XII INTRODUCTION
cessilés de la décadence. La tâche qu'ils se proposent est de convertir les barbares, non de corriger leur diction. Voilà pourquoi ils n'hésitent pas à aller jusqu'aux solécismes, s'ils croient, à l'aide des solécismes, être mieux compris. Pour eux,
La langue est une esclave et ne doit qu'obéir.
« Nous ne craignons pas les férules des grammairiens, dit saint Augustin, comme au nom des autres Pères de l'Église latine , mais tout notre soin est de parvenir à la connaissance de la vérité. » Et ailleurs l'illustre évêque d'Hippone s'indigne « de ce que les hommes ont plus de souci d'observer les lois des grammairiens que celles de Dieu. » C'est ainsi que l'idée chrétienne s'élève et réagit contre l'idolâtrie antique de la forme.
Comment s'efforcer, après cela, de faire passer les Pères de l'Église latine pour des modèles de beau style? N'y a-t-il pas une aberration étrange à les vouloir substituer aux écrivains du siècle d'Auguste ? Et ne serait-il pas aussi raisonnable , par un renversement contraire, de remplacer Pascal , Racine , Montesquieu , par Comines , Villon ou le sire de Joinville ?
On redoute, nous ne l'ignorons pas, notamment pour les jeunes esprits, la contagion des païens. Scrupule singulier et que ne connurent ni Bossuet, ni Fénelon, ces instituteurs sublimes, ni Rollin , ce modèle accompli de tous ceux qui enseignent les lettres humaines! Paradoxe dangereux, (jue les Pères eux-mêmes eussent repoussé, juircc qu'il tend à supprimer la nature, afin d'établir le
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règne exclusif de la grâce, comme s'il n'était pas nécessaire, pour asseoir solidement l'ordre surnaturel, de développer aussi l'ordre naturel des sentiments et des idées ! Or, évidemment, c'est chez les païens, non chez les Pères, que ce développement de la nature a reçu son expression la plus achevée, sa forme à la fois la plus vive, la plus pure et la plus haute. D'où il résulte qu'il importera toujours, quoi qu'on fasse, de donner une sérieuse attention aux ouvrages des païens.
Mais si , chez les Pères de l'Église , la langue est d'ordinaire très-imparfaite, le goût même douteux, on ne peut nier que le fond des pensées ne soit excellent. En effet, que d'expositions savantes de la foi! Quelle vigueur d'argumentation contre tous les vices! Quelle nouveauté de préceptes et quelle onction! Quelle charité brûlante et souvent aussi quelle imagination ailée! Ce sont les continuateurs des apôtres qui parlent à des chrétiens , enflamment leur zèle , affermissent leurs croyances, excitent ou gourmandent leurs courages. Mais ce sont en même temps des promoteurs de la civilisation qui s'adressent au genre humain tout entier. Car le genre humain , suivant la parole de saint Augustin , leur est comme un seul homme, dont il s'agit de diriger les progrès , à travers le déploiement des siècles et les vicissitudes des âges. « Sicut autem unius liominis , ita et rjeneris humani recta conditio , per quosdam articules tcmporum afque xtatum semper proficit accessibus. »
Sous le titre de Lectures morales et religieuses, nous nous sommes donc proposé, tantôt en les traduisant