‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 129 sur 226 · LE GOUT DE LA LECTURE · texte numérisé non relu

LE GOUT DE LA LECTURE

Michel Bréal

H. Michel Bréal, né à Landau (Bavière Rhénane), de parents français» le 26 mars 1832, est un de nos plus savants philolo^u^. VV ^^N. ^^KN&xi?*

lièrement connu comme tel par sa traduction en français du grand ouvrage allemand de Bopp, hGrammaire comparée des langues indo-européennes * précédée d'une introduction qui est elle-même une œuvre considérable. M. Bréal professe la grammaire comparée au Collège de France depuis 1864; il est membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et du Conseil supérieur de l'instruction publique.

Il a publié en 1872 un livre ayant pour titre : Quelques notée sur Vinstruction publique en France^ dans lequel il expose, sur notre système scolaire à ses difTérenls degrés, des idées qui ont contribué à la réforme récemment entreprise de nos méthodes d'enseignement. La partie de ce livre s'adressant à l'instruction primaire a été publiée à part : c'est de cette partie qu'est extrait le chapitre sur le goût de la lecture. Eh 1876 et en 1878, M. Bréal a fait aux instituteurs, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, des conférences fort remarquées sur l'enseignement de la langue française.

L'une des réformes les plus urgentes qu*appelle notre enseignement primaire, c*est de provoquer chez les enfants le goût de la lecture. Pour arriver à ce résultat, il faut que l'instituteur fasse des lectures en classe. N'objectez pas la perte de temps, car il serait facile de nommer des exercices qui envahissent l'école et|qui ne jouissent d'une si grande faveur dans l'opinion des maîtres que parce qu'ils remplissent les heures. Au lieu de ces dictées qui laissent la tête des enfants complètement inactive, lisez le récit d'une belle action, la description d'un phénomène naturel ou simplement un conte de fée. Quand au milieu du silence général, suivi d'un long murmure d'étonnement ou de satisfaction, l'instituteur fera rentrer le livre dans son pupitre, plus d'un élève suivra le volume d'un œil de regret. Le format et la couverture lui resteront dans la mémoire, et toutes les fois qu'un hasard le fera reparaître, il y aura plus d'un cœur qui battra secrètement dans la classe. Mais quelle ne serait point la joie de l'élève à qui, pour récompense d'une conduite sans reproche et d'un travail exemplaire, le maître prêterait un jour le livre môme d'où il a tiré sa lecture! Une faveur si extraordinaire attirerait, je pense, plus d'un envieux à celui qui en serait l'objet, et des écoliers favorisés par la fortune pourraient

Page 1