‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 122 sur 226 · MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON

filles fassent ce qui est marqué, c'est-à-dire qu'elles se couchent H qu'elles dînent à l'heure réglée; mais pour le silence, il faut firendre ce que l'on peut : les religieuses y manquent et vous voulez que It^s enfants y soient exacts. Les maîtresses doivent vous avertir de tout en particulier, mais c'est à elles à s'accommoder à vous, soit que vous punissiez, ou que vous ne punissiez pas. Il me semble que vous êtes douce et ferme, c'est ce qu'il faut, et c'est la conduite de Dit* u, ferme dans la fin ou il faut toujours aller, douce dans les m «yens dont il faut .'•e servir, selon les occasions, selon les besoins, selon les temps. Ayez donc toujours pour fin le salut de vos filles; mais servez-vous tantôt de la sévériié, tantôt de la douceur, et sans cesse de la patience. Vous avez très bien fait de leur donner des récréations; voici un temps de relâchement, et il faudrait de fortes raisons pour les retrancher. Elles entreront ce carême dans la pénitence; il faudra être plus rigide pour le silence, pour le travail et pour tout ce qui peut les faire entrer dans l'esprit de TEglise.

{Lettre de février 1697.)

ZJL DUGIPLIlfE DOIT ÊTRE DOUCB

Féhelos*

Ne prenez jamais sans une extrême nécessité un air austère et impérieux qui l'ait trembler les enfants. Souvent c'est affectation et pédanterie dans ceux qui gouvernent; car, pour les enfants, ils ne sont d'ordinaire que trop timides et honteux.

Souvent il faut tolérer les choses qui auraient besoin d'être corrigées, et attendre le moment où l'esprit dé

i. Voir la noUce, p. 277*

tS4 LECTURES PÉDAGOGIQUES

l'enfant sera disposé à profiter de la correction. Ne le re* prenez jamais, ni dans son premier mouvement, ni dans le vôtre. Si vous le faites dans le vôtre, il s'aperçoit que vous agissez par humeur et par promptitude, et non par raison et par amitié ; vous perdez sans ressource votre autorité. Si vous le reprenez dans son premier mouvement, il n*a pas Tesprit assez libre pour avouer sa faute, pour vaincre sa passion, et pour sentir l'importance de vos avis; c'est même exposer l'enfant à perdre le respect qu'il vous doit. Montrez-lui toujours que vous vous possédez : rien ne le lui fera mieux voir que votre patience. Observez tous les moments pendant plusieurs jours, s'il le faut, pour bien placer une correction. Ne dites point à l'enfant son défait sans ajouter quelque moyen de le surmonter, qui l'encou* rage à le faire ; car il faut éviter le chagrin et le découra-» gement que la correction inspire quand elle est sèche. Si l'on trouve un enfant un peu raisonnable, je crois qu'il £i«t l'engager insensiblement à demander qu'on lui dise sel défauts; c'est le moyen de les lui dire sans l'affliger : ne loi en dites même jamais plusieurs à la fois.

Quoiqu'on ne puisse guère espérer de se passer toujours d'employer la crainte pour élever le commun des- enfants, dont le naturel est dur et indocile, il ne faut pourtant y avoir recours qu*après avoir patiemment éprouvé tous les autres remèdes. II faut même toujours faire entendre distinctement aux enfants à quoi se réduit tout ce qu'on leur demande, et moyennant quoi on sera content d'eux ; car il faut que la joie et la confiance soient leur di'sposion ordinaire : autrement on obscurcit leur esprit, on abat leur courage; s'ils sont vifs, on les irrite; s'ils sont mous, on les rend stupides. La crainte est comme les remèdes violents qu'on emploie dans les maladies extrêmes ; ils purgent, mais ils altèrent le tempérament et usent les organes : une âme menée par la crainte en est toujours plus faible.

{De VÉducation des filles^ chap. v.)

