CE QUE DEVRAIT ÊTRE L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE
Herbert Spekcer^
Les notions qu'on donne le plus souvent à la jeunesse sous le nom d'histoire sont absolument sans valeur pratique, et ne servent en aucune façon à préparer l'élève à comprendre les institutions de la société dont il sera membre. Parmi les faits rapportés dans les livres d'histoire à l'usage des collèges, ou dans les ouvrages plus sérieux écrits pour les adultes, il n'en est guère qui fassent comprendre les vrais principes de l'action politique. Les biographies des souverains (et nos enfants n'apprennent guère autre chose) ne jettent pas beaucoup de lumière sur Ja science sociale. Savoir par cœur les intrigues de cour, les complots, les usurpations, et aulres choses semblables, avec tous les noms des personnages qui y ont été mêlés, ne nous apprend pas grand'chose sur les causes du progrès des nations. Nous lisons qu'il y a eu à telle époque une contestation pour le pouvoir, et que cette contestation a amené une bataille rangée ; que les généraux et leurs lieutenants se nommaient tels et tels ; qu'ils avaient chacun tant de mille hommes d'infanterie, tant de mille hommes de cavalerie, et tant de canons ; qu'ils ont disposé leurs troupes dans tel et tel ordre ; qu'ils ont manœuvré, attaqué, reculé, de certaine manière; qu'à telle heure de la journée ils ont éprouvé tel échec ou gagné tel avantage; que, dans un certain mouvement, un général a été tué et un régiment décimé; qu'après toutes les péripéties du combat, la victoire a été remportée par Tune ou l'autre armée; enfin, qu'il y a eu tant d'hommes tués, tant de blessés et tant de prisonniers. Dans tous les détails accumulés qui occupent le récit, s'en trouve-t-il un seul quf puisse