ALEXANDRE BAIN
lès uns et sont sans action sur d'autres; leur puissance varie selon la manière dont ia classe les envisage, et aussi selon la sensibilité du coirpable. Ils sont suffisants pour les fautes légères, mais pas pour les plus graves ; ils peuvent être efficaces au début, mais la répétition leur euléve rapidement tout leur pouvoir. C'est une règle de commencer d*abord par des punitions légères; pour les bonnos natures la simple idée d*une punition suffit, et la sévérité n'est jamais nécessaire. C'est un système grossier et maladroit (fue celui qui n*emploie que des punitions sévères et dégradantes.
La retenue ou privation de récréation est fort désagréable aux enfants et devrait suffire même pour des fautes graves, surtout s'il s'agit de désordre et de désobéissances, fautes contre lesquelles cette punition est indiquée par sa nature même. Tout excès d'activité et de combativité doit être réprimé par la suppression temporaire de l'exercice légitime de ces facultés.
Les pensums ou devoirs supplémentaires sont la puni« tion ordinaire du manque de travail et peuvent aussi être employés contre Tinsoumi.'^sion. La peine réelle consiste daÛTennui imposé à l'esprit, punition fort grave pour ceux qui n'aiment les livres sous aucime forme. Les pensums entraînent aussi l'enimi de la réclusion et de Texercice disciplinaire. On peut les ajouter à la honte, et la réunion de ces deux moyens constitue une punition redoutable.
Avec toutes ces ressources diverses habilement ménagées, — émulation, éloges, blâme, humiliations, retenue, pensums, — la nécessité des châtiments corporels est presque annulée. Dans un établissement d'instruction pub ique bien dirigé, où Ton a établi une gradation bien calculée des divers mobiles, un système qui donne une longue série de privations et de peines de plus en plus fortes doit suffire à tous les besoins de la discipline. La présence d'élèves rebelles à ces moyens d*action serait une anomalie
et une cause de désordres, et le vrai remède à employer serait leur envoi dans quelque établissement spédalemeni destiné aux natures inférieures. L'inégalité de ton moral doit être évitée dans une classe avec autant de soin que Finêgalité de développement intellectuel. 11 faut des maisons de réforme ou des établissements spéciaux pour ceux qui ne peuvent être gouvernés comme la msyorité des enfants de leur âge.
Dans les maisons où l'on maintient les châtimeRts corporels S il faut les mettre tout au bout de la liste des^ punitions ; le moindre de ces châtiments doit être considéré comme un véritable déshonneur et accompagné de formes humiliantes. Tout châtiment corporel doit être présente comme une injure grave pour la personne qui Tiiiflige et pour ceux qui sont forcés d'en être témoins, comme le comble de la honte et de Tinfamie. 11 ne doit pas se renouveler pour le même élève : si deux ou trois applications de cette peine ne suffisent pas, le renvoi est le seul moyen à adopter.
Le malheur est que les écoles nationales sont tenues de recevoir les natures les plus mauvaises et les plus incultes ; mais il ne faut pas que ces natures perverlissent toute une école. Même lorsque des enfants ont été habitués à être battus chez leurs parents, il ne s'ensuit pas que le même système doive être employé pour eux à l'école : les parents sont souvent maladroits en fait d'éducation ; les autres moyens d'influence peuvent leur manquer dans une certaine mesure; le cas peut être pressant. Il peut donc facilement arriver que l'enfant soit mieux traité à l'école que dans sa famille. Dans bien des cas, l'école deviendra un port de refuge pour les enfants maltraités
i. On sait qu'en Angleterre l'opinion publique est en général fafonMe i remploi des châtiments corporels, et qu'il en est fait usage dans les principaux collèges. Ce fait expli4ue pourquoi M. Bain ne condamne pas absolument ce genre de punition.