‹ Lectures morales et religieusesChapitre 3 sur 72 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

christianisme parut et fut accueilli avec une véritable reconnaissance. On eût dit que M. de Chateaubriand venait de signaler un continent sauveur à des naufragés longtemps battus par les flots. C'était plus qu'un nouveau continent ; c'était la vieille terre de la foi ; c'était la patrie que l'on revoyait, avec je ne sais quelle séduction de nouveauté et tout le prestige attendrissant du souvenir. On crut sortir d'un mauvais rêve. La majesté des temples, les cérémonies saintes, les dogmes et leurs enseignements consolateurs frappèrent les imaginations en les guérissant. Ce qu'on avait outrageusement rejeté comme un fétichisme, on l'accepta comme le dernier mot de la raison humaine affermie par l'épreuve, et les instituteurs fastueux de l'Encyclopédie parurent bien pâlissants en présence des Docteurs, des Confesseurs, des Pères, dont la mémoire avait pu être calomniée et reléguée , mais non pas abolie.

Le poëme des Martyrs compléta le salutaire effet produit par le Génie du christianisme. Les générations du xix" siècle admirèrent le dramatique spectacle du paganisme, expirant malgré ses violences, aux prises avec une religion divine qui n'avait pour s'établir que sa douceur. Il leur sembla qu'elles assistaient au récit de leur propre histoire.

Sans doute M. de Chateaubriand n'avait convaincu personne ; mais du moins il avait persuadé. Ces touches brillantes, ces notes harmonieuses, cette poésie mêlée d'encens suffisaient à gagner les cœurs et prévenaient les esprits, que plus de savoir eût rebutés. Il fallait aux yeux

INTRODUCTION. vu

malades du grand nombre les teintes attiédies et le demijour de la fiction , atln de les accoutumer peu à peu à la pleine lumière. D'ailleurs, en même temps qu'on se laissait ravir à cette voix suave, écho mélancolique des savanes , des catacombes et du Thabor, n'entendait-on pas les accents plus vibrants et plus rudes de M. de Bonald et de M. de Maistre ? Et n'y avait-il pas dans la Législation primitive et les Soirées de Saint-Pétersbourg , un retour assez marqué vers la science ecclésiastique, presque une réaction ?

Enfin un homme se rencontra, dont la jeunesse fait envie autant que sa vieillesse fait peur, âme ardente qui ne connut pas de mesure, trop forte pour céder, trop faible pour obéir, irrémissiblement condamnée à erref d'excès en excès. Chacun sait avec quel éclat M. l'abbé de Lamennais commença par les emportements du dogmatisme théologique. VEssaî sur l'indifférence fut plus qu'un livre ; ce fut un manifeste. L'auteur n'était pas seulement le disciple et l'imitateur des Pères, on le regardait comme leur successeur. Et en réalité, sa mauvaise destinée a permis qu'il rappelât , de tout point , l'un d'entre eux, l'infortuné TertuUien. Mais ses débuts n'en ont pas moins été considérables pour la renaissance des études sacrées.

L'impulsion une fois donnée , le mouvement a suivi , sans être fort accéléré, mais aussi sans être interrompu. M. l'abbé de Frayssinous a reproduit, dans ses conférences, les habitudes et la noble manière des orateurs du xvir siècle. M. l'abbé Guillon , en publiant une Biblio-

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