XXII INTRODUCTION
des Pères. Ils réprouvent la dureté du riche qui refuse son superflu au pauvre qui manque du nécessaire. Dans ce strict exercice du droit ils dénoncent un flagrant mépris du devoir. Mais, au lieu d'ameuter ceux qui souffrent contre ceux qui jouissent, ce sont les heureux du siècle qu'ils excitent contre eux-mêmes , en remuant leur conscience, et en troublant, par la menace, la béatitude impie de leur repos. Une commune origine, une fin commune, et, au commencement, la communauté de toutes choses peuvent-elles en effet permettre qu'il y ait des hommes qui regorgent d'abondance et des hommes qui expirent de pénurie? Ici la loi divine intervient qui corrige la loi positive. La loi divine ne saurait tolérer non plus ces récréations sacrilèges, où des spectateurs de tout âge, de tout sexe, de toute condition, boivent, à longs traits, par les yeux, le sang ou la volupté, pendant que des acteurs , instruments de ces plaisirs impurs , sont rivés , comme par une chaîne , à un office de mort ou d'infamie. Aussi les Pères dénoncent-ils violemment les fureurs du cirque et proscrivent les représentations scéniques. Et en même temps qu'ils en montrent à découvert, pour les rendre détestables, les attraits énervants ou les amorces de cruauté, ils détruisent peu à peu l'esclavage du théâtre. Nul chrétien d'abord , et bientôt nul homme honnête, né d'un père acteur, ne sera plus tenu d'être acteur. Un jour même, un solitaire, nommé Télémaque, se jetant au milieu de gladiateurs prêts à s'entre-tuer, Théodose II supprimera ces combats horribles, et la charité maîtresse défendra, en les abritant, ncm-seulement les âmes, mais les corps.
INTRODUCTION, xxiii
Le paganisme qui n'avait aucune idée nette de ces deux vertus qu'on appelle la chasteté et la charité, ou qui n'en offre guère aux regards les plus attentifs qu'une esquisse effacée; le paganisme, loin d'estimer l'humilité comme une vertu , la méprisait comme un abaissement. L'oi'gueil faisait le fond delà vie païenne. Les Pères déclaraient, au contraire, que sans l'abdication de soi-même, la reconnaissance de ses imperfections, l'aveu de son néant, en quoi consiste l'humiUté, rien ne sert, et que la chasteté et la charité elles-mêmes défaillent, si l'humilité ne les supporte. Le jeûne , la prière et la souffrance sont les parties de l'humiUté ; la solitude en est comme l'atmosphère. Au lieu donc de croupir dans le tumulte des cités, où régnent le vertige des affaires, la démence des opinions , les fuhgineuses hallucinations de la débauche , les chrétiens , un Paul , un Antoine , un Hilarion , les Pères eux-mêmes allaient habiter les déserts de Fayoum , de la Thébaïde, ou de la Syrie; et c'était là que vivifiés par le grand air de la méditation et la discipline du repentir, les sentiments , les affections , les idées s'épurant formaient pour les nations comme un sang régénéré. Le dogme expliqué, fécondé, répandu, ressemblait au grain de sénevé, dont nous parle l'Évangile. Liiperceptible semence, par le laps du temps , un arbre gigantesque en sortait, aux fruits nourriciers, à l'ombrage protecteur, aux rameaux innombrables et immenses, à l'entour duquel devaient dessécher et périr les plantes rampantes et les herbes parasites !
Ce n'est pas que, dans cette diffusion du dogme, les