GYMNASTIQUE DES JEUNES FILLES
Mademoiselle Mirchef-Giraro
Mlle Marchef- Girard est l'auteur de deux ouvrages de pédagogie et de
philosophie : Les femmes, leur passé, leur jyrësertt, leur avenir; — Des
facultés humaines et de leur développement par léducationi C'est à
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ce second traité que nous empruntons la citation qu'on va lire. De concert avec Mme Élisa Lemonnier, Mlle Marchcf-Girard s'est occupée de la fondation des écoles professionnel les , et a organisé la première de ces écoles. Elle se consacra ensuite entièrement à l'idée que poursuivait la Société pour la propagation de l'instruction parmi les femmes. Elle est aujourd'hui placée à la tête du Collège Sévigné,
Au point de vue spécial de la jeune fille, la moitié de son existence dépend de la vigueur que lui a donnée l'éducation; au point de vue des sociétés, la santé de la jeune fille est la base même de la vigueur des races.
Jusqu'à quinze ans environ, les exercices pourraient être les mêmes pour les deux sexes; mais les lois de la décence obligent à les séparer même dès la seconde enfance. A partir de quinze ans, les forces musculaires ne sont plus en rapporf , et la jeune fille ne pourrait sans danger lutter de vigueur avec le jeune homme.
Dans cetle étude de Tinvigorisation au point de vue particulier qui nous occupe, nous trouvons d* abord une considération presque nulle dans Téducation du jeune homme : les modes insalubres à réformer.
La plupart des mères, pour donner à leurs filles une certaine beauté de convention, contrarient en elles les lois physiologiques de croissance et en font à quinze ans des femmes déjà mûres, qui seront, hélas ! flétries à trente ans et infirmes à quarante, tandis que, d'après les lois naturelles, la femme doit achever sa croissance à vingt ans, s'invigoriser jusqu'à vingt-cinq et présenter toute sa fleur à trente, afin de rester forte et vigoureuse jusqu'à cinquante, époque physiologique au delà de laquelle seulement l'individu commence à descendre vers la vieillesse.
Parmi nous, les conventions de la beauté sont ainsi fixées : un teint pâle, une taille amincie^ des mains et des pieds fluets. Pour y parvenir, on serre les jeunes filles dans des corsets, on les lient à l'ombre, on emprisonne leurs pieds dans des souliers trop étroits, on emprisonna
leurs doigts dans des gants qu'elles doivent quitter le moins souvent possible.
Or, ces conventions ne sont pas toujours justes; il est vrai que les extrémités chez les femmes se présentent naturellement petites, mais les extrémités mêmes, comme la taille, comme toutes les parties du corps, sont soumises à certaines proportions rigoureusement calculées par la nature et au delà desquelles le modèle pèche et la beauté n'existe plus. La Vénus de Milo est loin d'avoir la taille mince, et cependant la Vénus de Milo est un type parfait de beauté.
Pour arriver à l'harmonie des formes, il faut favoriser l'essor de la croissance et non pas Tenlraver ; abandonnée à ses seules forces, la nature pousse à la beauté. Ce qui le prouve, c'est que chez les peuples pasteurs, comme les Chaldéens, les Grecs, les Géorgiens, les femmes, quoique vivant sans entraves, sont généralement fort belles. Qu'on ne nous objecte pas les paysannes, car les paysannes, absorbées par un travail matériel qui ne laisse rien â l'intelligence, ne peuvent arriver à l'équilibre entre les deux grandes séries des facultés humaines.
L'exercice physique suffisamment équilibré par l'exercice intellectuel produit sûrement l'élégance du type et la beauté des formes. Une sage éducation doit donc proscrire, au moins jusqu'à la fin de la croissance, les vêtements doublés d'acier et de baleine, pour les remplacer par des corsages souples, élastiques, se prêtant à tous les mouvements du corps, à tous les efforts de la croissance, et d'ailleurs suffisamment perméables à l'air extérieur et aux élaboratîons de la peau.
Si maintenant nous voulons aborder la gymnastique au point de vue spécial des jeunes filles, en vérité nous avouons ne pas connaître d'autres exercices que ceux dont nous avons parlé*. La jeune fille, d'ailleurs, pour
i. Escarpolette^ cheval de bois, eVc, course, saut, ascension aux
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n'être pas vigoureuse de la même manière que Thomme, n'en a pas moins sa vigueur particulière; rien de plus faux que ce prétendu principe qui fait de la femme un être faible et maladif. La souplesse des muscles, chez elle, remplace la résistance, et, si elle n'est pas capable des mêmes efforts, elle se fatigue beaucoup moins vite.
Que les jeunes filles, donc, sous les yeux de leurs mères, se livrent à tous les exercices de gymnastique naturelle ; qu'on les voie, agiles comme Atalante, se poursuivre d'un bout du gymnase à l'autre, et que, légères comme la Cajmiile de Virgile, elles impriment à peine sur le sable le bout de leurs petits pieds; que, plusieurs fois par semaine, et chaque jour s'il se peut, elles recommencent ; à vingt anSjbelles, élancées, robustes, elles verront s'ouvrir devant elles une existence exempte d'infirmités.
{Des facultés humaines et de leur développement par r éducation).
arbres, disque, lutte, natation. — (L'auteur est d'ailleurs porté à préférer la gymnastique naturelle, telle qu'on la pratique en Angleterre.)