WXVI NOTICE SUR CHATEAUBRIAND
(.riiui radieuse, débarrassée de ce qui avait pu momentanément la ternir. Sans doute il y a des choses qui ont vieilli chez lui, toul ce qui était mode, apprêt, addition factice à la nalure ou au génie. Mais si, pour symboliser Tâme moderne, on cherche dans le xix^ siècle un échantillon supérieur de cette humanité nouvelle qui est la nôtre, un de ces liepresentatioe Men dont parle Emerson, quel nom viendra è nos lèvres avant celui de « THomme de Désir », du père de René"! La Révolution avait tari pour un instant les sources découvertes par Jean- Jacques Rousseau. Mais Chateaubriand a frappé le rocher de sa baguette victorieuse, et les sources sont revenues ; les ruisseaux se sont changés en rivières, et les fleuves en océans. Il a ouvert à la littérature le Nouveau-Monde, et à Tâme des horizons inconnus. Le romantisme a jailli de son œuvre comme Minerve armée de pied en cap; les peintres et les sculpteurs n'ont eu qu'à puiser dans Técrin prodigieux de ses descriptions et le trésor de ses cadres; la musique de sa prose a enfanté le lyrisme, et la grande poésie du passé s'est dressée sur l'Histoire. Longtemps encore son génie tourmenté mais puissant dominera les générations comme sa tombe du Grand-Bé domine les orages, u Les siècles, écrit-il quelque part, s'asseyent d'ordinaire devant le portrait dun grand homme, et l'achèvent par un travail long et successif. » S'il en est ainsi. Chateaubriand n'a pas à se plaindre de notre siècle, le plus redoutable, parce ([u'il est le premier. Ce siècle a salué en lui à la fois son ancêtre et son Homère. Et il lui reste les siècles suivants pour grandir.
S. ROCUEBLAVE.