ALnANIABB&ni 9iS

Albcahube Bao

^M. Alexandre Bain, né en 1818 à Âberdeen. a professé successirement la pbikMopliîedans sa TÎlle natale, puis à Glasgow et à Londres. Depuis 1860 il oœope de nomretn une chaire à runiTersité d*Âberdeen. Outre plusieurs auwages sur la psychologie, la morale et la logique, il a publié un tnM de pédagogie. Ce dernier li?re a été traduit en français sous le titre de la Science de t éducation (Paris, Germer Baillière, 1 vol. itt-8, 1878). Noos lui empruntons les pages qui suivent.

La première forme de punition, celle qui est toujours à te fois la plus prompte et la meilleure, est la censure, la désapprobation, le blâme; toutes les maximes déjà données pourl'èloge peuvent s'y appliquer ^ Un exposé bien net d'une tnite également nette, sans observations ni commentaires.

* Voici ce que l'auteur a dit de l'emploi de l'éloge dans un passage précédent:

c Les récompenses dont dispose le maître sont principalement l'appitH httion et l!éloge, moyen d'action puissant et flexible, mais qui denôiinde i être manié avec tact. Certains genres de mérite sont asseï palpables pour être représentés par des chiffres. Dire qu'une chose est bien ou mal, en tout ou en partie, est un jugement également clair ; c'est donc me approbation suffisante que de déclarer qu'une réponse est bonne^ qu'un passage a été bien expliqué. Ce sont là des éloges que l'envie ne p^t attaquer. Bien exprimer une louange est une affaire délicate ; il fiiut beaucoup de tact pour la rendre à la fois exacte et juste. Elle doit toujours s'appuyer sur des faits appréciables. Mais un mérite supérieur n'a pas toujours besoin d'éloges bruyants; l'approbation expresse doit être Motivée par des faits qui imposent l'admiration même aux plus jaloux. Le véritable régulateur est la présence de toute la classe réunie ; le maître De parle pas en son propre nom; il ne fait que diriger le jugement d'une multitude atec laquelle il ne doit jamais se trouver en désaccord ; son opinion particulière doit tot]ûours être exprimée en particulier. L'opinion d'une classe, lorsqu'elle a toute sa valeur, est l'accord du jugement de It tête avec celui des membres, du maître et des élèves^ »

est par liii-môme un moyen de punilion. Quand la faute est nccompagtiéeiiecirconsiances aggravantes, leiies qu'une négligence flu(;rante, on peut a\iûuter quelques mots de blâme ; mais, en le faisant, on doit avoir grand soin de ne parler qu'avec le discernement et la jus!ice les plus stricts. Les df'grés d'une même faute peuvent quel(|uefois être représentés par des chiifres : on pourra, par exemple, prendre pour base le nombre des leçons non sucs, celui des devoirs non laits. Dans ce cas, le simple énoncé des faits e^t plus éloquent que toutes les épitliètes qu'on pourrait y ajouter.

Les reproches énergiques, doivent être rares, afin de produire plus d'effet ; le ton de la rolèie doit être plus rare encore. Quand le raaiire s^emporte, bien que la colère puisse être excusable, c'est une véritable victoire pour les mauvais élèves, quand même elle leur inspirerait une cminte momentanée. A moins d avoir une nature absolument mauvaise, un maître qui se laisse aller à la colère ne peut mettre ses actions d'accord avec ses paroles. Au contraire, Tindignation contenue est une arme puissante. Mais ce serait une preuve de faiblesse que de menacer quand on sait qu'on ne peut réaliser ses menacts. Rien n'est plus fatal à l'autorité que de se vanter outre mesure: c'est le moven infaillible «ie se rendre ridicule.

Les punitions doivent aller plus loin que les paroles, car au fond l'efficacité du blârne vient des conséquences qu^il doit entraîner. Nous avons déjà dit quels sont les mauvais penchants que la discipline des écoles cherche à combattre, et nous avons constaté que le manque d*application est le plus ordinaiie ; nous allons maintenant pa>ser en revue les diffénnles punitions dont disf)Ose le maître. Il a quelquefois aussi à combattre le désordre et la révolte, mais toujours en vue du but principal.

On a inventé des moyens simples d'agir sur le sentiment de la honte, tels que des postures humiliantes et un isolement iiumiliant. Ces moyens produisent un grand effet sur

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