‹ Lectures littérairesChapitre 5 sur 108 · NOTICE SLH CHATEAUBRIAND XI · texte numérisé non relu

NOTICE SLH CHATEAUBRIAND XI

tomba gravement malade, et peut-être fùt-il mod avant d'avoir vécu s'il n'eût eu à ses côtés, pour le comprendre et le soutenir, la cadette de ses sœurs, Lucile.

Lucile le devina. Ame tendre et poétique, corps fragile qui eût plié sans le fer qui se dissimulait sous létoiTe de sa robe et le velours de son collier, elle restait seule ^ ÇpniHôïïrg; après le mariage de ses trois sœurs, comme une fleur trop délicate, oubliée*. En elle fleurissaient des dons rares, une imagination fraîche et pure, un talent naturel de description, une fantaisie non point orageuse comme celle de son frère, mais sereine; enfin un art inconscient, antique de forme et chrétien d'essence. Telle Lucile se révéla dès qu'elle eut révélé son frère à lui-même. Cette « fille de son siècle », comme rappellera plus tard Chateaubriand, cette « sainte de génie » qui était « la Sévigné de la solitude », sentit à l'agitation de son frère qu'il était, lui aussi, mais beaucoup plus qu'elle-même, la victime du Dieu inconnu. Llnjouj^ qjij^l lui parlait de.si3n sujet favori, la soblud^^-avec son éloquence emportée : « Tu devj-ais peindra iout cela j)Jjii dit-elle. Et elle l'y aida. Ensemble ils firent des vers, des traductions.. Elle le mit sur le chemin de sa vocation. Puis, quand l'aigle eut pris possession de l'espace, elle se replia sur elle-même, et s'arrangea pour une mort qu'une sorte de folie douce rendit insensible et mystérieuse. Lendroit de sa tombe fut ignoré de son frère. « Elle, qui tenait si peu à la terre, n y devait point laisser de trace. » Cette aérienne figure plane sur l'œuvre de Chateaubriand comme une muse chrétienne, parée des fleurs d'Ophélie.

1. Dans la suite elle épousa le comte de Caud, mais fut veuve au l)out de quinze mois. Elle mourut en 1805. d'une façon presque mystérieuse.

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