Voir la notice, p
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laquelle ses premières forces pourraient être appliquées.
Une langue nous deviendrait plus vivante encore si nous pouvions associer à son étude celle de Tidiome dont elle dérive. L'étymologie de chaque mot, sa décomposition, nous en découvriraient la véritable force et le sens intime; nous suivrions avec intérêt l'histoire de ce mot; il nous révélerait dans ses applications nécessaires la marche de la pensée humaine et les associations où elle se complaît; il nous rendrait présents les siècles qu'il a traversés, les représentations tantôt naïves, tantôt subtiles, que des époques différentes se sont faites des mêmes choses. Que de psychologie, que d'histoire, que de lumière dans le récit des aventures d'un mot !
Je n'hésite pas à croire que toute cette moisson se ferait plus abondamment dans une langue étrangère; je crois encore que si, parmi les langues mortes, il en était une qui renfermât dans ses formes plus de philosophie, plus de pensée, plus d'âme, en un mot plus d'humanité que les idiomes vivants, c'est à celle-là qu'il faudrait demander les premières conditions de la culture supérieure. Mais il semble, après tout cela, que l'étude de la langue avec laquelle a commencé notre vie intellectuelle, dans laquelle nous pensons, qui est la plus proche voisine de notre âme, et qui, tour à tour, façonne et réfléchit le monde social où nous vivons, que l'étude de la langue maternelle et de sa littérature nous est recommandée par rintérêt, le bon sens et i ne sorte d'instinct.
Or, on peut bien dire qu'en général nous avons peu d'égard à ces recommandations. Dans la plupart des écoles, il n'y a pas de milieu pour la langue maternelle entre les rudiments et l'histoire littéraire. Ce qui, dans l'élude des langues mortes, remplit cette lacune, la lecture analytique des chefs-d'œuvre, n'a point lieu dans l'étude de la langue maternelle. L'idée d'expliquer une oraison funèbre de Bossuet comme on explique un discours de Cicéron, de lire une tragédie de Racine comme o;i lit une tragédie d'Eu-
ripide, sonnerait dans la plupart des esprits comme une idée nouvelle et inopinée*.
On n'a jamais dit, pour expliquer cette singularité, que les jeunes gens étudieront d'eux-mêmes les chefs-d'œuvre nationaux. Les faits ne donneraient pas gain de cause à cette espérance. Mais qu'est-ce, d'ailleurs, que des lectures fugitive?, de curiosité ou de simple agrément, auprès d'une étude savante comme celle que nous faisons des auteurs de l'antiquité? 11 s'agit d'apprendre notre langue à fond, d'en pénétrer le génie, d'en connaître les ressources, d en apprécier les qualités et les défauts, de nous l'approprier dans tous les sens. Or; on ne peut hésiter sur les moyens. Les grammaires et les dictionnaires, dont je ne prétends point contester la nécessité, sont à la langue vivante ce qu'un herbier est à la nature. La plante est là, entière, authentique et reeonnaissable à un certain point; mais où est sa couleur, son port, sa grâce, le souffle qui la balançait, le parfum qu'elle abandonnait au vent, Teau qui répétait sa beauté, tout cet ensemble d'objets pour qui la nature la faisait vivre, et qui vivait pour elle? La langue française est répandue dans les classiques, comme les plantes sont dispersées dans les vallées, au bord des lacs, et sur les montagnes. C'est dans les classiques qu'il faut aller la cueillir, la respirer, s'en pénétrer; c'est là qu'on la trouvera vivante; mais il ne suffit pas, je le répète, d une promenade inattenlive à travers ses beautés.
Vous lirez un jour tous les classiques de la langue; mais qui vous empêche d'en étudier d'abord un petit nombre dans un esprit scientifique? Tel ouvrage de courte haleine bien expliqué, lentement savouré, vous instruira mieux que vingt volumes dégustés à la hâte. La jeunesse ne veut pas comprendre cela. Lorsqu'un homme né pour la littérature, et dont le goût égalait l'érudition, le professeur Dutoit, nous retenait des semaines sur les douze