‹ Lectures morales et religieusesChapitre 20 sur 72 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

Heureusement, l'énergie sacrée qui les possédait ne leur Ht pas défaut, et, à tous les degrés , à tous égards, ils parvinrent à restituer l'âme humaine dans sa dignité première. « Anima, érige te; tanti valesl » « Redressetoi, ô âme, et connais ta valeur'! « Dans ce seul mot est tout le sens de l'œuvre accomplie par les Pères , interprèles de l'Évangile. Pour en apprécier les résultats , il suffirait de se demander, avec M. de Chateaubriand, ce que serait aujourd'hui l'état de la société, si le christianisme n'eût point paru sur la terre. « Dans toutes les hypothèses imaginables, conclut cet apologiste éminent , on trouve toujours que l'Évangile a prévenu la destruction de la société; car, en supposant qu'il n'eût point paru sur la terre, et que d'un autre côté les Barbares fussent demeurés dans leurs forêts, le monde romain, pourrissant dans ses mœurs , était menacé d'une dissolution épouvantable. Les esclaves se fussent-ils soulevés ? Mais ils étaient aussi pervers queleurs maîtres ; ils partageaient les mêmes plaisirs et la même honte ; ils avaient la même religion, et cette religion passionnée détruisait toute espérance de changement dans les principes moraux. Les lumières n'avançaient plus, elles reculaient ; les arts tombaient en décadence. La philosophie ne servait qu'à répandre une sorte d'impiété qui , sans conduire à la destruction des idoles , produisait les crimes et les malheurs de l'athéisme dans les grands, en laissant aux petits ceux de la superstition.... Tout ce que l'on peut conjecturer, c'est qu'après de longues guerres civiles et un soulève-

t. Saint Augustin, sur les Psaumes, 102.

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ment général qui eût duré plusieurs siècles , la race humaine se fut trouvée réduite à quelques hommes errants sur des ruines. Mais que d'années n'eût-il point fallu à ce nouvel arbre des peuples pour étendre ses rameaux sur tant de débris ! Combien de temps les sciences oubliées ou perdues n'eussent-elles point mis à renaître , et dans quel état d'enfance la société ne serait-elle point encore aujourd'hui K «

C'est d'après ces idées générales , ces vues d'ensemble, cet ordre tout à la fois logique et chronologique, que nous avons cru devoir présenter les passages qui composent les Lectures morales et religieuses. Nous les avons d'ailleurs ramenés à quatre chefs principaux :

i° Les Pères et le Paganisme; 2° Les Pères et la Philosophie ; 3° Les Pères et les Empereurs ; -4" Les Pères et la Vie nouvelle.

Le christianisme, en effet, a inauguré dans le monde une vie nouvelle , vie mystique, surnaturelle, tout intérieure, à peu près inconnue aux païens, et dont les Pères, par leurs propres vies, offrent de merveilleuses illustrations.

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