SCÈNE III
ALBINA et CARLETTO sortent tout doucement de dessous le canapé.
Albina. Ah ! malheureux que nous sommes ! ce sont deux voleurs.
Carletto. Les as-tu entendus ($entiti)ï S'ils trouvent quelqu'un dans la villa, ils lui brûleront la cervelle.
Albina. Hélas ! c'en est fait de (è finito per) nous maintenant.
Carletto. Tu sais, Albina, que Dieu veille sur nous;
recommandons-nous à lui, demandons-lui pardon de la faute que nous avons commise , et implorons son secours. (Ils se mettent à genoux et prient.) Seigneur mon Dieu , daignez nous pardonner notre désobéissance ; nous vous le demandons de (con) tout notre cœur. Vous qui pouvez tout, sauvez-nous des mains de ces hommes méchants. Ohl oui, Seigneur, sauvez-nous, et nous vous promettons de ne plus rien faire qui vous déplaise ni à vous ni à notre mère. (Ils se lèvent.) — Il me semble à présent que j'ai (di avère) plus de courage. Et toi?...
Albina. Moi aussi je tremble moins, parce que je suis certaine que Dieu n'abandonne pas ceux qui ont recours à lui.
Carletto. Ah! si j'étais plus grand, je ne laisserais pas aller aussi facilement ces deux brigands.
Albina. Vois un peu combien tes actions répondent (corrispondono) mal à tes paroles I Tout-à-l'heure (Poco fa) tu te croyais capable de me défendre; puis l'occasion s'en présente , et aussitôt la peur te prend.
Carletto. C'est bien vrai, il ne faut pas trop se vanter. Je sens pourtant que si je n'étais pas si petit , je ne resterais pas comme cela les mains dans les poches (in cintola).
Albina. Il me semble que (mi pare di) j'entends du bruit (sentir rumore). Oh! mon Dieu ! voici une lumière qui approche.
Carletto. Remettons-nous sous le canapé, et iienstoi tranquille (stai quêta) , de grâce.
Albina. La peur m'ôte (leva) la respiration! (Ils se remettent sous le canapé.)
gCÈME IV.
Les précédents; UGONE entre tenant un sac et une bouteille; puis TORELLO.
Ugone. J'ai fait une bonne prise : j'ai trouvé ce sac dans le cabinet de travail (stanza di studio). Il y a làdedans pour le moins trois cents écus. De plus j'ai trouvé cette bouteille, et je vais la (lo voglio) boire. — Ah! voici Torello. Dis-moi, camarade, as-tu fait bonne chasse?
Torello. Pas mauvaise (non c' e maie). J'ai là vingtquatre couverts (posatc) et quelques autres pièces d'argenterie. Mais que diable veux-tu faire de cette bouteille?
Ugone. Parbleu (perbacco) ! je l'ai prise pour la boire ensemble.
Torello. Bravo! Gela nous donnera des forces pour aller ensuite à la ferme (fattorià) voisine où nous devons tous nous réunir. Je suis vraiment enchanté de t'avoir pour camarade. Tu es vif, entreprenant.... A propos: y a-t-il longtemps que tu fais ce métier-là?
Ugone. Il n'y a que [solamente) trois ans. Écoute: mes parents étaient assez (piuttosto) à leur aise [agialî) ; mais dès l'enfance je n'eus jamais envie (voglia) de m'occuper, et mes parents, qui m'adoraient, ne surent pas m'obliger au travail. A quinze ans je restai orphelin. A peine me vis-je maître (padrone) de mon bien, que je m'adonnai (diedi) au jeu et à tous les plaisirs de la vie, si bien qu'en peu d'années je dévorai (rifinit) mon patrimoine. J'étais accoutumé (avvezzo) à me procurer tous les divertissements, qu'ils fussent permis ou non [leciti o illeciti) , et quand je ne pus plus m'amuser avec mon argent, je commençai à le faire avec le bien d'autrui. (Ils boivent.)
Torello. Pour moi, étant tout petit j'avais déjà la passion du vol [furlo). Je me rappelle qu'un jour à
l'école je pris un canif (temperino) à mon maître (maestro), et quand je l'apportai à la maison, ma mère ne me fit aucun reproche (rimprovero). Encouragé par ce silence, je continuai à prendre tantôt une chose, tantôt une autre, jusqu'à ce que, étant grand, je me fis voleur (ladro) de profession. — Mais la bouteille est finie, ne perdons pas de temps.
Ugone. Torello, n'as-tu pas entendu soupirer? Torello. En effet.... Voyons un peu. (Ils découvrent les enfants.)
Ugone. Sortez de là, malheureux (sciagurati)\ [Carletto et Albina sortent en tremblant, et se jettent aux genoux des voleurs.)
Albina. Grâce, grâce!...
Carletto. Ayez pitié de nous!...
Torello. Comment , avoir pitié de vous ! (Il tire un pistolet de sa ceinture; Ugone le retient.)
Ugone. Que fais-tu? pourquoi tuer (ammazzare) deux enfants qui ne peuvent nous faire de mal?
Torello. Ne pourraient-ils pas nous dénoncer?
Ugone. Mais voi6 donc, ils n'ont pas même le courage de nous regarder en [di) face. Ils pourront dire qu'il est venu (sono venuti) des voleurs : parbleu 1 l'état de la maison le dit assez.
Torello. J'ai toujours fait comme cela.
Ugone. Eh bien ! cette fois tu ne le feras pas. Moi d'abord je suis un vrai lion quand on me résiste, et cependant [eppure) je ne saurais faire le moindre mal aux femmes et aux enfants qui me demandent (chiedono) grâce. Allons-nous-en [via), les camarades nous attendent: détends le chien (scarica il cane) du pistolet; le bruit (rumore) de la décharge (sparo) pourrait nous être plus fatal que ces deux enfants.
Torello. Fais comme tu voudras (vuoi)> mais il y va (si tratta) de la vie. (Les voleurs s'échappent par la fenêtre. Albina tombe sans connaissance (svenuta) sur le canapé.)