XIV INTRODUCTION
nous-même, tantôt en rajeunissant des traductions déjà fort anciennes, de mettre en lumière les plus beaux passages des Pères de l'Eglise latine. Nous avons cru que, la langue des Pères de l'Église grecque, retenant encore les traits essentiels d'une langue classique, on pouvait, à la rigueur, étudier les originaux, sans dommage considérable pour le goût. Et, d'autre part, il nous a paru que leurs subtilités tout orientales n'auraient peut-être en France qu'un rapport éloigné aux dispositions actuelles des esprits, plus pratiques peut-être que spéculatives. C'est pourquoi, présentement, nous nous sommes attaché de préférence aux Pères de l'Église latine, dont la seule parole a presque renouvelé l'Occident, et qui en représentent, avec une autorité puissante, le passé et les traditions.
Parmi les Pères del'Ègliselatinemême, il nous a fallu choisir. L'Église en effet a honoré de ce titre de Père, attribué d'abord aux patriarches , les docteurs des douze premiers siècles, jusqu'à saint Bernard qu'on appelle le dernier des Pères. Nous ne pouvions songer à parcourir une période d'une telle étendue. Nous avons dû nous en tenir aux Pères qui ont le plus marqué dans l'Église latine, durant les quatre premiers siècles, à TertuUien, saint Cyprien, Lactance, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, saint Paulin. Aussi bien, est-ce durant ces quatre premiers siècles que le dogme se fixe, que la chute du paganisme s'accomplit, que les épreuves se consomment, qu'à la ruine du vieux monde, succombant sans retour, succède l'établissement du monde nouveau. De là, dans les écrits des Pères, à
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celte époque, les mêmes desseins, les mêmes discours, la même conduite, une conspiration unanime de vœux, de conseils et d'instructions. Par conséquent, restreintes à ces limites précises, l'identité, la simultanéité des vues assuraient aux Lectures morales et religieuses une véritable unité.
Il restait à en disposer les détails, suivant un ordre qui n'eût rien d'arbitraire.
Tous les traités des Pères se peuvent rapporter à quatre chefs : 1» l'Écriture sainte ; 2° les dogmes ; 3° la morale ; 4° la discipline de l'Église. Mais « c'est surtout la doctrine des mœurs que les Pères ont prêchée dans toute sorte d'occasions, sans jamais se lasser d'avertir, de reprendre, de supplier, de conjurer, de menacer et d'instruire.... Car, comme c'est la religion qui maintient la sainteté des mœurs, c'est aussi la sainteté des mœurs qui maintient la religion ; étant sûr que dès que les mœurs commencent à se corrompre, la religion commence k chanceler, et que ce n'est d'ordinaire qu'après la révolte de la chair et du sang que l'esprit d'orgueil se soulève contre la toi des mystères *. « Or, on apprécierait mal le génie des Pères, laportée de leurs efforts, larestauration morale qu'ils accompUrent à mesure qu'ils jetaient les fondements de la théologie, si on ne les replaçait sur le théâtre de leur action, au milieu même des circonstances contre lesquelles ils eurent à lutter. — Où en était le monde romain, lorsque le christianisme naissant, propagé par une prédica-