UNE PASTORALE
(LE CONTE D'HIVER) Le roi de Sicile, Léontès, faussement convaincu que sa femme l'a trahi avec le roi de Bohême, Polixène, a enjoint à un des seigneurs de sa cour d'exposer sur une partie déserte du rivage (imaginaire) de Bohême, l'enfant qu'il croit née de l'adultère. Le seigneur a exécuté l'ordre du roi, mais a laissé près de l'en-fant de l'or et des objets destinés à la faire reconnaître un jour. La petite fille a été recueillie par un berger qui l'élève comme sienne sous le nom de Perdita. Sa beauté et sa grâce lui ont gagné l'amour de Florizel, fils du roi de Bohême, qui, à l'insu de son père, se promet de l'épouser.
L'acte IV qui est ici donné presque en entier est une sorte de pastorale. C'est à la fois fête de la tonte chez le berger et jour des fiançailles de Florizel et de Perdita. La fête est inter-rompue par l'apparition du roi Polixène qui, venu avec un de ses conseillers, surprend les amours de son fils. La fuite en Sicile du jeune prince avec la jeune fille amènera par la suite une reconnaissance et une réconciliation générales. Le truand Autolycus, tour à tour voleur et marchand ambulant, traverse ces scènes de sentiment en les animant de sa joyeuse coqui-nerie.
Autolycus filoute un paysan.
(Une route près de la maison du berger. Arrive Autolycus en guenilles.)
AUTOLYCUS (il chante).
Quand percent les premiers narcisses
— 0 gué! suis-moi, gueuse, aux prés verts! —
Lors vient la saison de délices
Dégeler le sang des hivers.
Le drap qui blanchit sur la haie
— 0 gué! chantez, oiseaux joyeux! —
Je vous l'empoche et le monnaie,
Car l'ale est le. nectar des dieux.
L'alouette au doux tire-lire
— 0 gué! le pinson et le geai —
M'éveille aux accords de sa lyre
Quand je dors dans le foin plongé.
J'ai servi le prince Florizel, et dans mon temps j'ai porté du velours à trois poils, mais maintenant je suis sans place :
Faut-il pleurer pour ça, ma belle?
La lune au soir luit-elle pas?
Plus je vagabonde avec elle,
Moins je perds ma peine et mes pas.
Si l'étameur trouve son compte
A courir le long des chemins,
J'y puis trouver le mien sans honte
Et m'en vanter, menotte aux mains.
Je fais commerce de draps de lit. « Quand le milan fait son nid, veillez sur le menu linge. » Mon père me nomma Autolycus, lequel Autolycus ayant été comme moi mis bas sous Mercure, fut semblablement un chipeur de bagatelles sans importance. C'est grâce aux dés et aux filles que je me suis acheté ce harnachement (il désigne ses haillons), et j'ai pour revenu la petite filouterie innocente. Le gibet et les coups sont trop forts pour moi et m'interdisent le grand vol; les horions et la pendaison sont ma terreur; quant à la vie à venir, j'en endors en moi la pensée .. Une capture! une capture! (Arrive un jeune gars, fils du berger, qui sans voir Autolycus s'avance sur la route. Autolycus se jette de côté et se tient en observation.)
LE GARS, ruminant. Voyons! onze moutons donnent un tod 1 ; chaque tod rapporte une livre sterling et un petit 4. Vieille mesure spéciale : un lod était un poids de 28 livres de laine.appoint; quinze cents moutons tondus, à quelle somme monte la laine?
AUTOLYCUS, à part. Si le lacet tient, la bécasse est à moi.
LE GARS. Je ne puis pas m'en tirer sans jetons... (Il tire un papier de sa poche.) Voyons! qu'est-ce que j'ai à acheter pour notre fête 'de la tonte? Trois livres de sucre, cinq livres de raisins de Corinthe, du riz... Qu'est-ce que ma sœur peut bien vouloir faire de ce riz?... Mais mon père l'a faite maîtresse de la fête et elle y va de bon courage. Elle vous a fait vingt et quatre bouquets pour les ton-deurs!... Il me faut du safran, pour donner de la couleur aux pâtés de poires de doyenné; du macis; des dattes... non! ça n'est pas sur ma note... des noix muscades, sept; une racine ou deux de gingembre (mais ça je puis demander qu'on me le donne); quatre livres de pruneaux et autant de raisins séchés au soleil...
