Voir la notice, p
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VOUS aider à vous diriger comme citoyen? Supposez que vous ayez lu avec soin, non seulement les Quinze batailles décisives qui ont été livrées dans le monde ^ mais le récit de toutes les autres batailles que mentionne Thistoire, votre vote aux élec!ions prochaines en sera-t-il plus judicieux? Mais ce sont là des faits, des faits intéressants, dites- vous. Sans doute, ce sont là des faits (si toutefois ce ne sont pas en tout ou en partie des fictions), et, pour beaucoup d'esprits, ils peuvent être intéressants. Mais cela n'implique nullement qu'ils soient utiles à connaître. Une opinion factice ou morbide peut prêter de la valeur à des choses qui n'en ont presque point. Un tulipomane ne donnerait pas un oignon de tulipe rare pour son pesant d'or. 11 y a des gens pour qui une vilaine pièce de vieille porcelaine fêlée est une richesse désirable; il y en a d'autres qui payent chèrement les reliques d'un assassin. Dira-t-on que ces goûts donnent la mesure de la valeur réelle de leur objet? Non, sans doute; on admettra donc que le plaisir qu'on peut trouver dans le récit de certains faits d'histoire ne prouve point leur valeur, et que, pour nous rendre compte de ce que cette valeur peut être, ici comme ailleurs, il faut nous demander à quel usage ces connaissances sont applicables. Si quelqu'un venait vous apprendre que la chatte de votre voisin a fait ses petits hier, vous diriez que la connaissance de ce fait est pour vous sans valeur. Bien que ce soit un fait, vous estimeriez que c'est un fait inutile, un fait qui ne peut en aucune manière influer sur votre conduite, un fait qui ne vous aidera â rien dans la vie. Eh bien! soumettez à la môme épreuve la grande masse des faits dits historiques, vous arriverez à la même conclusion. Ce sont des faits dont on ne peut rien tirer, des faits non susceptibles d'organisation; des faits, par conséquent, qui ne peuvent point servir à établir nos principes de conduite, ce qui est la principale utilité de la connaissance des faits. Lisez-les, si voulez, pour votre amusement; mais ne vous flattez pas d'y trouver une source d'instruction.
HERBERT SPENCER Soi
Ce qui constitue l'histoire véritable est presque coraplètement omis dans les ouvrages sur cette matière. Ce n*est que depuis quelques années que les historiens ont commencé à nous donner, dans une certaine mesure, le genre d'instruction qui peut vraiment être utile. De même que, dans les siècles passés, le roi était tout, le peuple rien, ainsi, dans les vieux livres d'histoire, les actions des rois forment le tableau tout entier, et la vie nationale est rejetée dans un arrière-plan obscur. De nos jours seulement, où le bien des gouvernés est devenu, beaucoup plus que l'avantage des gouvernants, l'idée dominante, les historiens se sont mis à étudier les phénomènes du progrés social. Ce qu'il nous importe réellement de connaître, c'est rhistoire naturelle de la société. Nous avons besoin de savoir tous les faits qui peuvent nous aider à comprendre comment une nation a grandi et s'est organisée. Parmi ces faits, il faudra placer, sans conteste, un aperçu sommaire de son gouvernement ; mais qu'on nous donne le moins de commérages possible sur les hommes qui ont exercé ce gouvernement, et en revanche autant de détails que possible sur les principes, les méthodes, les préjugés, les corruptions qu'il accuse, et que ce tableau comprenne non seulement ce qui concerne le gouvernement central, mais aussi ce qui a trait aux gouvernements locaux, jusque dans leurs dernières subdivisions. Ayons aussi, cela va sans dire, une description parallèle du gouvernement ecclésiastique, de son organisation, de sa conduite, de son degré de pouvoir, de ses rapports avec l'État; et, avec cela, du cérémonial du culte, du credo^ des idées religieuses, non seulement de celles auxquelles on a cru nominalement, mais de celles auxquelles on a cru réellement et qui ont servi aux hommes de règle d'action. Sachons aussi quelle a été la domination exercée par certaines classes sur les autres, ce dont rendent témoignage l'étiquette sociale, les titres, les salutations, les formules employées dans les lettres et dans les di«cours. Sachons encore les usages populaires.
S4jivis tant dans la famille qu'entre personnes étrangères les unes aux autres, y compris ceux qui touchent aux relations des deux sexes et à celles des parents avec les enfants. Les superstitions courantes, depuis les mythes les plus importants jusqu'aux pratiques de la sorcellerie vulgaire, doivent aussi être rapportées. Ensuite viendrait un tableau du système industriel de la nation, montrant à quel degré était poussée la division du travail; si les métiers étaient organisés en castes, en corporations, etc. ; quelles étaient les relations d'employeur à employé , par quelles voies les produits se trouvaient mis en circulation ; quels étaient les moyens de communication, et quel était le signe représentatif des valeurs. Avec tout cela, il faudrait dépeindre l'état intellectuel de la nation aux différents degrés de la hiérarchie sociale, non seulement en ce qui touche à l'éducation et à sa nature, mais par rapport aux progrès faits dans les sciences et à la manière de penser. H faudrait montrer ce qu'était le degré de culture esthétique de la nation, dans son architecture, sa peinture, sa sculpture, sa musique, son vêtement, sa poésie et ses fictions. On ne devrait pas omettre le tableau de sa vie journalière; il faudrait dire ce qu'étaient chez ce peuple les maisons, la nourriture, les plaisirs. Enfin, comme servant de lien à tout cet ensemble de faits, on aurait à donner un exposé de la morale théorique et pratique dans toutes les classes de la population, telle qu'elle ressort de la législation, des usages, des proverbes et des actions. Ces faits devraient être rapportés aussi brièvement que le permet le soin de la clarté et de l'exactitude, groupés et arrangés de façon à pouvoir être embrassés dans leur ensemble, et considérés comme parties corrélatives d'un tout. Le but à poursuivre, c'est qu'on puisse saisir aisément Tharmonie qui existe entre eux, afin d'apprendre à connaître quel est le phénomène social qui coexiste avec tel autre. Le tableau des siècles successifs doit être disposé de façon que l'on voie comment les croyances, les institutions, les usages, les ar-