‹ Lectures littérairesChapitre 10 sur 108 · NOTICE SUR CHATEAUBRIAND XVII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR CHATEAUBRIAND XVII

frère et M^^le^ontboissier. qui reculèrent devant « son spectre » I Enfin, parvenu à Ostende, et de là à Jersey, il demeura quatre mois entre la vie et la mort. Louis XVI mourait sur ces entrefaites; le débarquement en Bretagne était une folie. Sur les instances de sa famille, Chateaubriand passa en Angleterre. Il y aborda le 17 mai 1793.

Tandis qu'en France « le cadavre de la vieille monarchie était livré tout chaud encore aux boyaudiers législateurs » , en Angleterre ils étaient toute une colonie d'émigrés de marque, qui mouraient littéralement de faim. Une partie de la littérature et de la critique était là, déportée, aiîamée. Chateaubriand dut essayer de vivre de sa plume, comnie ses voisins^ Montlosier, Pelletier, Hingant, et tant d'autres. Les lettres étaient « un grand hôpital où il avait sa paillasse » à côté deux. Il partageait à Holborn un grenier avec Hingant. ILfaisait des traductions le jour et travaillait la nuit à un grand ouvrage, qui devait s'intituler E^aai liistorique sur les révolatiûns. Tous deux connurent une détresse aftreuse. Ils allaient un jour succomber aux privations quand arrivèrent quarante écus, l'oblation suprême de la famille. Un ami découvrit enfin un imprimeur pour V£ssai^ Baylie. et un éditeur, Debolïe. Chateaubriand respira.

Pendant ce temps Malesherbes, sa fille M"'"' de Rosambo, sa petite-fille et son petit-gendre M™'' et M. de Chateaubriand, montaient le même jour sur l'échafaud, peu avant le 9 thermidor. La mère de Chateaubriand, incarcérée aussi, dut au 9 thermidor la vie; mais on \' oublia à la Conciergerie, où elle continuait à attendre la mort. On la découvrit enfin, et on lui rendit la liberté, d'office, par l'expulsion.

Chateaubriand continuait cependant à vivre en Angleterre; sa santé s'y rétablissait, son travail avançait. Tj faisait iiiejne quelque fiouT-g H[aiTg rémi-

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gration. On (^spérail de lui du grand. Son ardeur, sa racutte d'assiniilalion élaieni exceptionnelles : h J'ai souvent écril douze ou quinze heures de suite sans quitter la table où j'étais- assis, raturant et recomposant dix fois la même page. » Soutenu par l'espoir d'aboutir, il Tétait encore par la persévérante amitié de Fontanes. Enfui i)ar\\[J.'J^jisaLiil^J^ (]^^ qui, sans être pourtant antichrétien, portait de nombreuses marques de philosophisme et de^cepticisme, alarma la mère de Chateaubriand. Restée fort pieuse, ne voyant dans la littérature qu'un obstacle à Ja religion, elle versa des larmes amères et mourut en souhaitant la conversion du pécheur. Sa fille transmit à son frère ce vœu suprême : et, quand sa lettre arriva, elle-même n'était plus. Frappé de coups si cruels, GJiaieaubriand vit dans ce double deuil une sommation céleste. Il médita dès lors son « expiation », et c'est de ce sentiment qu'est sortie la première pensée du Génie du Chrutiamsme.

Toul coiispii'Mif ainsi à sa gioir(\ même le malheur. Les études relatives au Géiiic le conduisirent à un examen approfondi de la littérature anglaise, et du coup l'horizon de sa pensée se doubla. Fontanes, i\\\\ prévoyait la fin de la crise européenne, lui désignait du doigt son vrai théâtre, Paris, (juand il lui écrivait d'Allemagne en4JS8^ « Ne doutez pas que, lorsque je pourrai me promener librement dans ma patrie, je ne vous y prépare ma ruche et des fleurs à côté des miennes. » Deu^'aks^âtpjèSj BoLmpAile.jit9it premier consul ; Fontanes, en 4iLace à.ses côt.é,s , appelait Chateaubriand en France pour imprimer le Génie. L'émigré dut déguiser, au début, ce nom suspect, à la veille d'être glorieux. C'est sous le nom <lu Suisse Lassagne, au moyen d'un passe-port fourni par le ministre de Prusse, qu'il s'embarqua. « J'abordai la France avec le siècle. »

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