U NOTICE SUR CHATEAUBRIAND
Cependant le brevet si longtemps attendu arriva <^nfin. Lé jeune cadet de Bretagne était nommé, grâce à son frère, sous-lieutenant au régiment de Navarre, à Cambrai. En hâte il s'équipe, prend une bourse de cent louis, et dit adieu à Combourg. Combourglque d'émotions contenues dans ces deux syllabes! Vingt-six ans après, Tauteur du Génie ne pouvait tracer ce nom sans que la main lui tremblât : <( J'ai élé obligé de m'arrèter : mon cœur battait au point de repousser la table sur laquelle j'écris. »
Sa vie de soldat commençait (1786). Ce sera la plus courte des trois qu'il a vécues, — soldat et voyageur, — écrivain, — homme politique. Nous nous occuperons surtout ici des deux premières.
A peine arrivé à Cambrai, Chateaubriand devient soldat en un clin d'œil. 11 porte l'uniforme bleu et blanc comme un ancien. Au lieu de lui infliger les épreuves des nouveaux, les officiers le respectent. Ils recherchent sa conversation. Le jeune sous-lieutenant est aussitôt, ici encore, im centre d'attraction. Sur ces entrefaites meurt son père (6 sept. 1786). On partage les biens à Combourg, la famille se disperse; il va falloir assurer l'avenir.
Le frère aîné de notre officier étant de robe, ne pouvait monter dans les carrosses du roi. Il voulut du moins assurer son rang au cadeLJiÊnéj^àjvingt ans, fui mandé à Paris par un ami de la famille, le maréctial de Duras, et bon gré, mal gré, fut présenté à la cour. 11 prit part à une chasse de Louis XVI, et, gêné par son action pétulante non moins que par sa gaucherie, se retira le plus vite (pi'il put. Son
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ambition était ailleurs pour cette heure : jLjiéAail (ïésinre dans V Abnanach des Muses ! Cette joie lui fut bientôt accordée.
De i788 à 1790, sa vie se partage inégalement entre son régiment et Paris. Il retrouve à Paris sa sœur aînée M""*^ de Farcy, et Lucile. Il y voit surtout son frère, qui logeait chez son beau-père le président de Rosambo, lui-même gendre deMalesherbes. Il y fait la connaissance de celui qui devait être son ami, son patron littéraire, son protecteur et son défenseur au besoin, Fontanes.JJ-observ^-c^rieusem£MParis àlajs:ei]le deJaEiYolution. En temps, un voyage en Bretagne à l'époque des États lui montre le trouble profond de la province en 1789. Emeutes, dangers, duels, tout sent la révolte. A Paris, il tombe sur les soulèvements produits par le renvoi de Necker. Il assiste bientôt à la prise de la Bastille. Penché à la fenêtre, il voit promener sous ses veux les têtes de Foulon et de Berthier. Il pousse un cri dhorreur, qui faillit lui être funeste. Cependant Necker rentre à Paris. La Constituante entame ses travaux. Chateaubriand voit Mirabeau à dîner; il le dévore du regard, sans mot dire. L'orateur examinait de son côté cette belle tête ardente. « Lorsque ^lirabeau fixa ses regards sur un jeune muet, eut-il le pressentiment de mes futuritions? »
Les (( futuritions » de Chateaubriand étaient alors un secret pour Chateaubriand lui-même. Tout ce qu'il eût pu dire de lui, c'est qu'il se déplaisait dans tout ce qu'il faisait et dans tout ce qu'il voyait autour de lui .^SokLaU-iLJ .était pour combattre, iliaisjion pour tenir garnison. « J'ai en moi une impossibilité d'obéir. » Royaliste, il avait une aversion instinctive pour les hommes de la Révolution à leurs débuts, Mirabeau, Robespierre, et Barrère, qu'il a appelé plus tard « le troubadour de la guillo-