LES LEÇONS DU CURÉ DE VILLAGE
Lamartihe
Le fragment ci-dessous est tire du poème de Jocelyn^ publié en 1855, Lamartine y montre son héros, un humble curé de campagne, réunissant autour de lui les enfants du village pour leur donner les enseignements de la morale évangélique.
Et j'instruis les enfants du village, et les heures
Que je passe avec eux sont pour moi les meilleures;
Elles ouvrent le jour et terminent le soir.
Oh ! par un ciel d'été, qui n'aimerait à voir
Cette école en plein champ où leur troupe est assise?
Il est deux vieux noyers aux portes de l'église
Avec ses fondements en terre enracinés ^
Qui penchent leur feuillage et leurs troncs inclinés Sur un creux Tert de mousse, où dans le caiUoutage S'échappe en bouillonnant la source du village. De gros blocs de granit que son onde polit, Blanchis par son écume, interrompent son lit.
Sur ce tertre, glissant de colline en colline,
L'œil embrasse au matin l'horizon qu'il domine,
Et regarde, à travers les branches du noyer.
Les lacs lointains bleuir et la plaine ondoyer.
C'est là qu'aux jours sereins, rassemblés tous, leur troupe,
Selon l'âge et le sexe en désordre se groupe.
Les uns au tronc de l'arbre, adossés deux ou trois ;
Les autres gravissant les marches de la croix ;
Ceux-là sur les rameaux, ceux-ci sur les racines
Du noyer qui serpente au niveau des ravines ;
Quelques-uns sur la tombe et sur les tertres verts
Dont les morts du printemps sont déjà recouverts,
Comme des blés nouveaux reverdissant sur Taire
Où des épis battus ont germé dans la terre.
Cependant, au milieu de ces fils du hameau,
Ma voix grave se mêle au murmura de l'eau,
Pendant que leurs brebis broutent l'herbe nouvelle
Sur la couche des morts ; que l'agile hirondelle
Rase les bords de Tonde, attrapant dans son vol
L'insecte qui se joue au rayon sur le sol ;
Et que les passereaux, instruits par Thabitude,
Enhardis par leur calme et par leur attitude.
Entourent les enfants, et viennent sous leur main
S'abattre et s'attrouper pour émietter leur pain.
Je me pénètre bien de ce sublime rôle Que sur ces cœurs d'enfants exerce ma parole : Je me dis que je vais donner à leur esprit L'immortel aliment dont l'ange se nourrit, La vérité, de Thomme incomplet héritage,* Qui descend jusqu'à nous de nuage en nuage, Flambeau d'un jour plus pur, que les traditions Passent de mains en mains aux générations ; Que je suis un rayon de cette âme éternelle Qui réchauffe la terre et qui la renouvelle, L*étinceUe de Dieu qui, brillant à son tour.
LAM ARTINK. — VkVL BERT tn
Dans la nuit de nos cœars doit allumer son jour;.
Et, la main sur leurs fronts baissés, je lui demande
De préparer mon cœur pour qu'un Yerbe y descende ;
D*éleTer mon esprit à la simplicité
De ces esprits d'enfants, aube de vérité;
De mettre assez de jour pour eux dans mes paroles,
Et de me révéler ces claires paraboles
Où le Mattre, abaissé jusqu'au sens des humains,
Faisait toucher le ciel aux plus petites mains !
Puis je pense tout haut pour eux; le cercle écoute
Et mon cœur dans leurs cœurs se verse goutte à goutte.
Je ne surcharge pas leur sens et leur esprit
Du stérile savoir dont l'orgueil se nourrit;
Bien plus que leur raison j'instruis leur conscience :
La nature et leurs yeux, c'est toute ma science!
Je leur ouvre ce livre, et leur montre en tout lieu
L'espérance de l'homme et la bonté de Dieu.
(Jocelytif 9* époque.)
UIÊGOUS DOIT ÊTRB ATTRATAIITB
Paul Bbrt
V. Paul Bert a publié en 1881, sous le titre de Leçons, dUcaurs et conférences, le volume auquel nous empruntons la page ci-dessous. On trouvera plus loin, p. 358, un autre morceau tiré du mâme recueil, d p. 304 un fragment d'une conférence faite au Trocadéro en 1882.
n faut que Técole attire l'enfant» il faut qu*elle soit séduisante, agréable ; il faut qu*elle ait de belles et grandes salles bien aérées, bien ensoleillées : pas de barreaux atti fenêtres, surtout; il faut de grandes cours, une salle de gymnase, et, si c*est possible, un jardin avec des fleurs. Il faut qu'elle soit ornée, ornementée, parée. 11 faut, enfin, que nous fassions pour elle ce que nos pères faisaient pour leurs églises. G'es^notre église laïque à nous, oô l'on ensoigne des vérités scientifiques et démontrables auxquelles
les aliénés seuls ne croient pas; où l'on enseipoe les vertus civiques et la religion de ]a patrie : car4^*est une religion qui, si elle n*a pas de mystères, a ses dogmes, ses héros, ses martyrs, s'il est vrai, comme disait Mihomet, que ceux-là sont des martyrs qui tombent sur le champ de bataille, le visage tourné vers le ciel.
