LE CHOEUR
Que ta voix mélodieuse
Se mèle,
0 Philomèle,
A notre douce berceuse!
Dodo, la reine do!
Nul sortilège
Ne l'assiège,
Nul maléfice
Ne se glisse
Auprès de son berceau !
La reine do la reine do !
LA PREMIÈRE FÉE. Partons maintenant, tout est bien. Qu'une de nous reste à distance, en sentinelle!
(Les fées sortent. Titania s'endort. Entre Obéron qui exprime le suc d'une fleur sur les paupières de Titania.)
OUÉRON.
Celui que verra ton réveil,
Aime-le d'amour sans pareil,
Et mets en lui toutes tes joies.
Qu'il soit ours, loup, tigre affamé,
Sanglier hérissant ses soies,
Quel que soit l'être que tu voies,
Tu l'éliras pour bien-aimé.
1,11 sort.)
Les amours de Titania et de Bobine.
(Le même endroit du bois. Titania repose endormie à l'écart, dans un berceau de fleurs. Entrent des artisans d'Athènes, venus pour répéter la tragédie do Pyrame et Tltisbé qu'ils se proposent de jouer devant la cour à l'occasion du mariage royal. Ce sont Lecoing, charpentier ; Propret, menuisier; Bobine, tisserand; Flûte, raccommodeur de soufflets; Groin, étameur; et Laffamé, tailleur.)
BOBINE. Sommes-nous tous réunis?
LECOING. Exacts et au complet; et voici un endroit qui semble fait sur mesure pour notre répétition. Ce petit carré sera notre scène, ce buisson d'aubépines nos coulisses, et nous allons jouer comme nous le ferons devant le duc.
BOBINE. Pierre Lecoing?
LECOING. Qu'est-ce que tu as à dire, le beau Bobine?
BOBINE. Il y a des choses dans cette comédie de Pyrame et de Thisbé qui ne plairont jamais. D'abord Pyrame doit tirer son épée pour se tuer, et les dames ne supporteront jamais ça. Qu'en dites-vous?
GROIN. Bonne sainte Vierge! C'est diablement à craindre.
LAFFAMÉ. Je crois que nous devrions supprimer la tuerie, tout compte fait.
BOBINE. Pas du tout; j'ai un moyen de tout arranger. Écrivez-moi un prologue, et que le prologue dise comme ça que nous ne nous ferons pas de mal avec nos épées et que Pyrame ne se tue pas pour de bon; et pour les rassurer encore mieux:, dites que moi, Pyrame, je ne suis pas Pyrame mais Bobine le tisserand ; de cette façon-là les dames n'auront pas de peur à avoir.
GROIN. Mais, est-ce qu'elles n'auront pas peur du lion?
LAFFAMÉ. J'en ai peur, croyez-moi.
BOBINE. Messieurs, prenez bien la peine de réfléchir; amener (Dieu nous protège !) un lion parmi des dames, c'est une chose terrible, car il n'y a pas -de volatile sau--
TITANIA AMOUREUSE D'UN ANE SI vage plus à redouter qu'un lion rivant, et nous ferions bien d'y prendre garde.
GROIN. Alors il' faut qu'un autre prologue dise que ce n'est pas un lion.
BOBINE. Mieux que ça : il faudra que vous disiez son nom et qu'on aperçoive la moitié de la figure de l'homme par le cou du lion ; et puis lui-même, il faudra qu'il parle par l'ouverture, et qu'il dise ceci ou quelque chose d'aussi portatif 1 : « Mesdames », ou « Mes belles dames, je vous demande, ou je vous prie, ou je vous conjure de ne pas avoir peur, de ne pas trembler ; ma vie répond de la vôtre. Si vous croyez que je viens ici en vrai lion, ce serait pitié de ma vie; non, je ne suis rien de pareil, je suis un homme comme les autres » ; et là-dessus qu'il donne son nom et dise tout net qu'il est Propret, menuisier.
LECOING. C'est bien, on fera comme ça. Mais il y a deux choses difficiles : d'abord, c'est d'amener le clair de lune dans une chambre, car, vous savez, Pyrame et Thisbé se rencontrent au clair de lune.
GROIN. Y aura-t-il clair de lune la nuit où nous jouerons notre pièce?
BOBINE. Un calendrier! un calendrier ! Regardons dans l'almanach ! Cherchons le clair de lune ! cherchons le clair de lune !
LECOING. Oui, il y en a un cette nuit-là.
BOBINE. Eh bien, alors, vous pourrez laisser ouvert un des châssis de la grande fenêtre de la salle où nous jouerons et le clair de lune entrera par le châssis.
LECOING. Oui-da! ou bien encore quelqu'un pourrait entrer avec un fagot d'épines et une lanterne et dire qu'il vient pour défigurer ou représenter le personnage du clair de lune. Mais il y a encore autre chose : il nous faut un mur dans la grande salle, car Pyrame et Thisbé, au dire 'de l'histoire, se parlaient par la fente d'un mur.