‹ Lectures instructives et amusantes a l'usage des écoles techniques d'Italie et des maisons d'éducation des deux sexesChapitre 86 sur 94 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le lendemain même , François fut présenté par le gentilhomme anglais à monsieur Camille, l'artiste qu'il employait à copier les antiquités d'Herculanum. "Je m'intéresse beaucoup à (dé) cet enfant, dit-il; si vous consentez à l'initier un peu à votre art, je m'engage (m'impegno) à vous dédommager (indennizzarvi) pour tout le temps que vous emploierez à l'instruire. " La figure (aspetto) et les manières de François plaisaient au peintre; il accepta sans difficulté la proposition, et s'attacha (si affezianô) chaque jour davantage à son élève.

Dans la pièce (stanza) où ils travaillaient ensemble se trouvaient de grands livres de dessins et de gravures (incisioni) que François mourait d'envie (voglia) d'examiner; mais il était tellement discret, qu'il attendit pour les regarder que son maître lui en eût donné la permission. L'intérêt et le plaisir qu'il prit à cet examen suffirent (bastarono) pour donner au peintre une haute idée des dispositions de l'enfant.

Un jour qu'il trouva François occupé à dessiner , il vint doucement (pian piano) lui frapper (picchiarlo) sur l'épaule, et lui dit: "Je puis compter sur ta probité, n'est-ce pas? Eh bien! laisse-là tes crayons (lapis), prends ton portefeuille, et suis-moi: viens, je vais te (ti voglio) faire voir quelque chose qui t'intéressera encore plus que mes grands livres."

François le suivit, et ils arrivèrent au puits (pozzo) par lequel on descend dans les ruines d'Herculanum. "J'ai obtenu pour toi la permission de m'accompagnes ici, dit le maître, et tu sais qu'on n'accorde pas cette

faveur à tout le monde (tutti). On trouve souvent dans ces ruines des peintures de grande valeur, des ornements, des vases d'or et d'argent, des bagues (anelli) , des bracelets; il est donc nécessaire de n'y admettre que des personnes sur la probité desquelles on puisse compter. w

François fut émerveillé du nouveau spectacle qui s'offrait à ses yeux. Camille attendit qu'il eût satisfait sa curiosité pour lui faire dessiner quelques ornements qu'on trouve dans certaines niches bien conservées. Le jeune dessinateur réussit au point que Camille s'empressa (affrettô) de porter ces premiers essais (saggi) au gentilhomme anglais, qui donna au maître une bourse contenant cinq pièces d'or pour servir d'encouragement à son élève.

François courut porter cette bourse à sa mère, en y joignant toutes les épargnes qu'il avait pu faire depuis (da) deux ans. Il avait su que cette bonne mère, qui venait de monter une laiterie (aveva messa su una cascina) y désirait être assez riche pour (tanto ricca da) acheter une vache à (da) un fermier (fattore) du voisinage > w Ma mère, ma chère mère , cria l'enfant en versant (rovesciando) dans le tablier de la pauvre femme, outre les cinq pièces d'or, toute la petite monnaie (g li spiccioli) provenant de ses économies, tout cela est à vous (vostro) , et suffira [basterà) , j'espère, pour acheter la belle vache mouchetée (macchiata) du voisin. Il faut la traire (mungerla) ce soir dans votre laiterie; j'irai cueillir mes plus belles grappes de raisin (wt'a), % mon père y ajoutera un melon (popone), et tout cela composera un charmant (grazioso) petit souper, auquel j'inviterai Charles, Rosette et Arthur. "

L'heureuse mère embrassa tendrement son fils, pleura de joie, et le jour même la vache fut achetée.