AUTOLYCUS, faisant mine d'être blessé et se traînant sur la route. Ah ! pourquoi suis-je né?
LE GARS, l'apercevant. Merci de moi !
ACTOLYCUS. Oh! secourez-moi! secourez-moi! ôtez-moi seulement ces haillons, et puis la mort! la mort!
LE GARS. Hélas ! pauvre diable ! tu as plus besoin d'autres haillons à te mettre que de quitter ceux-ci.
AUTOLYCUS. Oh! monsieur, leur sordide état me fait plus souffrir que les coups que j'ai reçus, et ces coups sont terribles, et ils se comptent par millions.
LE GARS. Hélas, mon pauvre homme! un million de coups, ça doit ètre une grosse affaire!
AUTOLYCUS. Je suis volé, monsieur, et battu; on m'a pris mon argent et mes vètements, et à la place on m'a mis ces horribles choses!
LE GARS. Qui ça? un homme achevai ou un homme à pied?
AUTOLYCUS. A pied, mon doux monsieur, à pied.
LE GARS. C'est sûr que ça doit être un homme à pied, rien qu'à voir les habits qu'il t'a laissés ; si c'est là un manteau de cavalier, il en a vu de dures à la guerre. Tends-moi la main, je vais t'aider ; allons, tends-moi la main. (Il l'aide à se relever.)
AUTOLYCUS. Oh! mon bon monsieur, doucement, oh!
LE GARS. Hélas! pauvre diable!
AUTOLYCUS. Oh! mon bon monsieur, doucement, mon bon monsieur! j'ai peur, monsieur, d'avoir l'épaule démise.
LE GARS. Qu'est-ce qu'il y a donc? Tu ne peux pas te mettre debout?
AUTOLYCUS. Doucement, mon bon monsieur; mon bon monsieur, doucement ! (En se relevant, il fouille dans la poche du paysan.) Vous m'avez rendu là un charitable service.
LE GARS. As-tu besoin d'argent? (Mettant la main à la poche.) Je pourrais t'en donner un peu.
AUTOLYCUS, lui arrêtant vivement la main. Non, mon bon, mon doux monsieur; non, je vous en supplie, monsieur, j'ai un parent à pas plus de trois quarts de mille d'ici, chez qui j'allais ; j'aurai là de l'argent et tout ce dont j'aurai besoin; ne m'offrez pas d'argent, je vous en prie, ça me perce le cœur!
LE GARS. Quelle espèce d'individu c'est-il, celui qui t'a volé?
AUTOLYCUS. C'est un individu, monsieur, que j'ai connu allant de çà de là avec un jeu de trou-madame; je l'ai connu autrefois domestique du prince; je ne pourrais vous dire, mon bon monsieur, pour laquelle de ses vertus c'était, mais il a été certainement chassé de la cour à coups de fouet.
LE GARS. Vous voulez dire pour lequel de ses vices; (avec un gros rire) ce n'est pas la vertu qu'on chasse à coups de fouet de la cour; on la dorlote pour la retenir, et pourtant c'est le diable de l'y faire rester.
AUTOLYCUS. C'est vices que je voulais dire, monsieur. Je connais bien l'homme : il a été depuis montreur de singes, puis recors, huissier; puis il a réussi à monter des marionnettes pour jouer l'Enfant prodigue, et il a épousé la femme d'un chaudronnier à moins d'un mille de mes terres et de mon domaine; enfin, après avoir parcouru à grande vitesse force vilains métiers, il s'est établi définitivement dans celui de truand; quel-ques-uns l'appellent Autolycus.
LE GARS. Haro sur lui! C'est un filou, sur ma vie, un filou; il hante les fêtes de village, les foires et les com-bats d'ours.
