LES GRANDES DONNÉES DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
Gbéard ^
L'objet propre de l'enseignement primaire, c'est d'abord, sans doute, d'inculquer à l'enfant un certain nombre de connaissances positives, sans lesquelles Thomme se trouve aujourd'hui, comme on l'a dit, (( en dehors de l'humanité ». Mais c'est aussi, en même temps, de former et de développer dans l'enfant le bon sens et le sens moral ; le bon sens par l'exercice du raisonnement, le sens moral par la culture de tous les sentiments honnêtes, de tous les ins« tincts élevés dont Dieu a déposé le germe dans son cœur.
f. Voir la notice, p. 137.
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Si tel est bien le but de renseignement prinlaire, il est évident qu*il vaut surtout par la méthode, et la méthode qui lui convient peut se résumer en quelques traits.
Écarter tous les devoirs qui faussent la direction de renseignement, sous prétexte d*en élever le caractère : modèles d'écriture compliqués et bizarres, textes de leçons démesurés, séries d'analyses et de conjugaisons écrites, définitions indigestes ; ménager les préceptes et multiplier les exercices; ne jamais oublier que le meilleur livre pour Tenfant, c'est la parole du maître ; n*user de sa mémoire, si souple, si sûre, que comme un point d*appui, et faire en sorte que renseignement pénètre jusqu'à son intelligence qui seule peut en conserver Tempreinte féconde; le conduire du simple au composé, du facile au difficile» de l'application au principe; l'amener, par des questions bien enchaînées, à découvrir ce qu'on veut lui montrer; l'habituer à raisonner, faire qu'il trouve, qu'il voie; en un mot, tenir incessamment son raisonnement en mouvement, son intelligence en éveil ; pour cela, ne rien laisser d'obscur qui mérite explication, pousser les démonstrations jusqu'à la figuration matérielle des choses, toutes les fois qu'il est possible ; dans chaque matière, dégager des faits confus, qui encombrent l'intelligence, les faits caractéristiques, les règles simples qui Téclâirent; aboutir, en toute chose, à des applications judicieuses, utiles, morales; en lecture, par exemple, tirer du morceau lu toutes les explications instructives, tous les conseils de conduite qu'il comporte; en grammaire, partir de l'exemple pour arriver à la règle dépouillée des subtilités de la scolastique grammaticale; choisir les textes de dictée écrite parmi les morceaux les plus simples et les plus purs des œuvres classiques; tirer les sujets d'exercices oraux^ non des recueils fabriqués à plaisir pour compliquer les difficultés de la langue, mais des choses courantes, d'un incident de classe, des leçons du jour, des jpassages d'histoire sainte, d'histoire de France^ de %4.q^^«
phie, récemment appris; inventer des exemples sous les yeux de Télève, ce qui pique son attention, les lui laisser surtout inventer lui-même et toujours les écrire au tableau Roir; ramener toutes les opérations du calcul à des exercices pratiques empruntés aux usages de la vie; n'enseigner la géographie que par la carte, en étendant progressivement l'horizon de l'enfant de la rue au quartier, du quartier au canton, à la commune, au département, à la France, au monde ; animer la description topographique des lieux par la peinture des particularités de couflguration qu'ils présentent, par l'explication des productions naturelles ou industrielles qui leur sont propres, par le souvenir des évér^ments qu'ils rappellent; en histoire, donner aux diverses époques une attention en rapport avec leur importance relative, et traverser plus rapidement les premiers siècles pour s'arrêter sur ceux dont nous procédons directement; sacrifier sans scrupule les détails de pure érudition pour mettre en relief les grandes lignes du développement de la nationalité française; chercher la suite de ce développement moins dans la succession des faits de guerre que dans renchaînement raisonné des institutions, dans le progrès des idées sociales, dans les conquêtes de l'esprit qui sont les vraies conquêtes de la civilisation chrétienne; placer sous les yeux de l'enfant les hommes et les choses par des peintures qui agrandissent son imagination et qui élèvent son âme; faire de la France ce que Pascal a dit de l'humanité, un grand être qui subsiste perpétuellement, et donner par là même à l'enfant une idée de la patrie, des devoirs qu'elle impose, des sacrifices qu'elle exige : tel doit être Tesprit des leçons de l'école, et tels sont, soit dans leurs directions générales, soit dans leurs applications spéciales, les procédés d'enseignement et les méthodes que les instructions explicatives de l'organisation pédagogique rappellent incessamment.
Que l'enseignement, ainsi entendu, offre des difficultés^ on ne peut le mécomiaitre« liais nos maîtres ont aisément,
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reconnu par eux-mêmes que les premières difficultés des habitudes à prendre une fois vaincues» tout ce qui rompt avec la^oytine, tout ce qui contribue à porter dans une classe Tintérêt, réveil, la vie, allège en réalité le poids de renseignement en devenant un élément de force et de progrés. Ils savent aussi que l'emploi intelligent de ces méthodes agissantes, pour ainsi dire, leur donne seul la possibilité de pénétrer jusqu'au cœur de l'enfant, et de travailler, non seulement à l'instruire, mais à l'élever: élever, tâche grave, où rinstruction a sa part, sans doute, mais où elle n'est pas tout, et dont l'objet, attaché au caractère plus encore qu'au savoir, est de façonner dans l'enfant ce qui un jour fera l'homme.
Mais ni les directions données, ni le bon vouloir avec lequel ces directions sont suivies ne suffiraient à maintenir le progrès de notre enseignement, sans l'aide des moyens matériels — livres, cartes, appareils démonstratifs de toute sorte — qui sont devenus aujourd'hui des instruments indispensables de la pédagogie.
L'étude nouvelle que la récente adjudication de nos livres classiques a fourni l'occasion de faire a démontre, sans doute, que des améliorations réelles ont été opérées depuis quatre ans ; mais elle a donné lieu de constater aussi qu'il reste beaucoup à faire pour que nos ouvrages élémentaires soient pénétrés de l'esprit des bonnes méthodes, simples, clairs, sans fatras de vaine science, vraiment appropriés aux besoins de l'enfance.
{Mémoire sur rhistrucHon primaire^ 1872.)