XXIV INTRODUCTION
Pères ne fissent aucun étal de la philosophie. Prendre çà et là des citations éparses, réunir des phrases isolées, rappeler certaines doléances, atm de montrer dans ces promoteurs de la foi des contempteur» de la raison , ce serait, selon nous, fort mal comprendre leur pensée. Les Pères, en effet, ont consacré à l'étude de la philosophie et des systèmes de longues veilles; ils en ont sondé toutes les profondeurs, ils en ont connu et employé toutes les ressources. Qui n'admirerait, par exemple, avec quelle variété inépuisable, quelle fraîcheur de coloris, quelle attachante complaisance ils développent les preuves physiques de l'existence de Dieu, décrivent l'homme, et, par le spectacle des choses visibles , interprètent les choses invisibles ? Évidemment ils déploient , dans leurs expositions , une théologie naturelle que ni les anciens ni les modernes n'ont surpassée. Les anciens ni les modernes n'ont pas davantage une métaphysique plus subtile, plus pénétrante, plus relevée que la métaphysique des Pères. Fénelon va même jusqu'à dire « qu'il croirait saint Augustin bien plus que Descartes sur les matières de pure philosophie; car, outre qu'il a beaucoup mieux su les concilier avec la religion , on trouve d'ailleurs dans ce Père un bien plus grand effort de génie sur toutes les vérités métaphysiques , quoiqu'il ne les ait touchées que par occasion et sans ordre. » De telle sorte que « si un homme éclairé rassemblait dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimes que ce Père y a répandues comme par hasard, cet extrait fait avec choix sérail trèssupérieur aux Méditations de Descartes, quoique les ]\lé~
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ditations soient le plus grand effort de l'esprit de ce philosophe *. »
Ainsi on se place hors des textes , hors de l'histoire , quand on représente les Pères comme des adversaires de la philosophie. Et cependant , il le faut avouer , chez eux le hlâme se rencontre à côté de l'éloge , la censure à côté de l'approbation, et si plus d'une fois, singulièrement saint Augustin célèbre Platon comme le philosophe qui a le plus approché de la vérité *, plus d'une fois aussi il le reprend , le taxe d'erreur et le répudie. Le judicieux Fleury lève aisément cette apparente contradiction. «« Au m* et' au iv* siècle , la philosophie , dit-il , particulièrement celle de Platon, était estimée avec trop d'excès , et on peut dire qu'elle tenait lieu de religion aux païens qui avaient de l'esprit et qui raisonnaient. Il y avait longtemps qu'ils avaient reconnu l'impertinence du culte des faux dieux , l'absurdité des fables et les impostures des devins ; et il ne restait guère que le petit peuple et les gens de la campagne qui fussent véritablement idolâtres. Les plus polis d'entre les gentils faisaient la plupart profession de philosophie , et prenaient pour principes de religion le positif de la doctrine des platoniciens. Les Pères de l'Église étaient donc obligés à combattre cette philosophie si superbe et à la rendre méprisable ; et par conséquent ils avaient raison d'en attaquer le chef, qui était Platon : de l'attaquer par son faible , de relever ses opinions paradoxales , les égarements de sa raison ,