AUTOLYCUS. Très vrai, monsieur; c'est lui, monsieur, c'est lui, c'est ce truand-là qui m'a mis dans cet accou-trement.
LE GARS. Il n'y a pas dans toute la Bohême de truand plus poltron; si vous lui aviez seulement fait les gros yeux et craché dessus, ce qu'il aurait décampé!
AUTOLYCUS. Je dois vous confesser, monsieur, que je ne suis pas batailleur; je manque de cœur de ce côté-là; et il le savait bien, je vous le garantis.
LE GARS. Comment allez-vous maintenant?
AUTOLYCUS. Mon doux monsieur, beaucoup mieux que tout à l'heure; je puis me tenir debout et marcher; je vais même prendre congé de vous et gagner tout dou-cement la maison de mon parent.
LE GARS. Veux-tu que je te mette sur la route?
AUTOLYCUS. Non, mon gentil monsieur; non, mon doux monsieur.
LE GARS. Alors porte-toi bien ; il faut que j'aille acheter des épices pour notre fête de la tonte.
AUTOLYCUS. Heureuse chance, mon doux monsieur!... (Le paysan s'en va.) Votre bourse n'a plus assez d'espèces pour vous acheter vos épices. Je serai avec vous à votre fête de la tonte; si je ne fais pas produire une autre filouterie à celle-ci et si je ne tonds pas les tondeurs comme de simples moutons, que mon nom soit effacé du rôle des truands et inscrit au livre de la vertu! (Il s'éloigne en chantant :)
Trotte, trotte au long du sentier,
Enjambe gaîment la barriè-è-ère.
Cœur gai trotte le jour entier,
Cœur triste se traîne en arriè-è-ère.
La fête de la tonte.
Devant la maison du berger. Arrivent Florizel, fils du roi de BohÔme, vêtu en pâtre, et Perdita, en reine de la fête rustique.
FLORIZEL. Ces vêtements inaccoutumés donnent une vie à chacune de vos grâces; ce n'est plus une bergère, mais Flore apparaissant en tête d'Avril. Votre fête de la tonte est comme une assemblée des petits dieux, et vous en ètes la reine.
PERDITA. Messire, mon gracieux seigneur, il ne me sied pas de vous gronder de vos extravagances : oh! pardonnez-moi si je les rappelle! Votre haute personne, gracieux point de mire de tout ce pays, vous l'avez obs-curcie sous les habits d'un pâtre, et moi, pauvre et humble fille, vous m'avez parée tout comme une déesse. N'était qu'à nos fêtes la folie assaisonne tous les plats et que les convives la digèrent en raison de la coutume, je rougirais de vous voir ainsi accoutré et je croirais que vous avez juré de me tendre un miroir pour me montrer ma propre condition.
FLORIZEL. Je bénis l'heure où mon bon faucon prit son vol à travers les champs de ton père.
PERDITA. Puisse Jupiter vous donner lieu de la bénir! Pour moi la distance qui nous sépare m'emplit d'effroi ; votre grandeur n'est pas habituée à la crainte, elle. En ce moment même je tremble à la pensée que votre père pourrait d'aventure passer par ici comme cela vous est arrivé... oh ! les destinées ! Quel air prendrait-il en voyant son noble ouvrage si méchamment relié'? que dirait-il? et comment moi, avec mes falbalas d'emprunt, soutien-drais-je la sévérité de ses regards?
FLORIZEL. N'aie que des pressentiments de joie. Les dieux eux-mêmes, humiliant leur divinité devant l'amour,
1. C'est-à-dire son fils vèlu en pâtre. ont revêtu des formes de bêtes : Jupiter se fit taureau et mugit; le glauque Neptune bélier et bêla; et le dieu à la robe de flamme, aux cheveux d'or, Apollon, se changea en humble et pauvre pâtre, tel que je parais maintenant. Jamais leurs métamorphoses ne s'accom-plirent pour un plus rare chef-d'œuvre de beauté, ni pour un objet aussi chaste, puisque mes désirs ne cou-rent pas plus vite que mon honneur et que ma passion ne brûle pas avec plus de chaleur que ma foi.
