‹ Lectures littéraires. Pages choisies des grands écrivainsChapitre 33 sur 52 · Ce frère bâtard de Don Pedro est le traître du drame · texte numérisé non relu

Ce frère bâtard de Don Pedro est le traître du drame

LEONATO. Et toi, ma nièce, tu ne trouveras jamais de mari, si tu es si mauvaise langue.

BÉATRICE. Ne pas trouver de mari ! Mais pour obtenir la grâce d'en être préservée, je prie Dieu à genoux tous les matins et tous les soirs. Seigneur! je ne pourrais supporter un mari avec de la barbe sur le visage. J'ai-merais mieux coucher dans la laine.

LEONATO. Vous pouvez tomber sur un mari sans barbe.

BÉATRICE. Et qu'est-ce que j'en ferais? Lui passerais-je mes robes pour faire de lui ma femme de chambre? Celui qui a de la barbe est plus qu'un jeune homme, et celui qui n'a pas de barbe est moins qu'un homme; or celui qui est plus qu'un jeune homme n'est pas pour moi, et celui qui est moins qu'un homme je ne suis pas pour lui. C'est pourquoi je me ferai tout simplement donner six deniers d'avance par le montreur de bêtes « pour mener ses singes en enfer 1 ».

LÊONATO. Mais vous irez donc en enfer?

BÉATRICE. Non, seulement jusqu'à la porte; et là, le diable viendra au-devant de moi, avec ses cornes sur la tète, et il me dira : « Allez au ciel, Béatrice, allez au ciel; il n'y a pas de place ici pour vous autres vieilles filles. » Sur ce, je livre mes singes et m'en vais deman-der à saint Pierre l'entrée des cieux. Il me montre où s'assoient les célibataires, et là nous vivons aussi joyeux que le jour est long.

ANTONIO, à Héro. Eh bien ! ma nièce, j'espère que vous du moins vous laisserez conduire par votre père.

BÉATRICE. Oui, ma foi ! c'est le devoir de ma cousine de faire la révérence en disant : « Mon père, comme il vous plaira. » Mais pourtant, malgré tout cela, cousine, que ce soit un beau garçon; sinon, faites une autre révérence et dites : « Mon père, comme il me plaira. »

LEONATO. Allons, ma nièce, j'espère vous voir un jour accommodée d'un mari.

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