver de cela, plutôt que d'éprouver le chagrin [dispiacere) d'avoir augmenté la misère de ces bonnes créatures.

Le Comte. Ah! mon cher Arrighetto, viens dans mes bras ! Oui, nous remédierons à tout, et tu me donneras ta petite montre [orologio] , parce que celte privation pourra te rappeler ta faute (rammentare il tuo fallo). Cette montre a (è) coûté six écus : elle suffira, je pense, et au-delà, pour payer les pêches. [A Lisa.) Dites-moi,

ma chère, à combien s'élèvera le dommage (danno) qu'ils vous ont causé (cagionato)*!

Lisa. Oh! monsieur le Comte, il y avait (vi era) h peu près une vingtaine de pêches: donnez-moi ce que vous voudrez.

Arrighetto. Petit père, puisque tu me dis que la montre n'a coûté que six écus, donne-les tous les six à cette pauvre femme qui en a précisément besoin pour payer son loyer (pigioné).

Lisa. Oh! y pensez-vous, mon petit monsieur?

Le Comte. Oui , mon fils , je veux suivre l'impulsion de ton bon cœur: tenez, bonne femme. (Il lui donne l'argent.)

Lisa. Ah , quel coup de la Providence ! Monsieur le Comte , le Ciel vous en récompensera vous et votre fils. Nina, remercie donc monsieur le Comte.

Nina. Que le bon Dieu vous le rende mille fois, mon bon monsieur!

' Arrighetto. Maintenant, nous allons aller [ora anderemo) voir mon cousin, n'est-ce pas [non è vero), papa?

Le Comte. Soit, mon cher enfant. En attendant, que le souvenir (rimembranza) des fâcheux (tristi) évènemens de ce jour te serve de leçon pour l'avenir. Songe (pensa) bien que si le hasard ne t'avait pas fait connaître la misère de ces pauvres gens , tu n'aurais pas pu réparer tes torts cruels envers eux. N'oublie pas, du reste, qu'il ne faut jamais chercher à se procurer du plaisir au préjudice (danno) du prochain.

Girolamo. Et dans votre intérêt comme dans celui des autres, tâchez (procurate) de vous corriger du défaut de la gourmandise.

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