PERDITA. Oui, mais, seigneur, votre résolution ne pourra pas tenir quand elle verra se dresser contre elle, comme cela doit être, le pouvoir du roi; alors il faudra obéir à l'une ou à l'autre de ces deux nécessités qui élèveront la voix : ou vous devrez abandonner votre dessein, ou moi ma vie.
FLORIZEL. Très chère Perdita, n'assombris pas, je t'en prie, de ces appréhensions excessives l'allégresse de la fête. Ou je serai à toi, ma belle, ou je ne serai plus à mon père. Car je ne puis être à moi-même, ni être rien pour personne, si je ne suis pas à toi. J'y suis fer-mement résolu, quand même la destinée dirait non. Soyez joyeuse, ma douce amie; étranglez des pensées comme celles-là avec la première chose que vous allez voir. Vos hôtes s'avancent : relevez votre visage, comme si c'était le jour de la célébration de ces noces qui, nous l'avons juré tous deux, viendront un jour.
PERDITA. 0 dame Fortune, soyez-nous propice!
FLORIZEL. Voyez, vos hôtes s'approchent : apprètez-vous à les entretenir avec enjouement, et soyons rouges d'allégresse.
(Entrent le vieux berger, le gars son fils, Mopsa et Dorcas deux ber-gères amoureuses du dernier; Polixènc, roi de Bohême, et Camillo son conseiller, tous les deux déguisés ; plusieurs bergers et bergères.)
LE BERGER, à Perdita. Fi! ma fille, quand ma vieille femme vivait, elle était en ce jour à la fois au garde-manger, à la cave et à la cuisine, à la fois maîtresse et servante; fêtait tout le monde, servait tout le monde; chantait sa chanson et faisait son tour de danse; tantôt ici, au plus haut bout de la table, tantôt au" milieu, penchée sur l'épaule de celui-ci, puis de celui-là; - le visage en feu à force de se remuer; et si elle prenait quelque chose pour éteindre cette chaleur, elle buvait par petites gorgées à chacun de ses hôtes. Vous, vous restez à l'écart comme si vous étiez une des invitées et non l'hôtesse de l'assemblée. Je vous en prie, souhaitez la bienvenue à ces amis inconnus (il désigne Polixène et Camillo), car c'est le moyen de nous faire faire plus ample amitié et plus prompte connaissance. Allons, éteignez-moi ces rougeurs et présentez-vous pour ce que vous êtes, la maîtresse de la fête. Avancez et souhaitez-nous la bienvenue à vos réjouissances de la tonte, si vous voulez que votre bon troupeau prospère.
PERDITA, à Polixène. Monsieur, soyez le bienvenu ; c'est la volonté de mon père que je prenne sur moi l'office d'hôtesse en ce jour. (A Camillo.) Vous êtes le bienvenu, monsieur... Donne-moi les fleurs qui sont là, Dorcas... Respectables messieurs, pour vous voici du romarin et de la rue ; ces fleurs gardent tout le long de l'hiver leur aspect et leur parfum ; la grâce d'en haut et le souvenir dont elles sont l'emblème soient avec vous deux, et la bienvenue à notre fête !
POLIXÈNE. Bergère, belle entre toutes, vous assortissez bien à nos âges ces fleurs d'hiver.
PERDITA. Monsieur, l'année se faisant vieille (ce n'est pas encore la mort de l'été, ni la naissance du trem-blant hiver), les plus belles fleurs de la saison sont les œillets et ces giroflées panachées que quelques-uns appellent les bâtardes de la nature; de cette espèce notre rustique jardin est dénué et je ne me soucie pas d'en avoir de boutures.
POLIXÈNE. Pourquoi donc, aimable jeune fille, les dédaignez-vous ?
PERDITA. Parce que je me suis laissé dire qu'il est un art qui pour les bigarrer s'immisce dans l'œuvre de la grande nature créatrice.
