‹ Lectures littérairesChapitre 24 sur 108 · XXXIV NOTICE SUR CIIATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

XXXIV NOTICE SUR CIIATEAUBRIAND

cette vie; la dig^nite, le désintéressement en stimulèrent toujours les énergies : quant à sa pensée, nulle ne fut plus libre, plus clairvoyante, et parfois plus prophétique. Chateaubriand avait le respect du passé; le culte du passé est peut-être, parmi nous, ce qu'il a fondé de plus durable ; mais il n'en eut jamais la superstition : il n'est pas Fliomme du passé. De Tavenir, il avait quelque raison de se méfier : et pourtant il sentait que le présent de 1825, et même celui de 1830, n'étaient pas durables, et il a dit admirablement pourquoi. Il a pu se tromper sur des faits, comme sur la fameuse guerre d'Espagne. Mais le sentiment était grand, et son illusion le justifie. Quand on le considère parmi les hommes de la Restauration, on est frappé de sa stature. Napoléon, de son rocher lointain, le voyait tel qu'il était, le plus grand après lui : « Si jamais il arrive au timon des affaires, il est possible que Chateaubriand s'égare : tant d'autres y ont trouvé leur perte! mais ce qui est certain, c'est que tout ce qui est grand et îiational doit convenir à son génie. »

« Grand et national », il le sera toujours parmi nous, celui qui a su combattre et être vaincu pour r honneur. Rien ne prévaudra, malgré tant de restrictions nécessaires, contre l'honune qui a pu écrire ces lignes, et les justifier : « En supposant que je dusse rester seul, que j'eusse mal compris ce qui convient à la France, je n'en étais pas moins dans la voie de l'honneur. Or il n'est pas inutile aux hommes ([u'un homme s'immole à sa conscience ; il est bon que (pielqu'un consente à se perdre pour demeurer ferme à des principes dont il a la conviction, et qui tiennent à ce qu'il y a de noble dans notre nature : ces dupes sont les contradicteurs nécessaires du fait l)rutal, les victimes chargées de prononcer le vélo de l'opprimé contre le triomphe de la force

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