X NOTICE SUR CHATEAUBRIAND
el, mieux encore, par son adresse el sa souplesse dans tous les arls. Sa nature, déjà fougueuse, savait trouver, dans les pages tendres de nos classiques, un aliment précoce à des passions à naître. « Dès lors je sentis s'échapper quekjues étincelles de ce feu, qui est la transmission de la vie. » La richesse de ses facultés en égale la finesse. Il est apte à tout. 11 sait le latin aussi bien que ses maîtres. Il pratique la poésie, il devine la musique, il entend l'architecture. « Quoique prompt à m'ennuyer de tout, j'étais ca])able des plus petits détails; mon obstination était plus forte que mon dégoût. » Supériorité des dons naturels et application dominatrice de la volonté, voilà par où il devait primer toujours, mais primer comme en se jouant. L'aisance native du gentilhomme a toujours empêché Chateaubriand de « sentir son pédant ».
Reçu à l'examen de garde-marine, le futur officier attendait à Brest un brevet d'aspirant qui toujours ne venait pas. L'attente rongeait cet impatient. Lui qui souffrait déjà, au collège, d'avoir à « régler sa volée au son d'une cloche », que n'éprouva-t-il pas, lorsque, à son premier essor, l'obstacle d'une simple formalité le cloua deux ans à Combourg comme l'aigle à son aire? Mille fantaisies passionnées lui traversèrent l'esprit. JL-Youlut -être-ee^iésiâstkfue. Envoyé quelque temps à Dinan,- il y commença l'hébreu. Revenu au manoir, adolescent dévoré par sa sève, il eut des accès, des langueurs, des délires. Ses courtes joies étaient l'instant des tempêtes, (piand u les lais du vent gémissaient dans les mousses flétries ». Il avait déjà ses chimères, son roman de tête, comme George Sand eut sa Corambé. Brisé d'inaction et de rêve, peu à peu sa mélancolie tournait en folie. Les premières pages de René nous peignent cette crise. Il tenta de se suicider; enfin il