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i4 LECTURES PÉDAGOGIQUES

^ii'ii publia en 1851 ', mais qui sont composées d'articles éiTits antérieurement. Toute la seconde partie de ce livre, sous le titre général de Conseils d'un père sur l'éducation, contient de très justes et très profondes études sur les fondements mêmes de l'éducation des entants : l'incgalité des facultés, ses inconvénients et les moyens de les prévenir, les moyens d'émulation, l'éducation qu'on se donne soi-même. L'auteur y a joint trois chapitres de pédagogie historique sur les idées de Rabelais, de Montaigne et du Tasse en fait d*éducation.

C'est aux Conseils d*unpère sur l'éducation que nous avons emprunté la plupart de nos extraits.

Le besoin d*agir a, je crois, une puissance plus forte, plus étendue et plus durable qu'on ne le pense communément. Personne ne peut calculer jusqu'où va son influence sur la conduite des hommes, et personne, ce me semble, n'a assez insisté encore sur le parti qu'on en peut tirer pour diriger celle des enfants. Comme c'est une cause secrète et tout intérieure, dont celui-là même qui y est soumis ne se rend pas compte et que les autres ne démêlent qu'à force de sagacité, on a trop négligé de l'examiner et de s'en servir. C'est du besoin d'agir que naît l'ardeur que portent les enfants dans leurs jeux ou dans les exercices qui leur plaisent, et c'est parce qu'ils sont libres alors de satisfaire ce besoin qu'ils réussissent si bien dans ce genre d'occupations. Voyez-les au milieu d'une partie de barres : ils sont en grand nombre, ils se croisent dans leurs courses ; sont-ils jamais embarrassés pour se rappeler quel est celui qu'ils peuvent faire prisonnier, et celui par lequel ils ont à craindre d'être pris eux-mêmes? Toutes leurs facultés, la mémoire, l'attention, le jugement, se déploient avec une énergie et une rapidité singulières. C'est qu'ils agissent, c'est que toutes les forces de leur esprit et de leurs corps s'exercent de concert; c'est que rien ne contrarie et ne gêne ce besoin de leur nature. Que leurs études soient arrangées de manière à leur fournir aussi le moyen de le satisfaire, ils s'y plairont et y feront des progrès. Les

/. Lri dernière édition^ chez Didier et Cie, est de 1872.

Grecs s'entendaient mieux que nous à mettre à profit, en s*y conformant, cette disposition de Tenfance. Chez eux, Tétude était active; ils savaient heureusement allier les travaux de l'esprit et les exercices du corps. C'était en causant, en discutant et en se promenant que les hommes mêmes s'instruisaient. Les enfants ne passaient pas leurs jeunes années immobiles et muets, à être ennuyeusement endoctrinés; ils vivaient entre eux à l'instar des hommes, et pouvaient toujours faire tourner les connaissances nouvelles qu'ils acquéraient au profit de leur activité. Je suis loin de croire que nous devions imiter servilement les Grecs ; tout est différent entre eux et nous ; nous avons autre chose à apprendre, à savoir et à faire : nos institutions ne sauraient et ne doivent pas être les leurs, mais les vérités restent les mêmes, quels que soient Tusage auquel elles s'appliquent et la forme qu'elles revêtent. Les Grecs savaient profiter en éducation de ce penchant naturel qui nous porte à agir dès que nous pouvons remuer, et ils ne réussissaient pas mal à former des hommes. Nous avons à former non des Grecs, mais des Français; suivons, sinon la même route, du moins une route parallèle; nous rencontrerons plus d'obstacles, j'en conviens; nous serons obligés de faire plus de sacrifices; mais il faut aller droit, dût-on ne pas espérer d'aller bien loin.

Je ne saurais donc trop recommander aux parents et aux instituteurs de consulter avec soin ce besoin d'agir qui se manifeste de bonne heure chez les enfants, et de chercher à faire tourner au profit des études nécessaires à cet âge, une disposition qui tourne si naturellement au profit de ses jeux. Ce mobile est d'autant plus important à employer que, si le penchant à l'action n'est pas satisfait, il se porte ailleurs, et détourne les forces du jeune esprit du point sur lequel on voulait les concentrer.

(Conseils d'un père sur Véducation.)

m LECTURES PÉDAGOGIQUES

QU'IL FAUT S'APPROPRIER, PAR UM TRAVAIL PERSORIIBL, L'ENSEIONEHEHT QU'ON REÇOIT

Michel Montaigioe*

Nous prenons en garde les opinions et le savoir d'autrui, et puis c'est tout : il les faut faire nôtres. Nous ressemblons proprement à celui qui, ayant besoin de feu, en irait quérir chez son voisin et, y en ayant trouvé un beau et grand, s'arrêterait là à se chauffer, sans plus se souvenir d'en rapporter chez soi. Que nous sert-il d'avoir la panse pleine de viande, si elle ne se digère, si elle ne se .transforme en nous, si elle ne nous augmente et fortifie?.. Nous nous laissons si fort aller sur les bras d'autrui, que nous anéantissons nos forces. Me veux-je armer contre la crainte de la mort? c'est aux dépens de Sénèque. Veux-je tirer de la consolation pour moi ou pour un autre ? je l'emprunte de Cicéron. Je l'eusse prise en moi-même, si on m'y eût exercé. Je n'aime point cette suffisance relative et mendiée : quand bien nous pourrions être savants du savoir d'autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse.

(Essais, liv. I, ch. xxiv, Du pédantisme,)

La vérité et la raison sont communes à un chacun, et ne sont non plus à qui les a dites premièrement, qu'à qui les dit après ; de n'est non plus selon Platon que selon moi, puisque lui et moi l'entendons et voyons de même. Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs ; mais elles en font après le miel, qui est tout leur; ce n'est plus Ihym ni marjolaine; ainsi les pièces empruntées d'autrui, il les trans-

/. Pour la notice, voir p. 9.

MONTAIGNE. — DtIPANLOUP 17

formera et confondra pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement; son institution, son travail et étude ne vise qu'à le former. Qu'il cèle tout ce de quoi il a été secouru, et ne produise que ce qu'il en a fait.

{Ibid.f chap. xxv, De Vinstitution des enfants.)

QU'IL NE SAURAIT ÊTRE QUESTION D'ÉLEVER DES ENFANTS SANS PASSIONS ET SANS DÉFAUTS

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