Charles et Rosette acceptèrent l'invitation, et se rendirent à la petite laiterie. Arthur les rejoignit en route. La soirée était délicieuse. Une légère brise de mer rafraîchissait l'air au moment du coucher (tramonto) du soleil. Charles et Rosette s'extasiaient sur les beautés de la campagne, de la vigne, de la vache rousse tachetée (macchiata) de blanc. Arthur assurait que la crème était aussi bonne que celle du comté de Chester. Les hôtes, après avoir fait honneur aux excellents fruits du jardinier, prolongèrent en causant [discorrendo) le plaisir de la soirée, et ne songèrent que très tard à se séparer. François ne manqua pas de reconduire chez eux Charles el Rosette.

Ils arrivèrent bientôt à Naples, et traversaient la place- du marché où François vendait jadis {tempo fa) ses fruits, quand ils aperçurent un groupe [crocchio] d'hommes, de femmes, d'enfants, qui écoutaient avec attention un orateur. Celui-ci déclamait avec emphase , et joignait (univa) à son discours une pantomime des plus exagérées. C'était un de ces improvisateurs doués souvent de quelque éloquence, toujours d'une prodigieuse mémoire, et qui récitent des vers ou débitent (raccontano) des histoires (novelline) qu'ils sont censés (creduti) inventer à mesure qu'ils parlent. Quand ils voient l'auditoire profondément attentif, ils mettent leur chapeau au milieu du cercle, et attendent que chacun y ait déposé son petit tribut. Au moment où les trois enfants s'approchaient du cercle, l'improvisateur s'écriait en ramassant (raccattando) son chapeau:

"Messieurs, il y a ici une méprise (sbaglio) ; ce chapeau n'est pas le mien: d'ailleurs il est facile à reconnaître; mon nom est écrit dedans: Dominique improvisateur.»

Chacun examina son chapeau et le montra à Domi-

nique, qui ne reconnut pas le sien. "Il faut qu'un pouvoir magique Tait fait disparaître, dit Dominique étonné.

—-C'est sans doute le même pouvoir qui fait remuer cette statue," dit Charles en montrant une personne debout dans une niche pratiquée sous un portique voisin. Le visage était caché [nascosto) dans l'ombre, de sorte que Charles n'avait pu jusque-là reconnaître Pierre. Lorsque celui-ci se vit découvert, il partit d'un grand éclat de rire (scoppià dalle risa), et jetant le chapeau de Dominique qu'il tenait derrière lui (di se), il s'écria: "Vous êtes bien novices! Comment ne me voyiez-vous pas dans un lieu si apparent?

— Encore un de tes tours [scherzi) , lui dit Charles en lui reprochant cette vilaine (brutta) action que celui-ci traitait de simple plaisanterie (scherzo) ; souviens-toi du proverbe : Le plus fin renard (furba volpe) tombe dans la main du fourreur (pellicciaip).

— Bah! qu'ai-je besoin de ce vieux feutre [felpa)1 dit Pierre en rendant le chapeau à l'improvisateur et en reprenant le sien qui était réellement déchiré [lacero). Tu ne sais pas? ajouta-t-il en se tournant (voltandosi) vers François, je suis riche à présent, plus riche que toi, et de plus je suis très-bien avec mon père. On ne m'appelle (chiama) plus que Pierre-le-Fortuné. Cela t'étonne (desta meraviglia)\ Tiens , en voici (eccone) la preuve : cela ne sent pas le (non sa di) poisson. " En disant cela il tirait de sa poche une pièce d'or qu'il montrait à François. "Eh bien, j'en ai quelques douzaines comme cela. En creusant (scavando) la terre dans notre jardin, j'ai eu le bonheur (ebbi la fortuna) de trouver un vieux vase romain rempli d'or , et tant que le magot durera je vivrai en (da) grand seigneur. Que dis-tu de cela, hein?

— Que je te souhaite (auguro) de faire bon usage

de ta fortune," dit François avec froideur. Pierre le quitta (lasciô) un peu mortifié de n'avoir pas autrement excité son envie.

François rejoignit ses camarades, leur raconta ce que Pierre venait de lui (gli aveva innanzi) révéler, et leur assura qu'il aimait mieux avoir de bons amis comme eux et une bonne conscience , que d'être heureux comme Pierre.

