X INTRODUCTION
colonies romaines; ou, comme le dit saint Augustin, par l'ambition qu'avaient les Romains de dominer sur la langue aussi bien que sur la fortune des nations étrangères; les lois par lesquelles les provinces de l'Empire étaient gouvernées étaient écrites en latin, excepté les lois municipales, qui se conservaient en la langue de leur pays.
« Sous le règne d'Auguste, les Espagnols , les Gaulois et les peuples de la Pannonie parlaient latin. Les Angles s'y accoutumèrent depuis , et enfin l'usage s'en établit dans rillyrie, s'étendit vers le nord, et, repassant les mers, devint si vulgaire en Afrique, qu'il s'apprenait sur les bras des nourrices. ■« Inter blandimenfa imtricv.m et joca arridentium et Isetitias alludentium, » comme le dit saint Augustin. Il n'y eut que dans la Grèce et dans l'Asie où le latin ne fit guère de progrès.
« Yossius observe que la langue latine a eu divers âges ; que, dans son enfance, c'est-à-dire sous les rois de Rome, elle ne faisait que bégayer; que, dans sa jeunesse, et sous les consuls, elle acquit plus dénombre, de grâce et de force; et que, dans son âge viril, sous les premiers Césars , elle parvint à sa perfection ; mais que , dans la suite, venant à se corrompre, elle perdit beaucoup de son élégance et de sa pureté.
« La multitude des esclaves , le mélange des nations étrangères qui abordaient de toutes parts dans l'Italie, et la mauvaise prononciation, corrompirent peu à peu la langue latine. Cicéron, dès son temps, commença à se plaindre de la prononciation des Italiens.
INTRODUCTION. xi
"■ Quand les Pères de l'Église commencèrent à fleurir, le latin avait déjà commencé à se corrompre ; car ceux d'entre les Pères qui méritent quelque considération pour le langage n'ont commencé à écrire que sur la fin du w siècle , c'est-à-dire lorsque la langue latine déclinait avec l'Empire. Aussi n'est-ce pas chez les Pères qu'il faut chercher la belle latinité.
« Gomme la langue latine n'avait pas étouffé la langue vulgaire dans les provinces de l'Empire, il n'est pas surprenant que le latin, dans ces provinces, ne fût pas aussi pur qu'à Rome , où on le parlait sans aucun mélange étranger, principalement vers le temps des premiers Césars. Les Pères qui fleurissaient dans les Gaules et dans les autres provinces avaient quelque chose de ce mélange et du vice de leur nation ; ajoutez que plusieurs s'étant émancipés avaient quitté le style naturel pour en prendre un de pure fantaisie. C'est peut-être en cela que consiste la bizarrerie du langage des Africains; car , outre que le dialecte du pays est tout chargé d'idiomes grecs , il s'y trouve beaucoup de l'imagination échauffée de la nation, ce qui ne peut rien produire que de très-dur et de trèsinégal'. »
Ainsi, avouons-le nettement, les Pères de l'Église latine ont dû nécessairement parler une langue incorrecte. Il v a plus; les Pères de l'Église latine n'ont aucun respect de la langue ; ils la ploient sans ménagement à tous les besoins de leur pensée; ils l'assujettissent à toutes les né-