‹ Lectures morales et religieusesChapitre 43 sur 72 · XXIV. DU CULTE · texte numérisé non relu

XXIV. DU CULTE

C'est Dieu que nous devons adorer, soit dans tous les actes que la religion prescrit, soit en nous-mêmes. Car tous ensemble, et chacun de nous en particulier, sommes son temple, et il daigne aussi bien habiter dans chaque fidèle que dans tout le corps de l'Église, c'est-à-dire dans tous les fidèles unis entre eux par le lien de la concorde, sans qu'il soit plus grand en tous qu'en chacun, parce qu'il n'a point de matière qui croisse par l'extension, ni qui diminue par la division de ses parties. Lors donc que notre cœur est élevé à lui, il devient son autel : son Fils unique est le prêtre éternel qui le fléchit pour nous ; nous lui immolons des victimes sanglantes , quand nous combattons jusqu'à l'effusion de notre sang pour la défense de sa vérité ; nous brûlons devant lui un parfum très-agréable, lorsque nous sommes embrasés d'amour pour lui ; nous lui offrons les dons que nous avons reçus de lui, et nous nous offrons nous-mêmes à lui ; et de peur que le temps ne nous rende oublieux et ingrats , nous consacrons par des solennités le souvenir de ses bienfaits; nous lui faisons un sacrifice d'humilité et de louange sur l'autel de notre cœur, avec le feu d'une ardente charité ; nous tâchons de nous purifier des souillures de nos péchés et de nos mauvaises inclinations , et nous nous dévouons à lui , afin de nous rendre dignes de le voir et de lui être unis autant que cela se peut. Car il est la source de notre félicité et la fin de tous nos désirs. Le choisissant ainsi de nouveau , ou plutôt nous reliant à lui, d'où vient le mot de religion, après l'avoir perdu par notre négligence, nous tendons vers lui de toute la pente de notre cœur, afin de trouver notre repos en lui ; et nous y rencontrons notre bonheur, parce que nous y

LES PÈRES ET LE PAGANISME. 2î)l

recevons la perfection de notre être. Car notre souverain bien , dont les philosophes sont tant en peine , ne consiste qu'à être unis à ce Dieu immortel, dont les chastes embrassements rendent l'àme féconde en vraies vertus. Aussi est-ce ce bien là qu'il nous est ordonné d'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre puissance. C'est à ce bien que ceux qui nous aiment nous doivent conduire, et que nous devons conduire ceux que nous aimons. C'est ainsi que s'accomplissent ces deux préceptes , auxquels toute la loi et les prophètes se rapportent : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit, et votre prochain comme vous-même. « Car, afin d'apprendre à l'homme à s'aimer lui-même comme il faut, on lui a établi une fin où il est obligé de rapporter toutes ses actions pour être heureux ; et cette fin c'est d'être uni à Dieu. Quand donc on commande à celui qui sait déjà s'aimer comme il faut, d'aimer son prochain comme soimême, que lui commande-t-on cj[ue de porter son prochain, autant qu'il est en son pouvoir, à aimer Dieu? Voilà quel est le culte de Dieu , voilà la vraie religion , voilà la solide piété, voilà enfin le service qui n'est dû qu'à Dieu. Ainsi, quelque élevé qu'un homme soit audessus des autres hommes , et quelque excellence qu'il puisse avoir, s'il nous aime comme il s'aime lui-même, i! désire que nous soyons soumis à celui dans la dépendance de qui il trouve son propre bonheur. Si donc il ne sert pas Dieu, il est malheureux, parce qu'il est privé de Dieu; et s'il sert Dieu, il ne veut pas être servi au lieu de Dieu, et son amour pour Dieu, au contraire, fait qu'il approuve infiniment cette parole divine : « Celui qui sacrifiera à d'autres qu'au Seigneur, sera exterminé. » Car, pour ne point parler des autres devoirs religieux, il n'y a personne au monde qui ose dire que le sacrifice soit dû à un autre être qu'à Dieu. Il est vrai que la flatterie et la liàcheté ont attribué aux hommes beaucoup d'honneurs

qui n'appartiennent qu'à Dieu; mais qui a jamais sacrifié qu'à celui qu'il savait ou pensait être un Dieu, ou qu'il voulait faire passer pour tel?

(Saint Augustin. Cité de Dieu, liv. X, chap. ir.)

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