Le roi Louis XI
3. Edouard IV avait épouse Elisabeth Woodvill, veuve de sir John Grey.
RICHARD HI 41 C'est d'elle, c'est dans ce lit illégitime qu'a été engendré cet Édouard que par courtoisie nous appelons le prince. Je pourrais discuter la chose plus amèrement, si, par égard pour certaine vivante, je.n'imposais à ma langue de discrètes limites. Donc, mon bon seigneur, prenez pour votre royale personne la dignité qui vous est offerte ; sinon pour faire notre bonheur à nous et celui du pays, du moins pour arracher votre noble race à une corruption provenant d'écarts scandaleux et pour la ramener à son cours direct et légitime.
LE MAIRE. Acceptez, mon bon seigneur, vos bourgeois vous en conjurent.
BUCKINGHAM. Ne refusez pas, puissant seigneur, l'amour qu'on vous offre.
CATESBY. Oh ! rendez-les heureux ; exaucez leur légi-time requête.
GLOUCESTER. Hélas ! pourquoi voulez-vous entasser tant de soucis sur moi? Je ne suis pas fait pour le trône et la majesté? Je vous en supplie, ne le prenez pas à mal-: je ne puis pas, je ne veux pas céder.
BUCKINGHAM. Si vous refusez, si dans la générosité de votre amour, vous répugnez à déposer un enfant, le fils de votre frère (et nous connaissons bien votre tendresse de cœur, cette sensibilité si délicate, si tendre, si effé-minée que nous avons remarquée dans votre conduite envers votre famille, et aussi, à vrai dire, envers toutes les classes de la nation), eh bien! que vous accédiez ou non à notre requête, le fils de votre frère ne régnera jamais sur nous; nous assoirons quelque autre sur le trône, au mépris et pour la ruine de votre maison, et c'est dans cette résolution que nous vous quittons ici... Venez, citoyens; sangdieu! je ne veux plus supplier.
GLOUCESTER. Oh ! ne jurez pas, monseigneur de Bucking-ham. (Buckingham sort suivi des citoyens.)
CATESDY, à Gloucester. Rappelez-les, monseigneur ; accep-tez leur demande. Si vous refusez, tout le pays en pâtira.
GLOUCESTER. Vous voulez donc me jeter de force dans un monde de soucis? Allons, rappelez-les. Je ne suis pas de pierre; je me sens pénétrer par vos tendres sup-plications, bien que ce soit contre mon âme et ma conscience. (Catesby sort et ramène Buckingham et les autres.) Cou-sin Buckingham, et vous, hommes sages et graves, puisque vous voulez me boucler la fortune sur le dos pour m'en faire porter le fardeau, que je le veuille ou non, il faut bien que je me résigne à endurer cette charge. Mais si la noire calomnie ou l'opprobre hideux viennent à la suite de ce que vous m'imposez, la vio-lence que vous me faites me lavera de toutes leurs taches et de toutes leurs souillures, car Dieu sait, et vous-mêmes pouvez le voir en partie, combien je suis loin de désirer cela.
LE MAIRE. Dieu bénisse Votre Grâce nous le voyons, et nous le dirons.
GLOUCESTER. En le disant, vous ne direz que la vérité.
BucKiNGHAM. Je vous salue donc de ce titre royal : Longue vie à Richard, légitime roi d'Angleterre!
Tous. Amen!
BUCKINGHAM. Vous plaît-il d'être couronné demain?
GLOUCESTER. Quand il vous plaira , puisque vous le voulez.
BUCKINGHAM. Demain donc nous viendrons en cortège chercher Votre Grâce; et maintenant, pleins de joie, nous prenons congé de vous.
GLOUCESTER, aux évêques. Allons! retournons à nos pieux exercices. (A Buckingham.) Adieu, mon bon cousin ; (à la foule) adieu , mes chers amis. (La foule sort. Richard, entre les deux évêques, rentre dans le palais.)