En effet, la nouvelle du trésor trouvé s'était répandue en peu d'instants dans les environs , et les habitants de Résina en l'apprenant haussaient les (si stringevano nellé) épaules et secouaient (dimenavano) la tête , en signe de doute. Mais Pierre et son père, se souciant (curandosi) peu des soupçons, persistaient dans leurs assertions. Bientôt ils vendirent lignes et filets pour aller habiter Naples.

Les paysans de Résina ne s'étaient point trompés. Pierre n'avait jamais trouvé de trésor. Après avoir été successivement chassé du marché au poisson , du marché aux fruits et du marché au bois, il vécut longtemps en [da) vagabond dans (per) les rues de Naples, éprouvant toute la vérité de ce proverbe: La réputation est comme une glace (spera) de Venise, qui une fois brisée (spezzata) ne peut se raccommoder. Les quelques pièces d'argent qu'il avait encore au fond de sa poche le soutinrent pendant quelques jours; enfin il se trouva trop heureux d'être employé par un de ces paysans qui ramassent le fumier des rues. Ces gens suivent le soir assez tard la trace des voitures (carrozze) qui reviennent du bal ou de l'opéra , ou de grand matin celle des chareltes [barrocci) qui apportent des légumes au marché.

Un soir que Pierre était occupé à cette besogne (lavoro), deux chevaux, effrayés (spaventati) par une

fusée (razw), renversent (fanno trabalzaré) l'équipage qu'ils traînaient. Une dame en est retirée à demi morte de frayeur (spavento) par ses domestiques qui la portent dans une boutique voisine. Dans son trouble (distxirbo) elle ne s'était point aperçue qu'elle venait de [perdeva] perdre une croix de diamants d'une grande valeur. Pierre, se trouvait là au moment de l'accident (accaduto) , voit tomber (cascare) la croix tandis qu'on relevait la dame, s'empare du bijou, et pour le convertir aussitôt en argent, va frapper (bussare) doucement à la porte d'un Juif (ebreo): on vient ouvrir, et le jeune escroc recule d'effroi [ladro indietreggia dallo spavento) en reconnaissant.... son père.

"Que viens-tu faire ici à cette heure?" dit-il à l'enfant d'une (con) voix mêlée de crainte et de colère, et en le retenant par le bras. "

Pierre troublé monlra la croix de diamants, et prétendit qu'il l'avait trouvée.

"C'est bon (sta bene), dit le père en saisissant avidement la croix de diamants; retourne à la maison et ne t'inquiète de rien (abbi pensiero di nulla) : ton bijou (gioiello) est en sûreté. "

Pierre était peu disposé à laisser sa part du butin (boitino). Voyant la croix au pouvoir (nelle mani) de son père, il changea de contenance et de langage, et déclara tout.

"Si vous ne me donnez au moins la moitié du prix de la vente, ajouta-t-il effrontément (sfacciatamente) je vais de suite à la boutique annoncer où j'ai trouvé cette croix.

Le père s'aperçut alors que son matois (furbaccio) de fils l'égalait déjà en coquinerie [birboneria) ; il fit donc malgré lui assister Pierre au marché qu'il fit avec le Juif. Il est inutile de dire que celui-ci obtint le bijou

pour la moitié de sa valeur. De cette manière l'affaire resta secrète, et la dame après quelques recherches infructueuses ne pensa plus à sa croix.

On dit que bien mal acquis ne profite jamais. En effet, tant que (finchè) l'argent dura, Pierre et son père menèrent une vie de débauche (stravizio), et la mauvaise compagnie acheva (fini) chez l'enfant ce que la mauvaise éducation avait commencé : il fut bientôt tout-à-fait corrompu , et finit par se lier sans le savoir avec des gens qui vivaient en volant (rubando). Quand il s'en aperçut, il frémit d'abord à la pensée de devenir voleur de profession : mais qu'il est difficile de s'arrêter (fermarsi) dans la carrière du vice! Nous verrons bientôt si Pierre eut la force de rentrer dans la bonne voie (strada).

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