POLIXÈNE. Et quand cela serait? La nature n'est cepen-dant rendue meilleure par aucun moyen sans que la nature crée ce moyen; ainsi, au-dessus de cet art qui, dites-vous, ajoute à la nature, il est un art que la nature crée. Vous nous voyez, douce jeune fille, marier un rejeton noble à la souche la plus sauvage et féconder une écorce d'humble espèce par un bourgeon de plus haute race : c'est là un art qui corrige la nature, qui la change plutôt, mais cet art lui-même est la nature 1.
PERDITA. C'est vrai.
POLIXÈNE. Donc enrichissez votre jardin de giroflées et ne les traitez pas de bâtardes.
PERDITA. Je ne mettrai pas le plantoir en terre pour en faire venir une seule bouture; pas plus que, si j étais fardée, je ne voudrais que ce jeune homme dît : c'est bien ! et pour cette seule raison me choisît pour être la mère de ses enfants... Voici des fleurs pour vous, la capi-teuse lavande, la menthe, la sarriette, la marjolaine, le souci qui se couche avec le soleil et se lève en pleurant avec lui; ce sont les fleurs du milieu de l'été et je crois qu'on les donne aux hommes qui sont au milieu de leur vie. Vous êtes les très bienvenus.
CAMILLO. Je cesserais de paître, si je faisais partie de votre troupeau, pour me repaître de votre seule contem-plation.
PERDITA. Hélas donc! vous vous feriez si maigre que les bises de janvier vous traverseraient le corps de part en part. (Se Lournant successivement vers les jeunes filles présentes.) Maintenant, ma toute belle amie, je voudrais avoir des fleurs du printemps qui convinssent à votre heure du jour... et à la vôtre... et à la vôtre, à vous qui portez encore sur vos jeunes branches la fleur de votre vir-ginité. 0 Proserpine, que n'ai-je ici les fleurs que dans ton effroi tu laissas tomber du char de Pluton! les nar-cisses des prés qui viennent avant que l'hirondelle l'ose et captivent les vents de mars par leur beauté; les
1. Polixène éprouve Perdita par de discrètes allusions à l'union disproportionée de la bergère et du prince. 362 l'AGES CHOISIES DE SHAKESPEARE VIOletteS ODscures, mats plus aouces que les paupières de Junon ou l'haleine de Cythérée; les pâles prime-vères qui meurent non mariées, avant de pouvoir con-templer le brillant Phébus dans sa force, maladie très commune aux jeunes filles; les fiers coucous et la cou-ronne impériale; les iris de toute espèce, la fleur de lis en étant une! Oh! celles-là me manquent pour vous en faire des guirlandes, et (se tournant vers Fiorizci), mon doux ami, pour l'ensevelir dessous tout entier.
FLORIZEL, souriant. Quoi comme un corps dans le cer-cueil?
PERDITA. Non; comme un lit de fleurs où l'Amour viendrait s'étendre et s'ébattre... Allons, prenez vos fleurs; il me semble que je joue comme je les ai vus faire aux pastorales de la Pentecôte : assurément cette robe-ci change mon caractère.
FLORIZEL. Ce que vous faites est toujours mieux encore que ce que vous avez fait. Quand vous parlez, ma char-mante, je voudrais que vous le fissiez toujours; quand vous chantez, je voudrais vous voir acheter et vendre en chantant, en chantant faire l'aumône, prier de même, et si vous donnez des ordres aux serviteurs, que ce fût en chantant encore. Quand vous dansez, je vous vou-drais vague de la mer pour que vous ne fissiez jamais que cela, que vous mouvoir toujours, toujours ainsi, sans autre fonction au monde. Chacune de vos manières de faire, si exquise dans son moindre détail, confère la couronne à l'action même que vous êtes en train d'ac-complir, si bien que toutes vos actions sont reines tour à tour.
PERDITA. 0 Doriclès 1 ! vos louanges sont trop pro-digues; si votre jeunesse et le sang ingénu qui trans-paraît candidement au travers ne vous proclamaient pas un berger sans reproche, la sagesse me conseille-rait de craindre, mon Doriclès, que vous ne me fissiez une cour déloyale.