SCÈNE I
Le Théfltre représente un talon richement meublé, avec deux canapés, l'un à droite, l'autre à gauche; des fenêtres au fond.
ALBINA assise sur un canapé et essuyant ses larmes avec son mouchoir; CARLETTO debout auprès d'elle et dans l'attitude de la douleur. Il fait nuit.
Carletto. Chère Albina, cesse [smetli) de pleurer (jpiangere), je t'en supplie; tu me fends [strazzCj le cœur. Albina. Oh mon Dieu! qu'allons-nous devenir (ora,
cosa diventeremo) ici, renfermés pendant toute la nuit, seuls et dans l'obscurité?
Carletlo. J'ai donné tant de coups de poing (pugni) à toutes les portes, j'ai tant crié, que les mains me font mal et que j'ai perdu la voix.
Albina. Voilà le beau résultat de ta désobéissance.
Carletto. Comment, de ma désobéissance? Je suis entré un instant dans le salon pour chercher la luciole; mais c'est ta curiosité qui m'y a fait revenir; et puis, non contente de voir le salon, tu as voulu traverser toutes les pièces, de sorte qu'en revenant sur nos pas
[tornando indietro), nous avons trouvé fermée (chiusa) la porte de l'appartement.
Albina. Si tu n'étais (fossi) pas venu me raconter tant de belles choses sur cet appartement, je n'y aurais pas pensé le moins du monde (neppur per idea).
Carletto. Allons, tais-toi ; c'est bien le moins (almcno) que la foute (colpa) soit partagée entre nous.
Albina. J'en suis moins fâchée (dispiacente) pour moi que pour cette pauvre mère. Qui sait combien elle nous cherchera, combien elle sera én peine [petisiero) pour nous?
Carletto. Tu as raison. Voilà ce qui m'afflige pardessus tout.
Albina. Mon frère, il me vient une idée. Voyons un peu si les fenêtres de cet appartement donnent sur notre maison [casa). Peut-être qu'à force d'appeler (chiamarc) nous parviendrons (ci riesca) à nous faire entendre.
Carletto. Oh! oui, voyons. (Il prend une chaise et ouvre la fenêtre.) Ah! ma chère Albina, cet espoir s'est encore évanoui. Ces fenêtres donnent sur le domaine [podere) , et l'on n'aperçoit d'ici que la mauvaise route [stradac- , cia) écartée (remota) qui conduit à la montagne voisine.
Albina. C'est Dieu qui nous punit, parce qu'après tout ce que nous a dit maman , nous lui avons encore désobéi.
Carletto. Tu as, ma foi, bien raison. Mais si je me tire (scampo) de ce danger, je ne veux plus être désobéissant de ma vie.
Albina. En attendant qu'allons-nous faire (cosa faremo) toute la nuit? J'ai peur, moi!
Carletto. Et de quoi as-tu peur? Des revenants? (spettri) . Tu le sais, maman dit qu'il n'y en a pas [non ve ne sono) .
Albina. Il pourrait bien venir des voleurs (ladri).
. Carletto. Eh bien, s'il en venait, je saurais te défendre.
Albina. Voyez un peu le fanfaron (millantatorë)\ Et que ferais-tu donc?
Carletto. Tiens, je te plains (compiango) , car tu n'es qu'une femme.... Les hommes, c'est différent, ils doivent être courageux. Après tout, il n'y a rien à craindre (da temere) ici, et si lu as peur de rester dans l'obscurité, nous laisserons la fenêtre ouverte et nous jouirons (goderemo) du clair de lune. Que veux-tu, ma chère Albina? Nous ne pouvons pas sortir d'ici, et pour cette nuit nous n'avons autre chose à faire qu'à dormir sur ces canapés. Quand il fera jour, et que les paysans entreront dans le domaine, nous les appellerons (chiameremo) , et notre prison s'ouvrira.
Albina. Oh ! comme je serai honteuse (mi vergognerà) de me présenter devant maman !
Carletto. Elle est si bonne, que quand elle verra que nous nous repentons et que nous lui demandons pardon, elle nous l'accordera certainement.
Albina. Mais après une faute (mancanza) aussi grave, il ne faudrait plus jamais lui faire la moindre peine {dispiacere).
Carletto. Oh! oui, oui. Je veux me mettre à étudier pour devenir un jeune homme distingué, et la dédommager (indennizzare) un jour de tous les sacrifices qu'elle a faits pour moi.
Albina. Et moi, quand je serai grande, je m'occuperai du ménage (délie faccende), et maman se reposera.
Carletto. Préparons-nous donc à dormir, ce sera le moyen de trouver moins longue cette nuit horrible. (Albina s'étend (si sdraia) sur un campé, et Carletto sur Vautre.)