‹ Lectures littérairesChapitre 29 sur 108 · Personnage des Xatchez · texte numérisé non relu

Personnage des Xatchez

milieu des brouillards dont elle est sans cesse couverte, errant au milieu des nuages et des bouffées de vent, entendant les mugissements d'une mer que nous ne pouvions découvrir, égarés sur une bruyère laineuse et morte, au bord d'un torrent rougeâtre qui coulait entre les rochers. »

Les vallées sont semées, dans différentes parties, de cette espèce de pin dont les jeunes pousses servent à faire une bière amère. L'île est environnée de plusieurs écueils, entre lesquels on remarque celui du r,nlmnhipi\ ainsi nommé parce que les oiseaux de mer y font leur nid au printemps. J'en ai donné la description dans le Génie du Christianisme.

L'île Saint-Pierre n'est séparée de celle de Terre- Neuve que par un détroit assez dangereux : de ces côtes désolées on découvre les rivages, encore plus désolés, <iaJEerre=JS£jLiye. En été, les grèves de ces îles sont couvertes de poissons qui sèchent au soleil, et enhiver, d'ours blancs gni ç;p nni^rrissent des débris oubliés par les pécheurs.

Lorsque j'abordai à Saint-Pierre, la capitale de l'île consistait, autant qu'il m'en souvient, dans une assez longue rue, bâtie le long de la mer. Les habitants, fort hospitaliers, s'empressèrent de nous offrir leur table et leur maison. Le gouverneur logeait à l'extrémité de la ville. Je dînai deux ou trois fois chez lui. Il cultivait dans un des fossés du fort quelques légumes d'Europe. Je me souviens qu'après le dîner il me montrait son jardin; nous allions ensuite nous asseoir au pied du mât du pavillon planté sur la forteresse. Le drapeau français flottait sur notre tète, tandis que nous regardions une mer sauvage et les côtes sombres de l'île de Terre-Neuve, en parlant de la patrie.

Après une relâche de quinze jours, nous quittâmes

l'île Saint-Pierre, et le bâtiment, faisant route au midi,

atteignit la latitude des côtes du Maryland et de la

^Vir-o-inif^ : les calmes nous arrêtèrent. Nous jouissions

du plus beau ciel; les nuits, les couchers et les levers

du soleil étaient admirables. Dans le chapitre du Génie du Christianisme déjà cité, intitulé Deux perspectives de la nature, j'ai rappelé une de ces pompes nocturnes et une de ces magnificences du couchant. « T.e jp-lnbe du soleil . prêt à sf plr^no-Pi' .lang Ipft flots. apparaissait ppti-A l^c cordap-^'^ «hi navi^-p au milieu des espaces sans bornes ^. etc. »

Il ne s'en fallut guère qu"un accident ne mît un terme à tous mes projets.

La chaleur nous accablait; le vaisseau, dans un calme plat, sans voile, et trop chargé de ses mâts, était tourmenté par le roulis. Brûlé sur le pont et fatigué du mouvement, je voulus me baigner, et C|uoique nous n'eussions point de chaloupe dehors, je me jetai du ma h f\y bcaupré à la mer. Tout alla d'abord à merveille, et plusieurs passagers m'imitèrent. Je nageais sans regarder le vaisseau; mais cjuandje vins à tourner la tête, je m'aperçus ciue le courant l'avait déjà entraîné bien loin. L'écjuipage était accouru sur le pont: on avait fdé un grelin ^ aux autres nageurs. Des rerpnns se montraient dans les eaux du navire, et on leur tirait du bord des coups de fusil pour les écarter. La houle était si grosse qu'elle retardait mon retour et épuisait mes forces. J'avais un abîme au-dessous de moi, et les requins pouvaient à tout moment memporter un bras ou une jambe. Sur le bâtiment, on s'efforçait de mettre un canot à la mer; mais il fallait établir un palan 3, et cela prenait un temps considérable.

Par le plus grand bonheur, une brise presque insensible se leva : le vaisseau, gouvernant un peu, se rapprocha de moi ; je pus m'emparer du bout de la corde, mais les compagnons de ma témérité s'étaient accrochés à cette corde; et c{uand on nous attira au flanc du bâtiment, me trouvant à lextrémité de la file, ils

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