DE L'ORDRE DES LEÇONS
F. GuizoT*
L'ordre établi dans les leçons des enfants est, en général, assez arbitraire : on en règle les heures et la succession d*après des conyenances presque toujours étrangères au fond des choses mêmes : ainsi une leçon de latin suit quelquefois une leçon de dessin, et la leçon d*écriture vient ensuite. N*y aurait-il pas de Tavantage, pour faciliter aux enfants leur travail et hâter leurs progrès, à consulter dans cette distribution les associations d'idées qui peuvent les conduire naturellement d'une leçon à l'autre? L'enfant qui vient de prendre sa leçon de dessin s'est appliqué à copier; il a étudié des traits, des formes : si l'on n'a pas trop prolongé pour lui cette étude, sa main est peu fatiguée, et son esprit est disposé sans doute à transporter sur une étude analogue l'attention qu'il vient de donner et l'expérience qu'il vient d'acquérir. Que n'en profitons-nous
i. Voir la notice, p. 13»
pour sa leçon d'écriture? On prend bien soin de rapprocher l'étude du latin et du grec, celle de la géographie et de rhistoire; il serait aisé, si je ne me trompe, de distribuer ainsi les heures du travail selon une sorte d*ordre des matières qui soulagerait Tenrant d'une partie des efforts que lui cause la multiplicité de ses occupations. Le changement serait assez sensible pour que cette variété qui délasse l'esprit subsistât encore, et pas assez brusque pour que Tattention fût obligée de se redonner sur nouveaux frais, à l'occasion d'un objet tout nouveau, la peine qu'elle a eue à se fixer d'abord sur un objet quelconque. L'enfant commence à faire un effort pour s'appliquer ; cet effort lui réussit : au moment du succès, la leçon change, le cours de ses idées est interrompu; nouvel effort à faire, plus pénible que le premier : aussi n'est-il pas rare de voir les enfants mêler dans une leçon ce qu'ils viennent d'apprendre dans la leçon précédente, bien qu'elles n'aient entre elles aucun rapport. Si elles en avaient d'essentiels, cet inconvénient deviendrait un avantage, et l'enfant lui-môme, charmé des facilités inattendues qu'il trouverait dans son , nouveau travail, redoublerait de zèle. Ajoutez à cela qu'une • pareille méthode établirait de bonne heure, dans ses connaissances et dans ses idées, cet ordre, cette liaison que la plupart des hommes parvenus à l'âge mûr ont tant de peine à mettre dans les matériaux épars qu'ils ont amassés pendant leur jeunesse.
{Conseils d'un père sur Véducation.)
QUALITÉS DE L.11ISTITUTSUR
A. VlNET*
Un instituteur peut n*être pas savant dans le sens le plus étendu de ce mot, mais il faut que sou esprit voie de haut la science qu'il professe, qu'il en saisisse les rapports généraux et en distingue les points dominants. A une moindre élévation, l'instituteur ne saurait donner à son enseignement ni la clarté, ni l'intérêt, ni surtout la simplicité nécessaires pour attirer et fixer les esprits jeunes et vifs. J'insiste sur la simplicité ; car c'est lorsqu'on est savant qu'on est le plus capable d'être simple; premièrement parce que plus on est sûr de sa richesse, plus on est de longue date familiarisé avec elle, moins on est impatient de l'étaler; ensuite et surtout, parce qu'une demi-science n'élève qu'à des idées secondaires, qui sont complexes et chargées d'accessoires, au lieu que la vraie science élève jusqu'aux principes les plus hauts, qui sont des idées simples. La connaissance de ces principes est seule capable de faire voir les détails sous leurs vrais points de vue, et de faire exprimer les idées dans leurs véritables termes. On entend dire souvent de tel instituteur : il est trop profond, il est trop abstrait; et l'on en conclut qu'il est trop savant ; croyez plutôt qu'il est encore jeune, qu'il est peu instruit; quand il aura plus d'années et de connaissances, il s'élèvera jusqu'à la simplicité.
De cette supériorité de culture résultera, pour l'instituteur, l'esprit de système et de méthode. Donner à chaque partie de l'instruction son étendue et son plan, combiner
i. Voir la noticet y- 219.