WVI NOTICE SUR CHATEAUBRIAND
d'avoir tiré d'iine rupture avec le maître plus de gloire encore fju'il n'en aurait obtenu de son amitié.
L'accord, c'est-à-dire le malentendu, ne dura pas longtemps. Nommé premier secrétaire d'ambassade à Rome, Chateaubriand allait débuter sous le cardinal Fesclî, oncle de Bonaparte. Il eut tout de suite des difficultés. Faut-il s'en étonner, et n'a-t-il pas écrit cette phrase cjui explique tant de choses : « Je ne vaux rien du tout en seconde ligne » ? Heureusement il avait pour se distraire la vue de cette Italie si éloquemment parlante à un cœur d'humaniste. Il s'éprit des monuments antiques, du Cotisée, des temples écroulés. Il découvrit la poésie des ruines. Sa Lettre à Fontanes sur Rome et la campagne romaine (janvier 1804j est encore aujourd'hui le chef-d'œuvre d'un genre qu'il a créé.
Sur ces entrefaites il rentrait à Paris pour rejoindre de là son nouveau poste. Bonaparte, en effet, voulant tirer de pair ce subordonné difficile, venait de créer pour lui une place de ministre dans le Valais. Chateaubriand allait partir, et rêvait déjà de sa vie nouvelle dans le cadre sublime des Alpes, quand on apprit l'exécution du duc d'Enghien (20 mars 1804). Il donna aussitôt une démission éclatante, qui « accrut sa renommée », et dès lors il compta parmi les plus redoutables ennemis du « tyran ».
Rendu à la vie privée, il trouva bientôt que son intelligence était « fatiguée de repos ». Il conçut alors ridée d'une « preuve du Génie du Christianisme », sous la forme d'un poème en prose c|ui mettrait aux prises le christianisme et le paganisme. C'était le dessein des Martyrs. Pour le mieux exécuter, Chateaubriand voulut visiter les lieux qu'il avait choisis pour théâtre de son action, c'est-à-dire l'Orient, la Grèce et la Palestine, h" Itinéraire de Paris à Jérusalem, publié après les Martyrs (en 1811),