‹ Lectures littéraires. Pages choisies des grands écrivainsChapitre 15 sur 52 · LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ

C'est à Athènes, la veille des noces de Thésée et de l'Amazone llippolyta, ou plutôt c'est au pays de nulle part et au temps de jamais. L'illusion moqueuse mène à son gré les personnages de la comédie fantastique. Héléna aime Démétrius, Démétrius aime Hermia, et le cœur d'Hermia est tout à Lysandre. Qu'un souffle passe, et voici l'affection de Lysandre et de Démétrius trans-férée à Héléna la dédaignée. Les amours se croisent longtemps sans se joindre. Des sylphes aux âmes aussi légères que leurs corps enchevêtrent et démêlent l'écheveau des caprices humains. Ils sont d'ailleurs sujets aux mêmes aveuglements que les hommes. Une bouderie frivole sépare le roi et la reine des fées, Obéron et Titania; et voici que Titania va s'éprendre d'un manant benêt et su t'fisant, affublé d'une tête d'âne. Elle le verra toute beauté et tout esprit jusqu'à la minute où brusquement elle s'éveillera de sa folie. Au milieu de ces fleurs de rève si fines et si fragiles pataugent lourdement des rustres sans malice qui gardent leur bon sens matériel parmi les caprices tissés de fils de la vierge.

Nous donnons l'épisode des amours de Titania et du tisserand Bobine (Bottom).

Brouille d'Obéron et de Titania.

(Un bois près d'Athènes. Il fait nuit, la lune brille. Entrent de deux cotés différents du bois une l'cc et le lutin Puck.)

PrcK. Eh bien! Esprit, où errez-vous ainsi?

LA FÉE. Par-dessus le mont, par-dessus le val, — à travers la brousse, à travers les ronces, — par-dessus

le parc, par-dessus la haie, — à travers les flots, à tra--

vers les flammes, - je vagabonde en tous lieux — plus

vite que l'orbe de la lune, — et je sers la reine des fées,

mouillant de rosée les cercles d'herbe — où nous

dansons nos danses légères. — Les hauts coucous ' sont

ses gardes du corps : — Vous voyez des points dans

leur tunique d'or ; — ce sont des rubis, dons des fées ;

en ces taches vivent leurs parfums. — Je suis venue

ici chercher quelques gouttes de rosée pour pendre

une perle à l'oreille de chaque coucou. Adieu ! lutin de

village, je pars. Notre reine et tous ses sylphes seront

ici dans un instant.

PUCK. Le roi tient ici ses fètes cette nuit; garde que

la reine ne vienne à portée de ses yeux, car Obéron est

merveilleusement en colère de ce qu'elle a pour page

un bel enfant volé à un roi indien; jamais elle n'a

dérobé au berceau enfantelet si charmant. Le jaloux

Obéron voudrait faire de lui un chevalier de sa suite,

pour courir par les forêts sauvages mais elle retient

de force le cher mignon, le couronne de fleurs et fait de

lui toute sa joie. Et maintenant ils ne se rencontrent

plus jamais dans le bois ou sur la pelouse, près d'une

claire fontaine ou sous la lumière du ciel pailleté d'étoiles,

sans en venirà de tels éclats que, de frayeur, tous leurs

sylphes courent se blottir dans les coupes des glands.

LA FÉE. OU je me trompe tout à fait sur votre air et

votre forme, ou bien vous êtes ce lutin malicieux et

fripon qu'on appelle Robin-le-bon-enfant; n'êtes-vous

pas celui qui fait de belles peurs aux filles du village; . qui écrème le lait; qui parfois travaille dans la baratte

à .empêcher de venir le beurre que bat en vain la ména--

gère essoufflée ; et qui d'autres fois empêche la bière de

fermenter; qui égare les voyageurs la nuit et se rit de

leur peine? Ceux qui vous appellent Robert-le-Gobelin

et le gentil Puck, vous faites leur ouvrage et ceux-là

ont toujours bonne chance; c'est bien vous?

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