DUPANLOUP
Dupanloup (Félix-Antoine-Philippe), ne le 3 janvier 1802, à Saint- Félix (Haute-Savoie), mort évéque d'Orléans, le 10 octobre 1878, a pris pendant près de quarante ans une part très active aux affaires religieuses et politiques de notre pays.
En 1841, nommé professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonnc, il vit son cours suspendu après quelques leçons, à la suite d'une manifestation tumultueuse provoquée gar ses attaques contre Voltaire.
En 1849, il fit partie de la commission nommée par M. de Falloux pour préparer la réforme législative de l'enseignement ; il y joua un rôle im-' portant et fut l'un des principaux auteurs delà loi du 15 mars 1850. Ce fut le 16 avril 1849 qu'il devint évéque d'Orléans. Il eut à cette époque, et dans les années suivantes, à soutenir une vive polémique contre l'abbé Gaume et les rédacteurs de VUnivers, qui contestaient l'utilité des études classiques et surtout de la lecture des écrivains de l'antiquité, dont les Pères de lÉglise devaient, suivant eux, prendre la place dans l'enseignement secondaire.
C'est aussi de ce temps que datent ses principaux écrits sur l'éducation, dont il avait recueilli les éléments comme directeur d'un petit séminaii'e à Paris.
Dupanloup fut encore mêlé à beaucoup d'autres polémiques sur des questions d'enseignement, notamment au sujet des tentatives faites par M. Duruy pour organiser l'enseignement secondaire des jeunes filles.
Elu à l'Assemblée nationale en 1871 comme député du Loiret, plus tard nommé sénateur inamovible, il prit souvent la parole pdur la défense des privilèges de l'Église en matière d'enseignement ; il combattit notamment toutes les propositions qui furent faites en faveur de l'obligation légale de l'enseignement primaire; il fut le président de la commission qui, en 1872, s'était donné pour mission de reconstituer, en la rcufor^aul, V^
i8 LECTURES PÉDAGOGIQUES
loi de 1830; il joaa le même rôle au Conseil supérieur de rinstruction publique, où il fit ajourner, en 1873, les projets de réformes de M. Jules Simon.
Membre de l'Académie française depuis 1854, il avait obtenu, dans cette compagnie, une influence qui se manifesta par des exclusions célèbres, notamment en ce qui concerne M. Lillré. Plusieurs fois il empêcha d'être élu l'auteur du Dictionnaire de la langue française^ puis, lorsqu'en 1871 l'élection de M. Littré passa malgré lui, il donna avec éclat sa démission et, s'il consentit à revenir sur cette décision, du moins s'abstint-il jusqu'à sa mort de paraître dans une assemblée qui avait admis un athée dans ion sein.
' Les principaux écrits de Dupanloup relatifs à l'éducation sont les suivants : De V Éducation; De la Haute Éducation intellectuelle; la Femme studieuse ; V Enfant ; sans compter un grand nombre d'ouvrages et d'écrits ayant pour objet, soit l'instruction religieuse proprement dite, soit diverses questions de polémique ou d'actualité.
Il n'a jamais été question d'élever des enfants sans passions et sans défauts : j'oserais presque le dire, rien ne serait pire que ces enfants-là ; rien ne serait plus problématique que le succès de leur éducation. Pour moi, je le pressentais toujours, et j'avais l'habitude de le dire : Ce sont des eaux dormantes et trompeuses ; il nous en viendra plus de mal que de bien.
Mieux valent mille fois les natures vives, impétueuses, passionnées. Sans doute, elles ont besoin d'être fortement gouvernées, mais elles offrent de grandes ressources pour les grandes choses.
Qu'entendent, en effet, par les passions, les maîtres de la morale? Ils entendent ces ressorts puissants, ces mouvements impétueux de l'âme qui la poussent à l'amour et à la haine. A quoi les a-t-on comparées? A des coursiers généreux qui emportent et précipitent Tânie dans le bien ou le mal extrême, selon qu'une main ferme ou lâche s'est emparée des rênes.
Ainsi, que les enfants soient ardents, emportés, fougueux ; qu^ils aient une imagination vive, un esprit quelquefois altiefj un caractère irritable, une sensibilité excessive, je ne m'en effraie pas pour leur éducation ;
DUPANfcOUP. — CHANNING 19
ceux-là, du moins, ne languiront pas sans défauts, sans reproches, mais aussi sans vertu, dans la médiocrité; je ne demande pour eux qu*une main capable de saisir les rênes, et de diriger habilement leur forte et généreuse nature.
Ces enfants, qui me donnaient tant de peine, avaient au fond un cœur excellent, un esprit élevé, une âme noble. Je les trouvais toujours vrais, sensibles, sincères ; c'étaient ordinairement de tous les plus reconnaissants et, au fond, les plus dociles, ceux qui s'accoutumaient le plus courageusement à l'obéissance, au travail, à l'amour des lettres et au respect de leurs maîtres : plus prompts toujours à l'enthousiasme du bien qu'au ressentiment du mal I Et, quand enfin l'heureux naturel qui était en eux, triomphant, par la grâce de Dieu et par leur éducation, des faiblesses de leur âge, s'affermissait dans la sagesse et dans la vertu, ils devenaient en réalité ces enfants qui promettent à vingt ans d'être les plus aimables et les plus généreux des hommes *.
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