‹ Lectures littérairesChapitre 23 sur 108 · NOTICE SCR CHATEAUBRIAM) XXXIII · texte numérisé non relu

NOTICE SCR CHATEAUBRIAM) XXXIII

lilé et de la force dans la conduite, voilà sans doute la cause secrète de ce conflit. Lui-même semble nous désigner son faible, dans cette ligne d'une désinvolture inquiétante : « En fait de devoir, j*ai l'esprit primesautier. »

Et pourtant, à ne le voir qu'à travers ses actes, on serait injuste envers lui. Jugeons-le à travers son âme, qu'il avait très grande, et qu'il avait portée avec toute cette grandeur dans une politique surannée. Il aimait le pouvoir, certes; et, quand il nous dit que ce penchant est le signe dune àme bien née, nous sommes tout prêt à le croire sur son seul exemple. Jamais il n'en attendit rien pour luimême; jamais il n'en usa pour ou contre les personnes. En politique comme en tout, il visait haut, le plus haut possible, en homme haljilué de bonne heure à planer. Son premier but fut, après le désastre de Waterloo, de réconcilier toute la France avec la famille de saint Louis grâce à la Charte. Son second, quand il vit que cette Charte elle-même était insuffisante, et que les hommes du pouvoir n'avaient (' rien appris ni rien oublié », fut d'infuser à la monarchie caduque assez de sang libre pour la rajeunir, et de rapprocher de plus en plus, par des concessions croissantes, deux Frances qui menaçaient de s'entre-déchirer. Sans doute l'unité de programme souffre de ces diverses tentatives; mais non l'unité d'inspiration, l'unité de générosité. Sainte-Beuve reproche à Chateaubriand, non sans dureté, de n'/ivoir eu dans sa vie qu'une unité factice, (( l'unité de l'artiste », mise en quelque sorte après coup. Est-ce donc chose méprisable que cette grande unité morale et poétique qui rayonne au-dessus d'une existence aussi prodigieusement travaillée, et qui s'étend de la veille de 89 au lendemain de février? L'honneur, voilà le pivot de

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