Voir la notice, p
PiNBLON Sff
Fénelon
Féoelon (François de Salignac de Lamothe), néeiil6M,inort e(ii71&» ne nous appartient ici ni comme évâque, ni comme prédicateur, ni eomms philosophe ou théologien, ni comme Tun des écrivains en prose les pilas éminents du dix-septième siècle.
Nous ne voulons que rappeler son r61e effectif de pédagogue et d'éds^ cateur lorsqu'à partir de 1689, il fut nommé précepteur du second dan- 'phin. Et nous ne retiendrons de cette partie de sa vie, qui fut ToccasioA des Fable* en prose, des Dialoguei des Morte et du Télémaque^ qot cette grave leçon empruntée à un excellent article de M. Gompayré danè le Dictionnaire de pédagogie : L'éducation du duc de Bourgogne pv Fénelon n'eut qu'un défaut» celui de réussir trop bien, c Fénelon, dit M. Gompayré, échoua pour avoir trop bien réussi. Son élève fut dévot ai point de ne pas vouloir assister à un bal donné par le roi, parce que ce bal coïncidait avec la fête de TÉpiphanie. Il avait les vertus d'un moines on doutait qu'il pût montrer celles d'un roi. La mysticité de Fénelon «'était communiquée à l'âme du duc de Bourgogne. Mais surtout, acetpar€ par un maître trop insinuant et trop enveloppant, pour ainsi dire, qui n'avait rien laissé faire à l'initiative de l'élève, qui l'avait dispensé de tout effort, qui ne lui avait pas appris à se gouverner lui-même, qui né l'avait pas habitué à compter sur ses propres forces, le jeune prince était resté faible de caractère, indécis au milieu de ses perpétuels scrupules, incapable de prendre un pai*ti, manquant de cet esprit de liberté que Fénelon lui-même déplorait après coup de ne pas trouver en lui ; un autre Jélémaque enfin qui ne pouvait se passer de son Mentor. »
Et cependant le duc de Bourgogne, selon l'expression de Saint-Sinion# était né « terrible ». Grave leçon, nous le répétons.
Nos citations sont tirées du célèbre traité de pédagogie proprement dite qu'a publié Fénelon, et qui est son premier ouvrage, V Éducation de$ fUes (1687). Lorsqu'il le publia, il avait trente-six ans, et on ne l'appelait encore que l'abbé de Fénelon. En 1678, il avait été chargé de diriger, en qualité de supérieur, la maison des Nouvelles catholique de Paris, institution destinée, suivant les idées du temps, à retenir dans la foi catholique les jeunes filles et les fenunes protestantes plus ou moins volontairement converties, ou à gagner à cette même religion celles qu'on désirait convertir. D'autre part, dès la fondation de l'institut des dennU
lellet de StinM^ouis, Fénelon avait élé souTcnt appelé par Mme de Maintenon pour j faire (les prédications; a elle lui avait demandé, dit M. La- Tallée, des instructions spéciales pour les demoiselles et dont celles-ci faisaient des manuscrits ». Enfin la duchesse de Beaiivillicrs, qui, outre plusieurs garçons, avait huit filles à élever, demanda à Fénelon des préceptes et des conseils. Telles lurent les origines du traité do YÉducation deë fille».
C'est un livre de 150 paires qu'il faut lire tout entier . nous ne Tanalyserons point. Disons seulement que ce qui domine dans ce livre, c'est un bcm sens su|)érieur, une sagacité pénétrante et insinuante, moins préoccopéed'écliaulTer que d'éclairer. Sans y mettre, bien entendu, l'âprelé et J'amertume de La Bruyère, mais avec non moins de finesse, Fénelon analyse les penchants de l'enfance, surtout d^ l'eiifunce féminine, visant pardessus tout i celle qualité quia été, en définitive, la qualité maltressede jon temps, la mesure. Fénelon ne semble pas avoir beaucoup goûté Molière; il le traite assez mal dans sa Lettre à V Académie, et pourtant son jdésl féminin, ti»! qu'il ressort du traité de YÉducation des filleg, semble être exactement le môuie que cette Henriette des Femmes savantes,, >iÎ8crète, réservée, qui ne sait pas le grec, surtout quand il s'agit de se dérober à un Vadius, et dont toute la grâce n'est que la fleur du bon sent «t de la raison .
n va sans dire, d*autre part, que l'éducation que Fénelon veut donnef •ui femmes est éminemment chrétienne ; mais ce n'est point une éducation de couvent. Il veut les tenir également éloignées de la superstition, des subtilit's théologiques, et même, qui le croirait du futur apôtre duquié* tisme? éloignées de toute dévotion mystique et singulière. La jeune fille qui suivi ait sur ce point les doctrines de l'Éducation de% filles pourrait être sincèrement croyunte, tout en ne laissant pas de rester sensée.
Remarquez un grand défaut des éducations ordinaires : on met tout le plaisir d*un côté, et tout Tennui de i*autre; tout Tennui dans Téliide, tout le plaisir dans les divertissemenls. Que peut faire un enfant, sinon supporter impatiemment celle règle, et courir ardemment après lesjeux?
Tâchons donc de changer cet ordre : rendons l'étude agréable, cachons-la sous l'apparence de la liberté et du plaisir : souffivms que les enfants interrompent quelquefois Tétude par de petites saillies de divertissement; ils ont besoin de ces distractions pour délasser leur esprit.
Laissons leur vue se promener un peu ; permettons-leur même de lemps en temps quelque digression en quelque