NOTICE SUR CHATEAUBRIAND .\XL
session de son art. Une antithèse fait encore le fond de l'œuvre : c'est le moade païen opposé au monde 2S. chrétien, une âme païenne à une âme chrétienne, ""une religion à une autre religion, et un merveilleux à un autre merveilleux. Mais ici l'antithèse est vraie, profonde, humaine. Ces deux mondes moraux aux prises, nous les portons en nous : et lintérèt supérieur~cle la lutte nous fait passer facilement sur quelques anachronismes. Il est pourtant fâcheux que la partie la plus froide du poème ne soit pas la partie païenne; qu'Eudore soit si compassé, si concerté; qu'enfin ce joli « merveilleux » païen, à la veille de disparaître, soit peint de couleurs si fraîches et si avenantes^andis que le « merveilleux » chrétien nous gène et nous glace. Ici encore, Chateaubriand attache trop de prix aux « machines ». Il oublie trop, comme on l'a dit si éloquemment ^, que « le merveilleux chrétien, c'est une âme chrétienne ». En revanche, quelle harmonie soutenue, quelle beauté générale des formes, soit dans les vastes ensembles, soit dans les détails 1 Point de petites remarques, pas de placages visibles : les coutures ont disparu, le ton se soutient partout avec une sublime familiarité, et quels épisodes 1 C'est là que brille l'incomparable talent de « composition » de Chateaubriand . La rencontre de Cymodocée et d'Eudore, les deux lyres, Velléda, le supplice des chrétiens, autant d'inoubliables pages, aussi peintes que senties. La bataille de Mérovée, non moins célèbre, passe pour avoir révélé à un Augustin Thierry sa vocation. C'est, paraît-il, une légende, et Thierry avait déjà trouvé sa voie. Tant pis; la légende a ici toute la valeur de l'histoire. "^
^Les Aventures du dernier Ahencérage , parues vingt