‹ Lectures littérairesChapitre 76 sur 108 · Epichari.-', morte en donnant le jour à Cymodocée · texte numérisé non relu

Epichari.-', morte en donnant le jour à Cymodocée

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fontaine. Mais vous, comment ètes-vous seule ici? Que le ciel vous conserve la pudeur, la plus belle des craintes après celle de Dieu ! »

Le langage de cet homme confondait Cymodocée. Elle sentait devant lui un mélange d"amour et de respect, de confiance et de frayeur. La gravité de sa parole et la grâce de sa personne formaient à ses yeux un contraste extraordinaire. Elle entrevoyait comme une nouvelle espèce d'hommes plus noble et plus sérieuse c{ue celle c|u'elle avait connue jusque alors. Croyant augmenter Tintérct qu'Eudore paraissait prendre à son malheur, elle lui dit :

« Je suis fdle d'Homère, aux chants immortels. »

L'étranger se contenta de répliquer :

« Je connais un plus beau livre que le sien. »

Déconcertée par la brièveté de cette réponse, Cymodocée dit en elle-même :

« Ce jeune homme est de Sparte. »

Puis elle raconta son histoire. Le fils de Lasthénès dit :

« Je vais vous reconduire chez votre père. »

Et il se mit à marcher devant elle.

La fille de Démodocus le suivait: on entendait le frémissement de son haleine, car elle tremblait. Pour se rassurer un peu, elle essaya de parler : elle hasarda ciuelques mots sur les charmes de la Nuit sacrée, épouse de l'Érèbe et mère des Hesperides et de rx\mour. Mais son guide l'interrompant :

« Je ne vois que des astres, c{ui racontent la gloire du Très-Haut. »

Ces paroles jetèrent de nouveau la confusion dans le cœur de la prêtresse des Muses. Elle ne savait plus que penser de cet inconnu qu'elle avait pris d'abord pour un immortel. Était-ce un impie qui errait la nuit sur la terre, haï des hommes et poursuivi par les dieux? Était-ce un pirate descendu de quelque vaisseau pour ravir les enfants à leurs pères? Cymodocée commençait à sentir une vive frayeur qu'elle n'osait

toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un chemin, l'appeler son frère et lui donner son manteau pour couvrir sa nudité.

« Étranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que cet esclave était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant pour éprouver le cœur des mortels.

— Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme. »

Cependant un vent frais se leva du côté de l'orient. L'aurore ne tarda pas à paraître. Bientôt sortant des montagnes de la Laconie, sans nuage et dans une simplicité magnifique, le soleil, agile et rayonnant, monta dans les cieux. A l'instant même, s'élançant d'un bois voisin, Euryméduse, les bras ouverts, se précipite vers Cymodocée.

« 0 ma fille! s'écrie-t-elle, quelle douleur tu m'as causée! J'ai rempli l'air de mes sanglots. J'ai cru que Pan t'avait enlevée. Ce dieu dangereux est toujours errant dans les forêts; et quand il a dansé avec le vieux Silène, rien ne peut égaler son audace. Comment aurais-je pu reparaître sans toi devant mon cher maître? Hélas! j'étais encore dans ma première jeunesse lorsque, me jouant sur le rivage de Naxos, ma patrie, je fus tout à coup enlevée par une troupe de ces hommes qui parcourent l'empire de Thétis à main armée et qui font un riche butin! Ils me vendirent à un port de Crète, éloigné de Gortynes de tout l'espace qu'un homme en marchant avec vitesse peut parcourir entre la troisième veille et le milieu du jour. Ton père était venu à Lébène pour échanger des blés de Théodosie contre les tapis de Milet. Il m'acheta des mains des pirates : le prix fut deux taureaux qui n'avaient pas encore tracé les sillons de Cérès. Dans la nuit, ayant reconnu ma fidélité, il me plaça aux portes de sa chambre nuptiale. Lorsque les cruelles

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ïlithyes » eurent fermé les yeuxd'Épicharis, Démodocus te remit entre mes bras afin que je te servisse de mère. Que de peines ne m'as-tu point causées dans ton enfance! Je passais les nuits auprès de ton berceau; je te balançais sur mes genoux: tu ne voulais prendre de nourriture que de ma main, et quand je te quittais un instant, tu poussais des cris. »

En prononçant ces mots, Euryméduse serrait Cymodocée dans ses bras, et ses larmes mouillaient la terre. Cymodocée, attendrie par les caresses de sa nourrice, l'embrassait aussi en pleurant : et elle disait :

« Ma mère, c'est Eudore, le fils de Lasthénès. »

Le jeune homme, appuyé sur sa lance, regardait cette scène avec un sourire: le sérieux naturel de son visage avait fait place à un doux attendrissement- Mais tout à coup, rappelant sa gravité :

« Fille de Démodocus, dit-il, voilà votre nourrice; l'habitation de votre père n'est pas éloignée. Que Dieu ait pitié de votre âme. »

Sans attendre la réponse de Cymodocée. il part comme un aigle.

(Les Martyrs.)

Les deux lyres.

[Celte scène met en aclion l'idée fondamentale du Génie du Christianisme : la lyre chrétienne lutte avec la lyre païenne et l'éclipsé. Impression profonde produite par le chant d'Eudore sur le cœur de Cymodocée. On peut en pressentir toutes les suites. L'amour fera de Cymodocée une chrétienne, en attendant qu'il en fasse une martyre.]

Le repas fini, on alla s'asseoir à la porte du verger, sur un banc de pierre qui servait de tribunal à Lasthénès lorsqu'il rendait la justice à ses serviteurs.

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