Ce n'est pas tout que d'attirer ienfant à Técole, il faut l'y retenir, il faut l'y amuser. Je maintiens qu'il peut s'y amuser, et que tout peut être enseigné à l'enfant en l'amusant : science, histoire, géographie.... ah! pas, par exemple, la granunaire. La grammaire, je la considère, moi, comme la partie amère de l'enseignement; et si j'avais t'honneur d'être maître d'école, je la donnerais comme on le fait pour la rliul^arbe et le quinquina, au commencement de la classe, pour que le re^te paraisse meilleur.
11 faut que dans les écoles l'enfant soit bien installé, qu'il ne se tortille pas sur des bancs trop étroits et devant une table trop haute ou trop basse, qu'il soit bien éclairé, chauffé l'hiver, aéré l'été. 11 faut que, s'il a été mouillé en route, il puisse se changer, et que, s'il est pauvre et qu*il n'ait pas mangé, comme ventre affamé n'a point d'oreilles, il trouve, en arrivant, une bonne soupe poui' se réchauffer et se donner des oreilles.
, Et puis, pour le matériel d'enseignement, je voudrais de beaux 1 1 bons livres, avec des images rappelant les grands hommes qui ont honoré le pays, et des globes, des cnites, des instruments de physique, des collections d'histoire naturelle. Voilà ce qu'il faut avoir! Mais pour cela il iaut de l'argent, beaucoup d'argent. Des millions, sans doute? Oui, des centaines de millions. La France a bien sué ses milliards pour le Prussien; n'en trouveraitelle pas pour ses entants?
Voilà récolc cofnme je la rêve, et comme je voudrais pouvoir vous dire que nous la ferons; mais comme vous la ferez, vous, parce que c'est vous qui nous succéderez, parce que vous serez libres et que vous serez riches.
PAUL BERT . $n
Oui, mes enfants, avant peu H*années, vous serez des hommes, et, grâce à la République, des citoyens libres, des électeurs et des élus, si vous méritez de Tétre. Eh bieni ne faites jamais ce qu'on a fait avant vous : n'abandonnez jamais votre liberté; ne confiez jamais à un homme, quel qu'il soit, vos destinées, votre fortune, votre vie, votre honneur; restez toujours lilires!
Et alors, dans quelque situation sociale que vous vous trouviez, n*oubliez jamais ce dont vous êtes les témoins : la République ruinée et char^'ée d'impôts a tout fait pour les écoles; elle a triplé le budget de l'instruction pu^ blique. Eh bienl faites comme nous, et ce faisant vou& affirmerez l'idée de la Patrie. La Patrie, voyez-vous, quoi qu'en aient dit des honuaes sceptiques qui se déguisent derrière le nom d'humanitaires, la Patrie n'est pas une expression géographique défendue par des forteresses. Non, c'est un héritage séculaire d'efforts communs, de luttes communes, de joies, de douleurs, d'espérance?, de haines et d'amour. La Patrie I les. générât ions s'en passent de main en main le flambeau toujours vivant » c'est commet le feu des vestales antiques : malheur à celle qui le lais-* serait éteindre!
Ce ne sera pas la vôtre; vous êtes trop républicainement élevés pour cela. Vous êtes nés parmi les désastres ; vous avez vu commencer et vous achèverez la réparation. Notre génération, qui s'incline déjà vers l'horizon, peut avec confiance, avec sécurité, et non sans quelque fierté, vous dire.
(( Faites pour ceux qui vous suivront ce que nous avon» fait pour vous. »
[Leçons, discours et conférences^ G. Charpentier, éditeur.)
LECnmXS PÉDAGOGIQUES
M^mmràMT a ■bsodi de mouvemeiit, d'air, db i.iBmTÊ
Y. SI LArBAM^,.
Le collège impose aux enfants, pendant les années les plas essentielles au développement physique, une immobilité de onze heures par jour entre un banc et une table, onze heures présumées d'attention et de travail d'esprit, lies élèves externes sont soumis au même supplice, astreints iia*ils sont à faire les mêmes devoirs, à griffonner la même quantité de papier. Réduisez de moitié cette tâche monstrueuse, gardez à l'étude cinq ou six heures. L'âge mûr bien réglé n'en comporte pas davantage; c'est assez même pour un honune de lettres qui veut penser et laisser vivre son âme, qui veut n'être ni un des forçats, ni un des malfidteurs de l'intelligence. C'est le maximum de ce que la raison et la miséricorde peuvent admettre pour des enfttnts. Rendez à la vie du cœur et du corps ces cinq heures soustraites au fonctionnement mécanique du cerveau. Donnez-les à la gymnastique, à la promenade au grand air, à la conversation avec les parents ou les maîtres, aux jeux naturels à l'enfance, à 'ces charmantes études qui peuvent se faire en pleins champs : botanique, géologie, histoire naturelle, philosophie morale, et je soutiens qu'au bout de di;c ans que dure en moyenne la vie de collège, ?0us aurez ainsi des bacheliers plus instruits, mieux portants, plus moraux, plus hommes enfin que ceux que vous fabriquez avgourd'hui.
(L'Éducation homicide,)